"La crise n'a pas entamé la crédibilité de l'euro"

28/12/11 à 15:59 - Mise à jour à 15:59

Source: Trends-Tendances

Le 1er janvier, la zone euro fêtera son dixième anniversaire. Quel bilan en tirer ? Les réponses de Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique en France et professeur à l'université Paris-1.

"La crise n'a pas entamé la crédibilité de l'euro"

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Quel bilan tirez-vous de l'euro, dix ans après sa mise en circulation?

J'y étais favorable depuis le début, et je reste positif, car au jeu de l'analyse coûts/avantages, les avantages l'emportent. L'euro a apporté la stabilité monétaire interne entre les pays face à un monde entré en turbulence dès août 2007. On peut légitimement penser que si les monnaies nationales avaient été conservées face au dollar, il y aurait eu pas mal de dévaluations et révaluations depuis le début de la crise. De plus, l'Europe s'est dotée d'une monnaie de réserve mondiale. L'euro représente aujourd'hui 27% des réserves de change dans le monde, le dollar se maintient à 61%. Cela dit, je n'ai jamais pensé que l'euro allait régler les problèmes de croissance et d'emploi qui relèvent d'autres approches et traitements.

Quels reproches adressez-vous à la monnaie unique ?

D'abord les règles de discipline mises en place par le Pacte de stabilité n'ont pas été respectées, les sanctions n'ont jamais été appliquées, ce qui a engendré la crise que l'on connaît aujourd'hui. Le seul pays qui a à peu près joué le jeu, l'Allemagne, avait un déficit public proche de 0 à l'éclatement de la crise mondiale en 2007. Au même moment, la France était déjà à la limite des 3%. Il faut donc en tirer les leçons en redéfinissant les règles du jeu, ce qui a été notamment décidé lors du dernier sommet européen. Ensuite, j'avais pensé que l'euro pouvait réduire un certain nombre de divergences réelles entre les pays. Notamment en matière de croissance et de compétitivité, ce qui ne s'est pas produit. L'erreur remonte au traité de Maastricht qui s'est basé sur des critères nominaux (inflation, dette, déficit...) et non sur des critères concernant l'économie réelle (croissance, compétitivité et emploi). La conséquence c'est qu'aujourd'hui ces déséquilibres internes à la zone euro se sont accélérés au lieu de se résorber.

Pourquoi l'euro reste-t-il élevé par rapport au dollar malgré la crise ?

D'abord à cause de l'écart entre les politiques monétaires en Europe et aux Etats-Unis. La Réserve fédérale (FED) a maintenu des taux d'intérêt très bas (0,25% promis jusqu'en 2013) alors que la BCE n'a que très récemment baissé son taux directeur à 1%. Dans le même temps, la FED a racheté massivement de la dette américaine par sa politique de "quantitative easing", alors que la BCE l'a fait de manière beaucoup moins active. La deuxième raison tient aux finances publiques des Etats-Unis. Ils ont un déficit budgétaire de 9% et une dette publique proche de 100% de leur PIB, au-dessus des moyennes de la zone euro. Tous ces facteurs fragilisent le dollar et font grimper l'euro.

Mais ces chiffres révèlent autre chose. On s'aperçoit que malgré deux ans de grave crise en zone euro, la monnaie unique a certes chuté mais reste surévaluée de près de 20% par rapport au dollar, en considérant que l'euro vaut 1,10 dollar en parité de pouvoir d'achat. Dans le même temps, la part de marché de l'euro dans les réserves de changes mondiales n'a pas baissé (27%), la Chine ayant même augmenté ses réserves en euro (27% également). Ce qui signifie que jusqu'à présent la crise n'a pas entamé la crédibilité de l'euro. Si en Asie et ailleurs dans le monde on ne croyait plus à l'euro et on le vendait massivement, alors la monnaie unique aurait davantage chuté...

Mais cela veut-il dire pour autant qu'on ne peut légitimement pas avoir de doutes sur la survie de l'euro ? J'entends, je lis qu'ici et là on se prépare à la fin de la zone euro, et que même des entreprises l'envisagent. J'espère qu'on leur donnera tort. Je suis un peu agacé par ces postures qui disent que l'euro va disparaître. L'euro va tenir, on va tout faire pour le sauver. Sur ce sujet, les décisions prises lors du dernier sommet européen sont nécessaires mais pas suffisantes. A court terme il faut éteindre l'incendie qui n'est pas encore éteint. Pour cela on doit adopter des mesures indispensables: faire jouer à la BCE le rôle plein de prêteur en dernier ressort, renforcer le Fonds européen de stabilité financière (FESF), et mettre en place des euro-obligations, au moins par une mutualisation partielle comme l'a recommandé la Commission européenne. Mais sur la BCE et les euro-obligations, les Allemands ne bougeront que quand ils seront vraiment rassurés sur la discipline budgétaire des Etats.

L'idée de sortir de l'euro est-elle encore farfelue ?

Elle aurait des conséquences graves sur nos économies. D'abord si la Grèce sortait et qu'elle dévaluait sa nouvelle monnaie de 40 à 50%, l'inflation des produits importés l'enfermerait dans une spirale de dévaluations. Sans parler des taux d'intérêt sur sa dette qui exploseraient, ce qui ferait d'autant plus grimper son déficit et son endettement. La fin de l'euro serait également très lourde de conséquences pour tous les pays membres. L'écart de taux avec l'Allemagne monterait en flèche, alourdissant d'autant le déficit et la dette publique. Les pays n'auraient alors que l'illusion de la souveraineté monétaire nationale.

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