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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/12/16 à 10:45 - Mise à jour à 10:44

Le mensonge est devenu une véritable arme de destruction massive

Le mensonge est devenu la règle en politique et parfois aussi dans le business. Les exemples du Brexit, de l'élection de Trump ou le scandale de Volkwagen sont là pour le démontrer. Le pire, c'est que le citoyen préfère parfois le mensonge à la réalité, car la réalité est trop angoissante.

Le mensonge est devenu une véritable arme de destruction massive

© Reuters

La fin de l'année est toujours propice à tirer quelques leçons de l'année écoulée. Ce qui m'a frappé en 2016, c'est que le mensonge prime sur la réalité. Pire encore, le mensonge est devenu une véritable arme de destruction massive.

A ceux ou celle qui se demandent quelle mouche m'a piqué, je rappelle que le camp du Brexit s'est appuyé sur des contre-vérités, sur des fausses statistiques et a pourtant gagné. Pire, les partisans de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne ont avoué qu'ils ont, en quelque sorte menti, mais personne ne leur en a tenu rigueur. Prenez l'élection de Donald Trump, voilà un candidat qui a proféré tout et son contraire. Les médias les plus sérieux ont eu beau jeu de démontrer, chiffres à l'appui, que ce candidat mentait, rien à faire, il a été élu. Les médias américains qui s'étaient fait une spécialité du "fact checking", (démonter chaque discours politique en rétablissant la vérité sur les chiffres ou les arguments) n'ont eu aucune influence sur le résultat des élections américaines. En fait, comme le font remarquer Les Echos, c'est comme si, plus on mentait, et plus on était convaincant !

Le drame, c'est que les populations de nos sociétés occidentales semblent de moins en moins tenir compte de la réalité et préfèrent les discours aux faits. Le succès des mouvements d'extrême gauche ou d'extrême droite est là pour le démontrer. Les Echos ont raison d'écrire que la réalité est aujourd'hui tellement angoissante, notamment pour les classes populaires et les classes moyennes, que la plupart des citoyens utilisent un moyen de défense bien connu des psychologues : ils sont dans le déni. Faire face à la réalité est souvent trop dur pour une partie de la population. On se sent trop fragile pour mener encore ce combat, et donc, il est parfois plus facile de se réfugier dans un discours - lénifiant sans doute, mais qui rassure au moins à court terme. Les faits, bien entendu, seront toujours là et ils finiront bien par se manifester un jour. Les politiques les plus populaires ont bien compris ce ressort psychologique et en jouent à fond.

Des entreprises comme Volkswagen, qui représentaient l'excellence, ont démontré que même le premier de classe pouvait tricher et mettre des moteurs truqués dans nos voitures. Ce genre d'attitude a contribué à confirmer à la population que tout le monde triche. Même les investisseurs boursier tombent dans le panneau. L'euphorie actuelle pour le programme de Donald Trump ressemble plus à une forme d'hystérie qu'à une attitude basée sur des raisonnements clairs et limpides.

Le déni de réalité est aussi la résultante des mensonges de nos élites. Les politiques, eux, s'en tireront par une pirouette en disant qu'ils ne mentent pas, mais qu'ils ont des vérités successives !

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