Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

01/12/17 à 14:36 - Mise à jour à 14:36

'Le dictateur, la grande gueule et les apothicaires'

La Corée du Nord ne rassure pas en ce moment. Le régime en place continue de faire peur, notamment avec son dernier test de missile balistique mer-air. Et comme d'habitude, le reste du monde s'est contenté de condamner fermement à l'ONU cette provocation, mais pour le reste, rien ne change...

'Le dictateur, la grande gueule et les apothicaires'

Le Dictateur de Charlie Chaplin © DR

D'un côté, on a l'impression que le jeune dictateur nord-coréen joue à "retenez-moi ou je fais un malheur". Et de l'autre, on a Donald Trump qui a avoué durant sa tournée asiatique que sa stratégie se résume à un "je veux la paix par la force". Le souci, c'est que le président américain a beau hausser le ton, menacer de rayer la Corée du Nord de la carte la Corée du Nord, en face, la stratégie nord-coréenne se résume à un "je vous fais peur, donc j'existe". En fait, pour calmer cette menace, Donald Trump a besoin de la Chine et de la Russie pour qu'ils imposent des sanctions économiques encore plus dures.

A priori, la Chine n'a pas envie d'avoir à sa frontière un pays qui dispose de l'arme nucléaire. Elle sait aussi que d'autres pays voisins comme la Corée du Sud et le Japon voudront alors également disposer de la bombe, ce qui est pour lui déplaire. Mais la Chine n'a pas non plus envie d'obéir aveuglément aux États-Unis, car elle veut garder son hégémonie sur l'Asie et diminuer l'influence américaine dans la région.

De son côté, la Russie utilise également la Corée du Nord comme effet de levier dans sa politique étrangère avec les États-Unis. Autrement dit, ces deux puissances militaires et économiques sont prêtes à faire pression sur Pyongyang, mais elles ont aussi leur propre agenda et veulent faire payer leur soutien au prix fort à Washington.

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L'avenir de notre planète est coincé entre la folie d'un dictateur, les coups de gueule de Trump et les petits calculs de la Russie et de la Chine

Toutes ces pertes de temps font le jeu du régime nord-coréen qui ne veut qu'une seule chose: arriver à un "équilibre pratique" avec les États-Unis, comme disent les experts. C'est-à-dire arriver à un stade où plus personne n'osera attaquer la Corée du Nord et donc déstabiliser le pouvoir dictatorial en place.

Et il faut dire que la Corée du Nord joue bien à ce jeu-là. C'est par exemple le seul pays du monde qui s'amuse à surestimer ses forces nucléaires, alors que d'autres pays, comme l'Iran, passent leur temps à sous-estimer publiquement leurs capacités. Et comme personne ne sait si la Corée bluffe ou non sur la qualité de son arsenal, le doute lui profite. Le danger, c'est qu'il est probable que la Corée du Nord atteigne bel et bien le statut de puissance nucléaire à part entière, car elle a déjà atteint un stade qui dissuadera les Américains de tirer les premiers. C'est en tout cas l'avis de certains experts.

Bref, l'avenir de notre belle planète se trouve à nouveau coincé entre la folie d'un dictateur nord-coréen, les coups de gueule intempestifs de Trump et les petits calculs de boutiquier de la Russie et de la Chine... Il n'y a pas de quoi être fier.

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