Le compromis de l'Opep, trop "vague" pour faire reculer les prix

23/06/18 à 15:28 - Mise à jour à 15:28

Source: Afp

L'Opep a avalisé samedi avec la Russie et ses autres partenaires le principe d'une hausse de production, mais les experts jugent celle-ci trop "vague" pour peser significativement sur les cours et répondre aux injonctions de Donald Trump de faire baisser les prix pétroliers pour l'été.

Le compromis de l'Opep, trop "vague" pour faire reculer les prix

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"Nous sommes d'accord sur le principe", a déclaré le ministre angolais du Pétrole, Diamantino Azevedo, après une réunion qui a rassemblé les 14 pays de l'Opep et leurs dix partenaires à Vienne, au lendemain d'une décision en ce sens du cartel.

Le groupe de 24 pays, qui assure plus de 50% des exportations mondiales, entend remplir collectivement "à 100%" les quotas de production qu'il avait décidés fin 2016 mais qui ne sont pas atteints en pratique.

Selon l'Arabie saoudite, cela pourrait représenter une hausse d'environ "un million de barils par jour", soit environ 1% de la production mondiale, un chiffre qui ne figure cependant pas dans le document officiel final.

Souhaité par Ryad et Moscou, qui craignent une surchauffe du marché sur fond de hausse de la demande et des cours, l'accord a été marqué par les concessions faites à l'Iran, hostile à une augmentation trop marquée de la production alors que Téhéran est frappé par les sanctions américaines et est limité dans ses capacités d'extraction et d'exportation.

Signe du scepticisme des investisseurs, le pétrole a clôturé en hausse vendredi soir, le Brent européen bondissant de 2,50 dollars à 75,55 dollars à Londres tandis que le WTI américain grimpait de 3,04 dollars à 68,58 dollars à New York.

"Si l'objectif était de faire baisser les prix du brut, ce n'est pas une réussite", a remarqué Joe McMonigle, analyste chez Hedgeye.

La crainte des investisseurs est même de voir l'offre mondiale potentiellement reculer, alors que l'industrie vénézuélienne continue de s'effondrer et que Washington a dénoncé l'accord nucléaire avec l'Iran.

"L'Arabie saoudite voulait répondre aux inquiétudes des clients, notamment des pays émergents, qui voyaient avec inquiétude grimper les prix", rappellent dans une note les analystes de Saxo Bank.

Mais l'accord conclu vendredi par le cartel et ses alliés, liés depuis fin 2016 par un pacte de limitation de la production, est trop "vague", relèvent plusieurs analystes, et les estimations du nombre de barils qui arriveront effectivement sur le marché divergent.

En pratique, les 14 membres de l'Organisation ont décidé, après des négociations tendues, de conserver l'objectif de limitation de la production du groupe, mais d'effacer les objectifs par pays.

Selon Ryad, Les pays pouvant augmenter leurs extractions compenseront les maux de leurs partenaires peinant à atteindre leurs quotas, comme le Venezuela.

L'Iran a pour sa part pu sauver la face en assurant que le consensus dégagé vendredi correspondait à ce qu'il avait "proposé et accepté", à savoir "respecter l'accord à 100%, rien de plus".

Mais "les investisseurs espéraient une mesure plus agressive", avec une hausse chiffrée des objectifs de production, note Pablo Shah, analyste chez CEBR.

Les Saoudiens "avaient vraiment insisté sur ce chiffre d'un million de barils par jour, en en faisant la pub toute la semaine", rappelle M. McMonigle.

Depuis début 2017, l'Opep et ses alliés limitent leurs extractions, une mesure qui a contribué à relancer les cours du brut, qui a plus que doublé en deux ans.

Mais la hausse du prix de l'essence inquiète dans les plus grandes économies, et le président américain Donald Trump a régulièrement critiqué l'Opep ces dernières semaines, l'accusant de ne pas agir.

"J'espère que l'Opep va augmenter son débit de manière significative. Il faut garder les prix bas !" a encore tweeté M. Trump vendredi, au moment où l'Organisation publiait sa décision.

"Juste avant les élections (de mi-mandat aux Etats-Unis en novembre), il est dans la pire situation possible. Il a baissé drastiquement les impôts, mais la mesure se perd complètement à la pompe" pour le consommateur américain, explique à l'AFP Giovanni Staunovo, analyste chez UBS.

Si les prix ont réagi violemment à court terme, certains observateurs restent prudents.

"L'offre créée par l'Opep va répondre à la hausse traditionnelle de la demande au troisième trimestre", correspondant aux départs en vacances, estiment les analystes de Wood McKenzie, qui prévoient donc que les prix restent stables.

"L'accord pourrait bien adoucir les prix de l'essence, ce qui sera le bienvenu pour les pays d'Europe ou d'Amérique du Nord, où la consommation aurait pu commencer à être affectée", commente M. Shah de CEBR.

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