Le commerce du thon rouge continue, le Japon se délecte

22/03/10 à 10:13 - Mise à jour à 10:13

Source: Trends-Tendances

La conférence de la CITES a refusé de placer le thon rouge sous sa protection, et renvoyé la gestion des ressources aux pêcheurs. "Bien" selon Tokyo, un "revers" pour Washington, une "menace de disparition" pour Bruxelles. Revue des réactions internationales.

Le commerce du thon rouge continue, le Japon se délecte

© PG

Par une large majorité - 68 voix contre, 20 favorables,et 30 abstentions - les Etats parties à la Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages menacées (CITES) ont rejeté le 18 mars à Doha la proposition de Monaco d'inscrire le thon rouge à son Annexe I, afin d'en interdire la surpêche. Les exportations du thon rouge d'Atlantique Est et de Méditerranée, poisson à haute valeur commerciale, peuvent continuer.

La gestion de l'espèce revient donc à la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique et de Méditerranée, réunissant une cinquantaine de pays pêcheurs. L'Iccat, longtemps accusée de laxisme, a réduit les quotas de pêche de façon drastique pour 2010 : 13.500 tonnes contre 22.000 tonnes en 2009, dont 2.022 pour la France.

Déléctation au Japon

Au pays du Soleil Levant, la joie et le soulagement prédominent. Grand amateur de l'espèce - 80% des thons rouges péchés dans le monde y sont consommés - l'archipel va pouvoir continuer à déguster makis, sushis et autres sashimis au thon rouge. Le Premier ministre japonais Yukio Hatoyama, s'est réjoui de la décision de la CITES. "C'est bien !", s'est-il félicité, "cela signifie que les importations de thon rouge vont continuer pour l'instant, et je pense que c'est bien que son prix n'augmente pas davantage".

Pendant un temps au moins. Tokyo souhaite que la surveillance des stocks et la réglementation de la pêche soient confiées à l'ICCAT, et s'est associé en novembre à la décision de réduire à 13.500 tonnes les prises autorisées en 2010. Accusé de toutes parts par les Etats et les ONG à la conférence de la CITES de menacer l'espèce de disparition, le pays a voulu faire preuve de son engagement à sauvegarder le thon rouge. Le Japon jouera un rôle "moteur", a ainsi promis Le ministre de l'Agriculture et de la Pêche de l'achipel, Hirotaka Akamatsu. "Nous avons désormais la responsabilité de le faire" a-t-il insisté.

Ailleurs, le rejet est plus dur à avaler

De nombreux participants à la conférence de la CITES ont accusé le Japon de mener un lobbying effréné, ralliant de nombreux pays en développement. Jeudi, la Tunisie, l'Indonésie, le Venezuela, le Chili, la Corée ou encore le Maroc ont eux aussi fait valoir le rôle prioritaire de l'ICCAT.

Côté ONG, les propos sont sévères. "C'est très décevant et très irresponsable", a lancé irritée Sue Lieberman, directrice des politiques internationales du PEW Environment Group, regrettant que "l'avenir du thon rouge soit renvoyé dans les mains de l'ICCAT".

En l'absence de régulation internationale, la gestion des ressources de thon rouge revient aux pêcheurs.

Pour le World Wildlife Fund (WWF), "c'est la défaite de cette espèce emblématique. D'autant que l'ICCAT n'a pas montré sa performance dans le passé" a regretteé Carlos Drews.

Côté Etats, les Etats-Unis, qui soutenaient la proposition de monégasque, ont déploré la décision de la CITES, qu'ils qualifient de "revers pour le thon rouge". "Mais nous allons continuer à nous battre pour nous assurer que la pêche est gérée de façon durable pour les générations futures", a affirmé Tom Strickland, chargé de la pêche, des parcs et de la faune au département des Affaires intérieures américain dans un communiqué.

L'Union européenne, qui soutenait elle aussi la proposition de Monaco, déplore son rejet, après s'être abstenue pendant le vote. "Nous sommes déçus par la décision de la CITES", ont déclaré les commissaires à l'Environnement Janez Potocnik et à la Pêche Maria Damanaki dans un communiqué commun. "Il y a une réelle menace que le thon rouge soit menacé de disparition", ont-ils ajouté.

"L'UE a voté en faveur de sa propre proposition et s'est abstenue sur la proposition de Monaco", a expliqué un expert européen à l'AFP sous couvert de l'anonymat. "Le soutien européen était conditionnel à l'ajout de l'annotation" que l'UE avait souhaité apporter, différant l'entrée en vigueur de la mesure dans l'attente de nouvelles analyses scientifiques, a poursuivi l'expert.

La France, qui s'était prononcée début février en faveur de l'interdiction du commerce international du thon rouge, avec un délai de mise en oeuvre de 18 mois, entend proposer à l'UE de "continuer ses efforts" en vue de l'inscription du thon rouge à l'Annexe II de la CITES, qui régule le commerce international des espèces menacées, a indiqué jeudi un communiqué commun des ministres de l'Ecologie et de l'Agriculture et de la Pêche.

Le prince Albert de Monaco, qui a fait de la défense de l'environnement l'un des axes de sa politique depuis son intronisation en 2005, a espéré que le débat de la Cites "aura sensibilisé la communauté internationale et les populations sur l'urgence qu'il y a à préserver cette espèce".

Violette Robinet

Trends.be, L'Expansion.com

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