Le check-up des pays qui font trembler la zone euro

28/03/11 à 11:43 - Mise à jour à 11:43

Source: Trends-Tendances

Hier la Grèce et l'Irlande, aujourd'hui le Portugal, demain... l'Espagne ? Zoom sur ces Etats qui, sous pression des marchés financiers et menacés de faillite, ébranlent l'édifice de la zone euro.

Le check-up des pays qui font trembler la zone euro

© Montage Bloomberg

Portugal, la crise politique

Déficit public (% PIB)

Croissance

7% en 2010
4,6% en 2011

+1,4% en 2010
-0,9% en 2011

Taux de chômage

Taux d'intérêt obligations à 10 ans

11,2

7,8%

La démission mercredi soir du Premier ministre socialiste José Socrates plonge le Portugal dans une totale incertitude, tant au plan politique qu'économique. Son plan d'austérité, le quatrième en un an, devait permettre au pays d'éviter de tomber dans les griffes du fonds de secours européen. Maintenant que le Parlement l'a rejeté, cette issue semble inévitable, même si le premier ministre démissionnaire a encore répété vendredi que le pays n'avait "pas besoin" d'un plan de sauvetage. Il devrait donc être le troisième Etat fragile de la zone euro à tomber... A quelques heures d'intervalles, les agences de notations Fitch et Standard & Poor's ont baissé la note de la dette souveraine du Portugal de deux crans.

Pourtant, le Portugal était "le plus sage" des "maillons faibles" de la zone euro. Contrairement à Athènes, Lisbonne n'a ni manipulé ses comptes ni excessivement emprunté. Le Portugal accuse une dette publique de 76,6% du PIB, mais ce gonflement de la dette est le résultat récent de la crise. Le pays n'a ni connu de bulle immobilière comme en Espagne ni fait du dumping fiscal comme l'Irlande. En revanche, il souffre d'une croissance atone depuis de nombreuses années, en raison d'un manque structurel de compétitivité. Or les mesures d'austérité qui s'accumulent sous la pression des partenaires européens sont en train de tuer dans l'oeuf la fragile reprise du pays.

L'Espagne recherche croissance désespérément

Déficit public (% PIB)

Croissance

9,3% en 2010
6% en 2011

-0,1% en 2010
+0,6% en 2011*

Taux de chômage

Taux d'intérêt obligations à 10 ans

20,3%

5,16%

* Prévision FMI

Grèce, Irlande, Portugal... L'Espagne sera-t-elle le prochain pays à appeler au secours les pompiers de l'UE et du FMI ? La péninsule ibérique est en tout cas dans le radar des marchés financiers. Sa note souveraine a récemment été dégradée d'un cran par Moody's, avec une perspective négative. L'Espagne est, avec la Grèce, le seul pays de la zone euro à être restée en récession en 2010. Le gouvernement espagnol prévoit un rebond de croissance cette année (+1,3%), mais le FMI et l'OPCDE sont plus pessimistes - les deux institutions tablent respectivement sur une hausse du PIB de 0,6% et 0,9%. Le pays détient en outre le triste record du taux de chômage le plus élevé d'Europe (plus de 20% de la population active).

Certes, sa dette publique atteint un niveau raisonnable (60% du PIB) en comparaison de la Grèce, mais la dette privée (celle des ménages et des entreprises) frôle les 200%. Le hic est que l'endettement des ménages est majoritairement constitué prêts immobiliers. Or le marché immobilier espagnol est toujours en convalescence après l'éclatement de la bulle en 2008. Ce qui fragilise les banques du pays - leur taux de créances douteuses atteint 6%, un plus haut depuis 15 ans. La restructuration du secteur bancaire pourrait coûter à Madrid entre 40 et 70 milliards d'euros.

Mais l'Espagne a aussi des atouts dans son jeu: le pays a mené en 2010 d'importantes réformes structurelles (marché du travail, retraites et secteur bancaire). Madrid poursuit également depuis deux ans une politique de consolidation budgétaire. Le budget 2011, le plus austère de ces dernières années, prévoit une diminution de 16% des dépenses des ministères et de 8% des dépenses de l'Etat. Ce budget n'a été approuvé que d'une courte tête, car le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero ne dispose pas de la majorité absolue à la Chambre des députés. La crise portugaise devrait toutefois renforcer la stabilité politique du pays. Et la grogne sociale est y moins virulente qu'en Grèce ou au Portugal. Le gouvernement a en effet signé début février avec les syndicats un "pacte social" pour la croissance, l'emploi et les retraites.

L'Irlande, le gouffre bancaire

Déficit public (% PIB)

Croissance

32% en 2010
9,4% en 2011

-1% en 2010
+1% en 2011

Taux de chômage

Taux d'intérêt obligations à 10 ans

13,5%

10,1%

Malgré le plan de 85 milliards d'euros conclu en novembre avec l'UE et le FMI, l'ancien "Tigre celtique" est loin d'être sorti d'affaire. Contrairement à la Grèce, la crise en Irlande est liée à l'explosion de la bulle immobilière : les banques, qui ont octroyé des prêts qui ne seront jamais remboursés, multiplient les pertes. Tous les établissements ont été au moins partiellement nationalisés et Dublin a garanti l'intégralité des dépôts et prêts des banques. Résultat : la dette des banques a été entièrement transformée en dette publique, d'où le déficit astronomique de 32%. Dans ce contexte, les nouveaux tests de résistance imposés par Dublin, dont les résultats doivent être publiés avant la fin du mois de mars, sont très attendus. Mais selon les premières indications, les nouvelles seraient mauvaises : la nouvelle facture pourrait dépasser les 35 milliards d'euros prévus pour les banques dans le plan d'aide.

Quant à la santé économique du reste du pays, le PIB a reculé pour la troisième année consécutive en 2010. C'est que la rigueur exigée en échange du secours international est en train, comme au Portugal, de tuer tout espoir de reprise franche: les coupes drastiques dans les dépenses publiques, la baisse du salaire minimum et le chômage pèsent sur la consommation des ménages, moteur traditionnel de l'économie irlandaise. Et avec une demande en berne, le gouvernement ne peut compter, comme il l'espérait, sur l'inflation pour alléger la charge de la dette.

L'Irlande a jusqu'à présent réussi à maintenir son taux d'impôt sur les sociétés au niveau extrêmement faible de 12,5% contre 33% en France. Le nouveau premier ministre Enda Kenny refuse de renoncer à cet atout qui avait permis à l'île de d'attirer les sièges sociaux de grands groupes européens et les recettes fiscales allant de pair. Ce qui lui font payer les Européens, qui ont bien fait comprendre qu'ils n'allégeraient pas le taux du prêt tant que l'Irlande continuait son dumping fiscal. Le gouvernement pourrait donc être en train de fléchir : il aurait accepté d'envisager une harmonisation de l'assiette fiscale des impôts sur les sociétés dans la zone euro, un premier pas vers une convergence des taux.

La Grèce toujours sous la menace de la faillite

Déficit public (% PIB)

Croissance

9,4% en 2010
7,5% en 2011

-4,5% en 2010
-3% en 2011

Taux de chômage

Taux d'intérêt obligations à 10 ans

14,3%

12,44%

Depuis près d'un an, la Grèce vit sous perfusion d'un prêt de 110 milliards d'euros de l'UE et du FMI. Ce sauvetage financier, le premier d'un pays de la zone euro, était censé faire retomber la pression des marchés sur la dette souveraine de la péninsule. Il n'est est rien. Le taux des obligations d'Etat grecques à 10 ans sont aujourd'hui encore supérieures de plus de dix points au Bund allemand. Récemment, Moody's a de nouveau dégradé la note de la Grèce, la reléguant dans la catégorie des pays dits à risque.

Pourtant, la Grèce a fait des efforts considérables pour réduire son déficit: la cure d'austérité drastique mise en place par le gouvernement socialiste de Georges Papandreou a permis de le réduire de six points en 2010. De nouvelles économies de 15 milliards d'euros sont prévues cette année. Le déficit public grec devrait néanmoins ester bien au-delà de la limite du Pacte de stabilité, à 7,5% du PIB. La dette publique, qui dépasse les 150% du PIB, ne devrait pas refluer avant 2012. Car l'Etat grec éprouve toujours de grandes à collecter des recettes fiscales. Surtout, la croissance ne devrait pas revenir dans la péninsule hellénique avant 2012.

La Grèce souffre en effet d'un manque de compétitivité. Selon le FMI, qui estime que l'économie grecque n'a pas encore touché le fond, l'euro est surévalué de 20 à 34% pour le pays. De nombreux économistes pensent que la Grèce aurait tout intérêt à sortir de la zone euro pour pouvoir dévaluer sa monnaie. Sinon, la Grèce ne pourra jamais rembourser sa dette. Et encore moins se refinancer sur les marchés financiers. C'est pourquoi plusieurs dirigeants politiques de la zone euro plaident pour la création d'un mécanisme de faillite ou de défaut de la dette publique des Etats. La Grèce est la première visée.

Emilie Lévêque et Laura Raim, L'Expansion.com

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