La vraie dette de la Belgique : 426 % du PIB !

13/12/11 à 14:28 - Mise à jour à 14:28

Source: Trends-Tendances

La dette publique réelle de la Belgique est 4,5 fois plus lourde que ce qu'indiquent les tableaux officiels. Soit 426 %, ce qui ne fait pas de notre pays le meilleur élève de la zone euro... loin de là.

La vraie dette de la Belgique : 426 % du PIB !

© Reuters

La dette publique belge atteignait 96 % du produit intérieur brut à la fin de 2010. Si l'on tient compte des dépenses futures sur les retraites et la sécurité sociale qui, avec le régime fiscal actuel, ne sont pas couvertes par les revenus, notre dette publique se met soudainement à flamber, à environ 426 % du PIB. Traduction : notre "vraie" dette publique est près de 4,5 fois supérieure à ce qu'on peut lire dans les tableaux officiels.

Ces chiffres sont avancés par le professeur allemand Bernd Raffelhüschen et son assistant Stefan Moog, tous deux liés à l'Albert-Ludwigs-Universität de Fribourg. Le Pr Raffelhüschen a acquis ces dernières années, dans les milieux politiques, une réputation de fiabilité dans ce type d'analyse.

L'Italie, meilleur élève de la zone euro en termes de dette publique ?

En substance, Raffelhüschen et Moog ont établi une projection de la façon dont les dépenses et les revenus du gouvernement, avec la politique actuelle, évolueront au cours des prochaines décennies. L'évolution démographique surtout, déjà largement stable durant plusieurs décennies, joue un rôle très important dans ces projections. Les déficits qui se produiront dans l'avenir, ont été ramenés à des chiffres de 2010 grâce à un calcul actualisé.

Les chercheurs allemands sont parvenus, sur base de cette méthode d'estimation, à ce qu'ils appellent la "dette publique implicite", à savoir la dette qui, à politique inchangée, sera observable dans les prochaines décennies. Comme le montre le tableau ci-dessus, la dette implicite pour tous les pays étudiés (12 des 17 nations de la zone euro) est beaucoup plus grande que la "dette explicite", c'est-à-dire la dette publique inscrite dans les livres de compte du gouvernement fin 2010.

Pour tous les pays... sauf l'Italie. En effet, la dette publique italienne, si souvent décriée pour son niveau élevé, arrive sans conteste en tête de classement. Si l'on ajoute dettes publiques explicite et implicite, l'Italie arrive à 146 % du PIB fin 2010. Seules l'Allemagne (193 %) et la Finlande (195 %) s'en rapprochent raisonnablement.

Belgique : une "dette implicite" plus de trois fois plus lourde que la "dette explicite"

La Belgique pointe à la 7e place du classement Raffelhüschen/Moog, avec une dette implicite de l'Etat de 330 %, plus de trois fois le volume de la dette publique explicite. La dernière colonne du tableau ci-dessus montre que la Belgique doit consentir un effort égal à 5,3 % du PIB pour éliminer progressivement sa dette implicite.

Avec une telle procédure, qu'il faut maintenir année après année sur de nombreuses décennies, vous évitez une nouvelle escalade de la dette publique. Si vous corrigez le tir à hauteur de 5,3 % du PIB, vous resterez alors, dans le futur, à une dette publique égale à environ 96 % du PIB. Pour arriver à 60 % du PIB, niveau qui était encore sur la table les 8 et 9 décembre derniers, il faudra naturellement consentir un effort supérieur à 5,3 % du PIB.

En comparaison, le gouvernement Di Rupo Ier table sur un assainissement de 11,3 milliards d'euros en 2012 et de 22 milliards au total sur la période 2012-2014. Si l'on prend en compte le "choc d'assainissement" nécessaire pour prévenir une nouvelle escalade du ratio d'endettement - soit 5,3 % du PIB - on parle de 19 milliards d'euros (sur base du PIB de 2010) à dégager sur une seule année et à maintenir au moins jusqu'en 2050. Les plans du gouvernement Di Rupo Ier vont relativement dans la bonne direction... mais à certaines conditions importantes :

- Les mesures prévues devraient être mises en oeuvre intégralement et dès que possible.

- Il n'y a pas de place pour des opérations ponctuelles, car le "paquet complet" de 5,3 % du PIB devra être maintenu durant plusieurs décennies.

- Eviter toute augmentation des taux d'intérêt, car les 5,3 % ne suffiraient alors plus.

- La croissance économique ne doit pas être ralentie par l'augmentation du fardeau fiscal.

Une fois encore, même si toutes les conditions ci-dessus sont remplies, nous restons aux prises avec une dette publique égale à quelque 96 % du PIB.

Johan Van Overtveldt

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