"La force de l'Allemagne, c'est que ses produits sont indispensables !"

01/10/10 à 09:35 - Mise à jour à 09:35

Source: Trends-Tendances

Hermann Simon, expert en stratégie, marketing et fixation des prix, président de Simon-Kucher & Partners, Strategy & Marketing Consultants, revient sur la "vraie raison du succès" de l'économie allemande... et sur sa faiblesse.

"La force de l'Allemagne, c'est que ses produits sont indispensables !"

© Thinkstock

Comment expliquez-vous la compétitivité des entreprises allemandes ? Par des coûts plus faibles ? Par une qualité des produits plus élevée ?

C'est une question complexe. Bien sûr, les coûts ont joué. Depuis des années, les salaires progressent lentement en Allemagne alors qu'ils dérapent dans d'autres pays. La qualité, l'innovation joue aussi. Mais cela ne fait pas tout. En fait, la vraie raison du succès de l'Allemagne, c'est que ses produits demeurent essentiels dans la chaîne industrielle.

Pour bien comprendre, je vous donne un exemple : si Toyota disparaissait du jour au lendemain, il ne se passerait pas grand chose sur un plan économique. Le secteur automobile est plombé par les surcapacités. Les parts de marché de Toyota seraient absorbées par des concurrents qui proposent des produits proches. En revanche, si des entreprises comme Trumpf (producteur de machines-outils à technologie laser pour l'usinage de la tôle) et Baader (producteur de machines pour découper le poisson en filets) mettaient la clé sous la porte, cela désorganiserait des pans entiers de l'industrie.

L'Allemagne propose en effet des produits indispensables mais dont les dépenses peuvent être reportées dans le temps. En 2009, les clients des entreprises allemandes ont gelé leurs investissements. Aujourd'hui, les affaires reprennent. On peut ajourner l'achat des produits allemands, mais on ne peut pas l'abandonner.

L'Allemagne craint-elle la concurrence chinoise ?

Pas encore sur la catégorie " produits indispensables " citée plus haut. Cependant, la Chine monte en gamme très vite. Avec son centre d'assemblage à Cologne, le chinois Sany vient concurrencer directement l'Allemagne sur un de ses coeurs de métier : les machines destinées au secteur de la construction. Le secteur de la construction navale allemand commence à souffrir également de la concurrence avec la Corée.

Cependant, l'avenir économique de la Corée est sans doute moins porteur que celui de la Chine. Ce pays devra sans doute gérer une réunification très coûteuse (beaucoup plus que celle de l'Allemagne) dans le futur. Et il possède un taux de natalité très faible, qui n'est pas compensé par l'immigration. Or c'est bien la démographie qui fera la croissance économique dans le futur.

L'Allemagne est-elle bien placée sur ce terrain ?

Non, pas du tout ! Certes notre croissance atteindra 3 % environ cette année. Du coup, certains parlent du renouveau du modèle allemand. Mais la vérité, c'est que notre population vieillit et que nous ne comptons pas assez sur l'immigration comme levier. Selon mes estimations, l'Allemagne peut espérer croître d'à peine 1% par an d'ici à 2020 !

Au risque de choquer, je propose donc des mesures radicales : accueillir 1 million de personnes par an en privilégiant l'immigration qualifiée (par exemple, des travailleurs indiens et chinois issus de bonnes universités) et l'immigration de personnes qui souhaitent s'intégrer. Le Canada et l'Australie y sont arrivés. Pourquoi pas nous ?

Propos recueillis par Sébastien Julian, L'Expansion.com

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