"La réalité est que les syndicats font peur..."

16/05/13 à 12:03 - Mise à jour à 12:03

Source: Trends-Tendances

En exclusivité pour "Trends-Tendances", Claude Rolin, secrétaire général de la CSC, a accepté de croiser le fer avec le député bruxellois Alain Destexhe qui dénonce, d'un livre polémique, l'hégémonie syndicale dans notre pays.

"La réalité est que les syndicats font peur..."

© Reporters/Eric Herschaft

Dans son dernier livre, Alain Destexhe tire à boulets rouges, et verts et bleus, sur le monde syndical, qu'il accuse carrément de phagocyter toutes les sphères du pouvoir et d'être finalement un frein aux indispensables réformes dont notre pays a besoin. Nous avons confronté ce bouillonnant député MR au secrétaire général de la CSC, Claude Rolin. En complément aux quatre pages d'interview publiées dans le Trends-Tendances (édition "papier") de ce jeudi, Trends.be revient sur un point polémique : la protection des délégués syndicaux...

Claude Rolin. Les contradictions ne manquent pas dans votre livre. Vous écrivez ainsi que les organisations syndicales n'ont pas un bon fonctionnement, singulièrement dans la fonction publique où il y a des "potentats" syndicaux. A vous lire, il faudrait y organiser des élections sociales, comme dans le privé. Or, dans un autre passage, vous en dénoncez tant le fonctionnement et que le coût de cette façon de faire...

Alain Destexhe. Je ne conteste pas les élections sociales comme telles mais bien les protections excessives dont bénéficient les candidats...

Claude Rolin. Vous n'imaginez cependant pas le nombre de candidats licenciés juste avant les élections sociales, ce n'est pas triste !

Alain Destexhe. Mais que la période de protection commence avant même le dépôt des listes, tout de même...

Claude Rolin. Force est de constater qu'on licencie les gens avant le dépôt des listes...

Alain Destexhe. Je voudrais voir des statistiques à ce sujet... Cela étant, comment voulez-vous que l'employeur sache qui est candidat avant même le dépôt des listes ? Je vous avoue bien franchement ne pas comprendre...

Claude Rolin. Il faut voir la réalité de la vie des entreprises. Avant le dépôt officiel des listes, les travailleurs se parlent, se tâtent. Des noms sont donc pressentis avant d'être officialisés. Forcément, ça finit par se savoir. Certains candidats pressentis sont licenciés à ce moment là. Cela s'appelle "la période des soldes"...

Alain Destexhe. Je demande à voir...

Claude Rolin. Passez chez nous, notre service "entreprises" vous montrera ce qu'il en est...

Alain Destexhe. Je ne doute évidemment pas que certains employeurs abusent mais, pour en revenir aux services publics, j'ai été confronté à cette expérience où il est quasi impossible de virer quelqu'un, même s'il a eu des faits graves (alcoolisme, absences répétées, déprédations, etc). Et dans les communes, il faut même un vote au conseil communal pour virer quelqu'un...

Claude Rolin. Il n'y a pas contestation dans notre chef s'il y a faute avérée...

Alain Destexhe. En étudiant des situations concrètes, dans le secteur privé, j'ai rencontré bien des employeurs "terrorisés" à l'idée de dépasser certains seuils fatidiques (50 ou 100 travailleurs). Certains déploient même des stratégies pour éviter de les atteindre. Certains ont peur de licencier des délégués incompétents ou inaptes parce que cela pourrait leur coûter des montants astronomiques devant le tribunal du travail. Vous inspirez la crainte et la peur ! Comment expliquer cette peur des patrons face aux organisations syndicales ?

Claude Rolin. Permettez-moi, pour une fois, de parler de moi. Mon histoire est celle d'un syndicaliste issu de la province du Luxembourg. Vous pouvez y croiser facilement des patrons de PME qui vous diront que c'est important d'avoir des représentants syndicaux avec qui discuter et régler les problèmes. Nous estimons -et ça se sait- que c'est par la concertation que nous pouvons trouver des solutions qui intéresseront les uns et les autres. Là où le désaccord existe, nous cherchons des solutions, ensemble. Et nous arrivons, au départ de nos divergences, à trouver des solutions, c'est là notre ambition. Et c'est ce qui se fait dans plus de 9 cas sur 10.

Alain Destexhe. Allez, allez. Ce que vous dites est bien aimable mais la réalité est que vous faites peur !

Claude Rolin. Ce que je vous dis est pourtant la vérité...

Alain Destexhe. Et si on faisait un débat public mettant en présence les patrons de PME que vous me décrivez si bien ? Je serais vraiment heureux d'entendre leur vécu... Monsieur Rolin, vous décrivez un syndicalisme idéal qui n'existe pas dans la pratique au quotidien.

Claude Rolin. C'est pourtant notre pratique au quotidien. Passez donc chez nous vous en rendre compte...

Découvrez l'interview croisée de Claude Rolin (CSC) et Alain Destexhe (MR) dans le Trends-Tendances de ce jeudi 16 mai. En vente en librairie...

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