"La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe, mais..."

14/12/10 à 09:15 - Mise à jour à 09:15

Source: Trends-Tendances

"La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe... mais cela ne veut pas dire que la santé de l'économie belge ne peut pas être améliorée !", a rétorqué le FMI aux propos de Bart De Wever. Des propos et une analyse chiffrée qui tombent à pic pour les opposants au président de la N-VA.

"La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe, mais..."

© Belga

Les fondamentaux de l'économie belge sont bons mais des mesures doivent être prises "sans délai" pour permettre à la Belgique de faire face aux défis macroéconomiques qui se posent à elle, selon les conclusions préliminaires rendues lundi par les experts du FMI à l'issue d'une visite de 10 jours en Belgique.


Points positifs de la Belgique : la croissance, l'emploi et la dette publique

Comme chaque année, une équipe d'experts du Fonds monétaire international a ausculté l'économie belge au début du mois de décembre. Si l'année 2010 s'avère finalement meilleure que prévu pour l'économie belge, avec une croissance de l'ordre de 2 % (supérieure à la moyenne de la zone euro), la croissance devrait quelque peu ralentir en 2011, à 1,7 %.


Autres motifs de satisfaction : l'emploi a légèrement augmenté en 2010 tandis que la dette publique a moins augmenté que prévu grâce à une meilleure tenue de l'économie et à une excellente gestion de la dette.


Les risques qui menacent l'économie belge, selon le FMI


Certains risques menacent toutefois l'économie, avertit le FMI. La Belgique, toujours sans gouvernement fédéral de plein exercice, n'est pas à l'abri des turbulences sur les marchés financiers. En témoigne l'écart croissant entre les taux des obligations allemandes et belges. En outre, le système bancaire belge est très exposé à l'étranger.


"Il est important que les autorités prennent sans délai des mesures pour prévenir ces risques : les fondamentaux de l'économie belge sont bons mais ils doivent être renforcés", a déclaré lundi Erik De Vrijer, chef de la mission du FMI, estimant que "l'urgence de prendre des mesures est devenue plus grande".


Pour le FMI, "la Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe !"


Questionné par un journaliste sur la sortie de Bart De Wever dans l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, l'économiste du FMI a indiqué ne pas partager l'analyse du président de la N-VA : "La Belgique n'est pas l'homme malade de l'Europe mais cela ne veut pas dire que la santé de l'économie belge ne peut pas être améliorée !"


Au niveau des finances, le FMI recommande l'adoption de mesures supplémentaires, tant au niveau des dépenses que des recettes, pour ramener le déficit public belge de 4,8 % en 2010 à 3 % en 2012. "Tous les niveaux de pouvoir devraient contribuer à la réduction du déficit public à moins de 4 % du PIB en 2011", estiment les experts du FMI. A cet égard, le dépôt devant le Parlement d'un projet de budget 2011 par le gouvernement fédéral serait vu comme un "élément-clé".


Outre la poursuite de la mise en oeuvre du processus de restructuration des banques, le FMI préconise une augmentation du taux d'emploi, dans un contexte de vieillissement de la population, et suggère notamment davantage d'accompagnement des chômeurs, une augmentation de l'âge réel de départ à la retraite et une limitation graduelle de la durée des allocations de chômage.


Le FMI juge également que le système d'indexation automatique des salaires, qualifié de "singularité belge", devrait être reconsidéré. Ce qui reviendrait, sinon à le supprimer, à tout le moins à le réformer.


Leterme: "Ce que De Wever a dit n'est pas exact", rapport du FMI à l'appui


"Le FMI confirme que les résultats économiques de notre pays sont meilleurs que la moyenne européenne, a indiqué le Premier ministre lundi soir dans un communiqué. Cela signifie que nous avons fait les bons choix ces dernières années et que nous sommes sur la bonne voie. Mais le FMI fait aussi remarquer clairement que la vigilance reste de mise !"


Evoquant le rapport, Yves Leterme insiste sur le taux de croissance de 2 %, supérieur au taux moyen européen, ainsi que sur la bonne tenue des fondamentaux économiques de la Belgique, notamment le haut taux d'épargne.


Interrogé par plusieurs médias, il a par ailleurs contesté, rapport du FMI à l'appui, les affirmations du président de la N-VA : "Ce qu'il a dit n'est pas exact. La Belgique n'est pas la cible des marchés internationaux. Mais si l'on commence à dire : ça ne va pas bien ici, on joue avec la position internationale de la Belgique et avec le bien-être de la population. Je considère que l'on doit faire particulièrement attention à ce que l'on dit."


Rapport du FMI : le PS exclut toute austérité à la manière des années 1980


L'assainissement des finances publiques, préconisé par le FMI, "ne peut se réaliser par des mesures d'austérité des années 1980 qui n'ont conduit à rien, assène le PS dans un communiqué. Bien sûr, il faudra faire des efforts budgétaires tant au niveau des recettes que des dépenses, tout en accompagnant la reprise économique. Cependant, brider la demande intérieure par une politique d'austérité aveugle qui toucherait massivement le pouvoir d'achat des ménages pourrait s'avérer désastreux pour notre économie."


Le PS ne partage pas toutes les pistes ouvertes par le FMI, notamment la remise en cause de l'indexation automatique des salaires. Il préconise de miser sur un effort accru en matière d'emploi et de formation. Sur le plan fiscal, il demande la mise en oeuvre rapide des recommandations de la Commission d'enquête sur la fraude fiscale.


Sur le plan institutionnel, les socialistes remarquent, à l'instar du FMI, que le niveau fédéral doit rester en mesure d'assurer ses rentrées financières pour faire face à ses dépenses et ils mettent en garde contre toute concurrence fiscale entre les Régions : "Le PS n'a cessé de répéter ces deux évidences depuis le début des négociations gouvernementales", conclut le communiqué.


Charles Michel (MR) prône "un message plus net et plus dur" sur l'immigration


Interrogé sur les ondes de la Première sur le volet socioéconomique, et en particulier sur les dernières recommandations du FMI à l'égard de la Belgique, Charles Michel, le candidat le plus en vue à la présidence du MR, n'a "pas exclu" une limitation des allocations de chômage dans le temps, tout en appelant à la "nuance". La suspension des allocations implique souvent un basculement vers les CPAS, a-t-il rappelé.


Il s'est en revanche opposé à une révision de l'indexation automatique, un autre tabou belge mis à mal par le FMI, jugeant qu'elle constituait "un pilier de notre modèle économique".


Revenant enfin sur l'entretien donné par Bart De Wever au Spiegel, Charles Michel a jugé ses propos "totalement irresponsables et dangereux". Il a par ailleurs insisté sur la disposition du MR à revenir à la table des négociations institutionnelles, dénonçant une nouvelle fois l'exclusion de son parti du fait des autres formations politiques francophones.


Trends.be, avec Belga

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