Lire la chronique d'Amid Faljaoui
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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

06/03/17 à 12:54 - Mise à jour à 12:54

Le bon vieux temps était-il vraiment si bon ?

Le danger de la période actuelle, c'est de croire que tout va mal. Les mouvements populistes se nourrissent d'ailleurs de cet état d'esprit et en abusent.

Le bon vieux temps était-il vraiment si bon ?

© REUTERS

L'idée générale aujourd'hui, c'est que c'était mieux avant ! il suffit de regarder le slogan de Donald Trump: "Make America Great Again". Tout est dans le mot "again", sous-entendu avant c'était mieux. Même chose pour les tenants du Brexit, de la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne, l'un de leurs slogans était: "Take Back Control". Là encore, le mot important c'est "back", comme s'il était possible de revenir en arrière, en des temps meilleurs où la Grande-Bretagne gérait seule son avenir et où forcément, c'était mieux !

Les personnes qui votent pour les mouvements d'extrême droite ou d'extrême gauche sont enclines à penser qu'avant c'était mieux et que, hélas !, demain leurs enfants seront condamnés à vivre moins bien qu'eux. En réalité, rien n'est plus faux.

Sur la peur de l'avenir, il y a un petit livre rédigé par Lucien Jerphagnon qui recense toutes les citations semblables depuis l'Antiquité. Eh oui, depuis l'Antiquité des penseurs ou des gens normaux ont pensé et cru dur comme fer que l'avenir était bouché pour leurs enfants.

Quant à savoir si c'était mieux avant, je ne peux que vous recommander de lire le dernier ouvrage d'Erwan Le Noan. C'est un plaisir, car il va à l'encontre du discours démoralisateur ambiant. Il rappelle que si la société va mal, d'un point de vue matériel, elle va nettement mieux. L'espérance de vie est passée de 66 ans en 1950 à plus de 80 ans aujourd'hui. Nos compatriotes sont plus diplômés aujourd'hui qu'hier, et mieux équipés également. Faut-il le rappeler, de nos jours, tout le monde a un réfrigérateur contre environ 20% de la population en 1958. Certains diront que le matériel ne fait pas tout. C'est vrai, mais regardez autour de vous, nous avons la possibilité de choisir nos vies et nos modes de consommation. Nous pouvons manger bio et nous pouvons réorienter notre carrière grâce aux formations, souvent gratuites, mises à notre disposition.

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Ceux qui regrettent le temps des mineurs et de l'usine fumante n'ont jamais dû connaître leurs conditions de vie !

Erwan Le Noan a raison de rappeler qu'avant ce n'était pas mieux. En France, par exemple, les jeunes garçons étaient mobilisés pour partir en Algérie. L'Europe était en pleine guerre froide. Sans compter que si nous voulions donner des nouvelles à nos proches ou nos amis, il fallait recourir à la bonne vieille poste, alors qu'aujourd'hui, nous sommes en contact de manière instantanée avec les personnes que l'on aime. Comme Erwan Le Noan aime à le rappeler, ceux ou celles qui regrettent le temps des mineurs et de l'usine fumante n'ont jamais dû connaître leurs conditions de vie !

En fait, ce que dit cet auteur, c'est que la vraie raison du malaise de nos concitoyens aujourd'hui trouve sa source dans le fait qu'ils sentent confusément que nous changeons de monde et que beaucoup de personnes n'arrivent pas à se projeter dans ce nouveau modèle social et économique. Pourtant, même s'ils sont minoritaires et hélas peu écoutés par les médias, pas mal de penseurs estiment que beaucoup de nouvelles opportunités vont s'ouvrir à nous. Mais encore faut-il être prêt à les voir ou à les saisir. Comme le dit un proverbe africain: lorsque le serpent mue, il est aveugle. Sans doute sommes-nous aussi aveugles...

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