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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/08/17 à 14:44 - Mise à jour à 14:44

'La pression fiscale dépasse-t-elle les limites de la civilisation ?'

Fin juillet, le 28 pour être précis, les Belges pouvaient fêter le jour de leur libération fiscale. Dit comme cela, c'est un peu bizarre, mais c'est un institut franco-belge, l'institut Molinari, qui calcule pour la plupart des pays occidentaux ce qu'on appelle "le tax freedom day".

'La pression fiscale dépasse-t-elle les limites de la civilisation ?'

© iStock

En clair, le jour de "libération fiscale" est le jour où le contribuable cesse de payer des impôts et des cotisations pour l'État et peut enfin gagner de l'argent pour lui et sa famille. La Belgique a donc l'honneur de gagner la médaille d'argent, juste derrière la France, puisque nous cessons de payer des impôts et des cotisations à l'État le 28 juillet seulement. En d'autres mots, tout ce qu'on gagne jusqu'à cette date-là ne va pas dans notre poche, mais part dans celle de la collectivité.

Les plus optimistes se rassureront en disant que la Belgique a déjà fait des progrès puisqu'en 2015, hier donc, notre jour de libération fiscale était le 6 août. On a donc progressé, mais avec une pression fiscale réelle de 56,7%, notre pays est très nettement au-dessus de la moyenne européenne qui est de 44,8%.

J'en parle aujourd'hui parce que, comme chaque année, il y a ceux qui sont indignés par ces chiffres, qui oublient que notre pays a un État-providence dont tout le monde profite, et il y en a d'autres qui se disent que décidément, l'impôt est confiscatoire en Belgique et fort peu efficace.

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Un bon berger tond ses moutons, mais il ne les écorche pas...

À gauche, on dira que c'est le prix à payer pour l'État-providence. Autrement dit, vouloir comparer la Belgique avec, par exemple, la Lettonie n'est pas pertinent, car ce pays a une sécurité sociale rudimentaire. Et puis, en face de cette pression fiscale réelle de 56%, il faut voir ce que le contribuable reçoit en échange, notamment en services collectifs: l'enseignement, y compris universitaire, est gratuit, les soins de santé sont à un très bon niveau et restent accessibles pour le plus grand nombre, etc.

Plus à droite sur l'échiquier politique, il y a ceux et celles qui disent que pour une pression fiscale réelle de 56%, les retours de l'État sont plutôt maigrichons. La preuve, selon eux, c'est que les Belges continuent à travailler cinq semaines de plus que les Suédois pour payer leurs impôts. Or, la Suède n'est pas la Lettonie, il y a là-bas une vraie sécurité sociale. En d'autres termes, le Belge - et en particulier le francophone - paie beaucoup d'impôts, mais n'a pas un retour à la hauteur de ce qu'il paie. Un seul exemple: la Wallonie et Bruxelles affichent un très mauvais score au test Pisa, un test qui évalue la qualité des élèves de 15 ans au niveau de la lecture et de leurs connaissances en sciences et en mathématiques. Alors que les Bruxellois et les Wallons sont en fond de classement, la Flandre, elle, affiche de bons scores. Traduction: pour la gratuité de l'enseignement, on repassera !

Pour ces contribuables critiques, le compositeur allemand Richard Wagner avait raison: les impôts sont le prix de la civilisation. La preuve, c'est qu'ils n'existent pas dans la jungle. Mais en Belgique, la pression fiscale dépasse les limites de la civilisation. "Un bon berger tond ses moutons, mais il ne les écorche pas", disent-ils. Voilà en tout cas un bon sujet de débat que ce "tax freedom day".

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