La notion de "pays en développement" est obsolète, selon la Banque mondiale

19/05/16 à 14:52 - Mise à jour à 15:19

Dans son édition 2016 de ses Indicateurs de développement, la Banque mondiale a décidé de renoncer au terme " pays en développement ", ne souhaitant plus les différencier des " pays développés ". Et ce, pour plusieurs raisons.

La notion de "pays en développement" est obsolète, selon la Banque mondiale

Singapour était toujours considéré comme un pays en développement au même titre que le Malawi ou le Libéria © REUTERS

Les différents pays de la planète étaient catégorisés en deux types depuis les années '60: "pays en développement" et "pays développés". Plusieurs variables étaient utilisées pour cette catégorisation, parmi lesquelles le taux de fécondité et de mortalité infantile ou encore le revenu moyen par habitant. Néanmoins, la Banque mondiale a décidé que le terme "en développement" n'était plus pertinent et a choisi de regrouper les pays en fonction de leur région et des groupes spécifiques classés selon le revenu. En effet, les pays précédemment signalés comme "en développement" présentent désormais des différences trop importantes entre eux, au niveau du revenu, que pour être mis dans le même panier.

Par exemple, un pays comme le Malawi, avec un Revenu National Brut (RNB) de 250 dollars, et le Mexique, avec un RNB de 9.860 dollars, faisaient parties, jusque l'année passée, du monde "en développement".

Une notion qui n'est plus pertinente

A l'inverse, la plupart des "pays en développement" ne présentent presque plus de disparité en ce qui concerne les taux de fécondité et de mortalité infantile. L'écart important qui existait, il y a plusieurs décennies, s'est résorbé et ces taux ne permettent plus de faire une différence pertinente vis-à-vis du développement d'un pays.

Pour Tariq Khokhar et Umar Serajuddin, deux analystes de la Banque mondiale qui ont publié un billet sur le sujet fin 2015, "l'utilisation des expressions "monde en développement" et "pays en développement" est délicate et même employée avec les précautions qui s'imposent, il est difficile de ne pas y voir un jugement sur le niveau de développement de tel ou tel pays... ". Selon eux, il était devenu nécessaire de s'interroger sur l'adéquation et la pertinence de ces termes à l'heure actuelle.

Les deux analystes proposaient, à l'époque, de s'inspirer de ce qui était déjà fait par d'autres institutions au niveau de la classification des pays. Par exemple, l'Indice de développement humain du PNUD, qui mesure le bien-être selon les pays, classait ces dernier en quatre niveaux : très élevé, élevé, moyen et faible. Du côté de l'ONU, tous les pays d'Europe et d'Amérique du Nord plus l'Australie, le Japon et la Nouvelle-Zélande font partie des régions développées, le reste du monde appartenant aux catégories "en développement" et "pays les moins avancés", en fonction de leur revenu national brut par habitant et de critères liés au capital humain et à la vulnérabilité économique.

En outre, au-delà de cette volonté de rendre les données plus utiles en matière d'analyse, cette décision reflète aussi les changements d'enjeux en termes de développement puisque les Objectifs de développement durable (ODD) ont remplacé l'année passée les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). "Les OMD avaient pour cible les pays en développement. Il y avait les donateurs et ceux qui avaient besoin d'aide. Les ODD, eux, voient tous les pays comme ayant besoin d'être développé et cela est universel", analysait Umar Serajuddin dans le magazine en ligne Quartz. Histoire de montrer que, de nos jours, le développement est un problème qui concerne tout le monde.

Par F. Ca.

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