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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

09/07/15 à 15:31 - Mise à jour à 15:31

La Grèce applique-t-elle la stratégie du 'passager clandestin' à bord du bateau Europe ?

"Je refuse de culpabiliser pour la Grèce." L'auteur de cette phrase n'a visiblement pas peur de se faire mal voir...

La Grèce applique-t-elle la stratégie du 'passager clandestin' à bord du bateau Europe ?

© Reuters

Cet auteur n'est autre que Jean-Louis Bourlanges, un ancien député européen centriste et professeur à Sciences Po Paris. Si je le cite, c'est parce qu'il est considéré par la presse française comme un analyste très fin en matière économique, même si on n'est pas obligé de partager ses opinions.

Que dit-il en substance face à la crise grecque ? D'abord, qu'effectivement, il refuse de culpabiliser sur ce dossier. Pourquoi ? Parce que, dit-il au journal Les Echos, "les Grecs, depuis vingt ans, ont commis toutes les erreurs: ils sont entrés par fraude dans la zone euro, ils ont dilapidé les fonds structurels européens, ils ont gâché les taux d'intérêt favorables et ils ont laissé perdurer un système fiscal et social aberrant. Et quand leurs dirigeants ont commencé à faire le travail, ils ont été balayés par le parti Syriza. Qui depuis lors, n'a rien fait de sérieux".

Et Jean-Louis Bourlanges ne s'arrête pas à ce constat. Il ajoute, très ironique, je le cite, "je ne crois pas au souverainisme qui consiste à lever des impôts chez les autres". Pour Jean-Louis Bourlanges, on a travaillé à l'envers avec le dossier grec. "On s'en est tenu jusqu'à présent au dilemme suivant: payer les Grecs pour que la Grèce reste dans l'euro. Mais, dit-il, on aurait pu imaginer de renverser la problématique: c'est-à-dire payer les Grecs pour permettre à la Grèce de sortir sans se fracasser sur le mur des dettes." En fait, ce que dit Jean-Louis Bourlanges, c'est qu'à partir du moment où ce que veut faire Syriza est incompatible avec la vision des autres pays de la zone euro, pourquoi continuer à s'acharner à garder la Grèce dans l'euro ?

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Évidemment, précise-t-il, les dirigeants de Syriza savent aussi que la population grecque ne veut pas quitter l'euro, mais uniquement diminuer l'impact des plans d'austérité. Donc, selon Jean-Louis Bourlanges, la stratégie du Premier ministre grec est cynique, c'est la stratégie du passager clandestin. Celle-ci consiste, a-t-il dit au journal Les Echos, "à rester à bord du navire et à faire payer par les autres une cabine au confort amélioré".

Je suis bien entendu conscient que les propos tenus par cet ancien député européen sont durs, très durs. Mais ils montrent que c'est un peu l'état d'esprit dans lequel se trouvent pas mal de négociateurs autour de la table aujourd'hui. Reste encore à voir si ces propos musclés seront suivis d'effets, car les calculs ont été faits: une sortie de la Grèce coûterait aujourd'hui plus cher qu'une annulation d'une partie de sa dette. Et ça, ce n'est pas de l'idéologie, mais des chiffres concrets.

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