"La crise européenne est terminée dans 6 mois !"

03/11/11 à 09:35 - Mise à jour à 09:35

Source: Trends-Tendances

Andreas Höfert, chief economist d'UBS, fustige les politiques européens incapables de faire passer l'avenir de l'Europe devant leur carrière politique personnelle.

"La crise européenne est terminée dans 6 mois !"

© Reuters

A l'heure où nous interrogeons Andreas Höfert, le sommet européen qualifié de capital pour l'avenir de la zone euro est en cours. L'incertitude entourant l'avenir de la zone euro et l'issue du sommet n'empêcheront toutefois pas le Chief Economist d'UBS, d'avoir une vision très tranchée de l'avenir de l'Europe.

La zone euro trouvera-t-elle une solution à la crise des emprunts souverains ou la mort de l'euro est-elle inévitable ?

La zone euro ne disparaîtra pas et sa devise non plus. Il existe bien trop de solutions possibles à la crise actuelle. Laisser sombrer la zone euro serait en outre un véritable désastre bien plus coûteux que de solutionner la crise actuelle.

Je ne nie pas que l'Europe ait au moins deux soucis majeurs actuellement. La Grèce est un véritable boulet pour la zone euro et la problématique de la contagion à d'autres pays n'est pas anodine. Mais des solutions existent. Pour la Grèce, une décote substantielle de la dette doit être envisagée. Bien plus que les 50 % qui sont évoqués.

Quelles solutions préconisez-vous ?

En ce moment, l'Europe se braque sur le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et son renforcement pour mettre le holà au phénomène de contagion de la crise européenne. C'est une solution possible mais ce n'est pas la meilleure option. Donner à la Banque centrale européenne (BCE) les armes d'une véritable banque centrale comme la Réserve fédérale américaine (Fed) ou la Banque centrale anglaise (BoE) serait une véritable avancée dans la bonne direction. Pourquoi ne pas laisser l'opportunité à la BCE de monétariser les dettes européennes, de fixer les taux d'intérêt italiens et espagnols par exemple ? Pour l'heure, le mandat de la BCE est uniquement de veiller à la stabilité des prix, ce qui est le cadet des soucis de l'Europe.

Le Royaume-Uni et les Etats-Unis ne sont pas en meilleure posture que l'Europe sur le front de l'endettement mais il ne sera jamais question de défaut dans leur cas pour la simple et bonne raison qu'il leur suffit de faire tourner la planche à billets pour rembourser leurs créanciers en cas de nécessité. Cette opportunité n'existe plus pour les pays de la zone euro.

Si la solution est si simple, comment expliquez-vous que l'Europe soit toujours en crise ?

L'Europe doit faire face à une mauvaise volonté politique néfaste. L'attitude des deux leaders européens que sont la France et l'Allemagne est assez symptomatique de l'importance des agendas politiques. Si Angela Merkel doit à nouveau négocier un renforcement du FESF dans son pays, les chances sont grandes que son gouvernement saute. De son côté, le président français Nicolas Sarkozy s'accroche au "AAA" de son pays et campe sur des positions lui permettant de garder cette note. Tant que ces deux protagonistes restent sur leurs positions, aucune solution n'est possible.

Ceci dit, dans tout au plus six mois, la crise européenne devrait être solutionnée car Nicolas Sarkozy ne peut se permettre de rentrer en campagne électorale alors que la crise bat encore son plein, quitte à perdre le "AAA" de la France pour ce faire.

Parlons justement des agences de notation financières : ne tirent-elles pas sur l'ambulance ?

L'Europe prise dans son ensemble offre un ratio dettes/PIB de 80 % et dispose d'une dynamique de sa dette très saine. Le Royaume-Uni peut également se targuer d'un ratio dettes/PIB sous 80 % mais la dynamique de sa dette laisse présager que ce ratio montera à 120 % dans les cinq à dix ans. La note du Royaume-Uni restera toutefois bonne car la BoE finance la dette publique. Pour que les notes européennes restent au meilleur niveau, il faudrait que la BCE puisse jouer ce rôle de garant des dettes des Etats européens.

Faudra-t-il passer par une décote de la dette grecque pour sortir l'Europe de l'ornière ?

Cela semble effectivement inéluctable pour permettre à la Grèce de sortir la tête de l'eau. Ceci dit, il était question d'une décote de 21 % au sommet européen de juillet alors que cette décote était peut-être suffisante lors du précédent sommet de mars, mais plus en juillet. Il est désormais question d'une décote de 50 % ; cet haircut aurait suffi en juillet mais plus maintenant. C'est désormais une décote de 65 à 75 % qui est nécessaire pour donner une bouffée d'oxygène à la Grèce. L'Europe semble avoir un sommet de retard.

Les banques survivraient-elles à une décote d'une telle ampleur ?

Les banques vont devoir être recapitalisées, c'est une certitude. Elles sont sous-capitalisées quoi qu'on en dise. Le chiffre de 108 milliards d'euros est souvent évoqué, mais d'après nos estimations, il faudrait au moins 300 milliards d'euros pour les recapitaliser. Les gouvernements européens seront mis à contribution pour ce faire, car le secteur privé n'est pas en mesure aujourd'hui de jouer ce rôle. Cette nouvelle contribution des Etats au secteur financier ne sera pas facile à faire passer auprès de la population européenne, mais c'est un passage obligé ! C'est la principale pierre d'achoppement pour le moment dans la crise européenne. La BCE jouera également un rôle puisqu'une de ses missions est, répétons-le, de veiller à la stabilité financière, même si pour l'heure elle ne joue ce rôle que très timidement.

Toute l'Europe est-elle à mettre dans le même panier ? La Suisse semble épargnée par les soucis de l'Europe.

Jusqu'en juillet de cette année, la Suisse se portait bien. Depuis, l'Allemagne a fléchi et la Suisse dans son sillage. La flambée du franc suisse, considéré comme une valeur refuge, n'aide en rien l'économie suisse. Même à 1,20, la valeur maximale du franc suisse depuis que la Banque centrale suisse à mis un terme à la folle ascension de sa devise, la devise reste chère et les exportateurs souffrent. La Suisse n'est pas en grande forme. Nous pourrions même avoir une croissance négative au dernier trimestre accompagnée d'une hausse du chômage. Aujourd'hui, nous lui préférons les pays scandinaves, qui me font penser à la Suisse d'il y a 6 mois ou le Canada qui est fiscalement raisonnable.

Propos recueillis par Karine Huet

L'économie globale a plus à craindre des Etats-Unis que de l'Europe

Les marchés financiers se braquent pour le moment sur les soucis de la zone euro, ce qui explique en partie la très nette sous-performance des indices boursiers européens par rapport aux indices américains. Pourtant, les Etats-Unis ne sont pas en meilleure posture que l'Europe. Bien au contraire. "Le plan de relance prôné par Barack Obama a été rejeté au Sénat, et sera probablement sérieusement raboté pour passer la rampe. Il ne devrait de toute façon pas suffire à relancer l'économie américaine. Le chômage restera soutenu et la croissance, mollassonne tant que l'économie US sera en phase de purge de ses dettes", relève le Chief Economist d'UBS, Andreas Höfert, pour qui si les choses ne changent pas, le plafond de la dette sera à nouveau atteint et dépassé l'année prochaine comme ce fut le cas cet été.

"Seul un choc positif exogène, comme une nouvelle révolution technologique pourrait changer la donne et redonner de l'élan à la première économie mondiale. A défaut, il faudra passer par 5 à 10 ans de croissance faible". Dans ce contexte, le Chief Economist d'UBS estime que les marchés d'actions américains sont correctement valorisés. Si durant le dernier trimestre, l'économie de l'oncle Sam devait enregistrer une croissance négative, les indices boursiers pourraient finir l'année sur un bilan négatif. Les résultats des entreprises américaines devraient pour leur part marquer le pas au dernier trimestre de l'année. "Le pic des résultats des entreprises a été atteint sur ce cycle. Si leurs chiffres tiennent encore la rampe pour le troisième trimestre, le quatrième sera plus difficile à négocier", avertit-il. Les prévisions des entreprises pour la fin de l'année attestent de cette dégradation à venir.

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