La France, prochain Etat dépouillé de son triple A ?

20/10/11 à 11:23 - Mise à jour à 11:23

Source: Trends-Tendances

Moody's menace de baisser la note de la France. Une situation pas si surprenante selon Norbert Gaillart, consultant pour la Banque mondiale et auteur de l'ouvrage "Les agences de notation".

La France, prochain Etat dépouillé de son triple A ?

© Image Globe/Christophe Petit Tesson

Comment une agence peut-elle décider de dégrader la note d'un pays ?

On n'est pas sur un algorithme où il suffit de mettre des chiffres et d'appuyer sur un bouton pour avoir une note qui sort. C'est beaucoup plus un processus d'analyse. Deux personnes peuvent soulever la question d'un abaissement de la note dans l'agence, le managing director et l'analyste du pays. Ils exposent devant un comité de 5 à 12 personnes la situation du pays selon quatre critères. Et décident ensemble, à la majorité généralement - mais parfois, la voix du managing director est prépondérante - de la dégradation ou non de la note du pays.

Pourquoi la France est-elle prise pour cible ?

Si l'on aborde le pays en regardant les autres Etats notés triple A, la France est très mal placée. C'est le pays qui a les taux d'intérêts les plus élevés à 5 ou 10 ans. L'écart entre les taux allemands et français a aussi atteint un record mercredi, avec 114 points de base. Cela veut clairement dire que la France est vue comme un maillon faible par les marchés. Concrètement, s'il fallait dégrader la note d'un pays triple A demain, ce serait légitime pour la France.

Ce qui serait une très mauvaise nouvelle pour le pays...

Et surtout pour l'Europe ! Si la France perd son triple A, on peut se poser des questions sur la future notation du Fonds européen de stabilité financière (FESF). Et il est essentiel qu'il ait la note la plus élevée pour aider les pays en difficulté. Dans le même temps, le couple franco-allemand serait très affaibli.

Les agences méritent-t-elles les critiques qu'on leur adresse ?

La critique sur le conflit d'intérêts est parfaitement justifiée. Elles ont fait du consulting sur des activités financières qu'elles notaient en le même temps. D'ailleurs, on n'a pas encore fini d'en parler : il y a un procès en cours aux Etats-Unis. Idem pour les notations souveraines. Moody's a récemment baissé fortement l'Italie et l'Espagne pour faire oublier les critiques qu'elle a subies sur son retard à l'allumage à l'époque des subprimes et même de la crise en Grèce. En juin 2010, elle avait abaissé brutalement de quatre crans la note grecque juste après le premier plan de sauvetage pour s'ajuster aux autres agences. Une dégradation à froid !

Quelles solutions pour éviter un pouvoir trop grand des agences ?

Je suis sceptique quant à la création d'une agence de notation européenne voulue par la Commission européenne. Il y aurait un problème de réputation et de crédibilité au niveau de son statut d'agence publique. Cela ne sera pas fait pour rassurer les investisseurs. En revanche, je suis partisan que la Banque centrale européenne fasse de la notation souveraine. Ainsi, elle prendrait des décisions en fonction de ses notations propres, ce qui lui permettrait d'être indépendante des trois grandes agences.

Propos recueillis par Ali Bekhtaoui, L'Expansion.com

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