Alain Mouton
Alain Mouton
Alain Mouton est journaliste chez Trends
Opinion

29/12/16 à 11:52 - Mise à jour à 11:53

Le gouvernement Michel et l'impossible quête de 8 milliards d'euros

L'assainissement du budget sera la mission principale du gouvernement Michel en 2017, mais de vraies économies structurelles, il n'y en aura pas. Pour cela, les tensions au sein de la coalition sont trop grandes.

Le gouvernement Michel et l'impossible quête de 8 milliards d'euros

Charles Michel © Belga

Le gouvernement Michel clôture 2016 avec un déficit budgétaire de 3% du PIB, une détérioration de 0,5 point de pourcent par rapport à 2015. Les dépenses diminuent certes, mais les revenus sont à la traîne. Le financement incomplet du tax shift crée notamment un trou dans le budget. Avec les économies planifiées et l'impact de la croissance économique (1,4% pour 2017), le déficit budgétaire total diminuera jusqu'à 2,3% du PIB en 2017. Ce chiffre ne changera pas dans les années qui suivront, selon les prévisions de la Banque Nationale. Un certain nombre de diminutions de charges du tax shift ne seront en effet implémentées que dans la période 2017-2019. En revanche, il y a toujours trop peu de revenus en compensation, du fait que les effets de retour du tax shift (plus d'emplois grâce à la diminution des charges sur le travail) restent limités.

Trouver 8 milliards d'euros

En 2017, le solde budgétaire structurel (le déficit corrigé des mesures ponctuelles et des chocs conjoncturels) restera, avec -2,1%, largement en dessous des objectifs. Pour obtenir un équilibre budgétaire structurel à l'horizon de 2018, le gouvernement devrait trouver 8 milliards d'euros. C'est peine perdue au vu des mauvaises relations entre les partenaires de coalition au sein du gouvernement fédéral. Personne n'accorde plus rien à l'autre. Au printemps, le Premier ministre Michel s'efforcera de débloquer la réforme de l'impôt des sociétés. Mais ce sera difficile, car le CD&V exige un impôt sur la plus-value en échange.

Du fait de la diminution des taux de l'impôt des sociétés dans les pays voisins (aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et certainement en France aussi avec l'élection probable d'un président de droite avant l'été), le gouvernement Michel se voit contraint de faire 'quelque chose'. Il est convenu, dans une première phase, de diminuer le taux nominal de 34% de 5 points, jusqu'à 29%. En échange de cela, l'Open Vld et la N-VA autorisent que les rênes budgétaires ne soient pas serrées trop fort. On abandonne définitivement l'équilibre budgétaire structurel pour 2018. Comme un certain nombre d'emprunts d'État arrivent à échéance et seront financés à un taux plus favorable, la charge d'intérêts va diminuer de 0,3% du PIB et le déficit budgétaire diminuera donc sans de trop grands efforts.

On pensera aux élections

Ensuite, le gouvernement fait le choix d'économies limitées dans les soins de santé et dans l'appareil de l'État. Pour l'unique et simple raison que le gouvernement, sous la pression de la N-VA, veut présenter un solde primaire positif (les recettes moins les dépenses sans les charges d'intérêt). Le solde primaire est un important tampon pour faire face aux coûts du vieillissement. En 2016, ce solde est descendu en dessous de zéro (-0,3% du PIB), en 2017 il sera à nouveau positif avec 0,1%.

Mais un assainissement durable des finances publiques n'aura pas lieu. Le gouvernement Michel n'est certes pas un gouvernement d'affaires courantes, mais il y ressemble pourtant parfois. D'ici fin 2017, le travail gouvernemental socio-économique sera complètement au point mort. Tout le monde pense déjà aux élections communales de 2018...

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