L'UE tente d'éteindre l'incendie de la dette irlandaise

15/11/10 à 11:11 - Mise à jour à 11:11

Source: Trends-Tendances

Les taux d'intérêt des emprunts d'Etat irlandais ont atteint un nouveau record. Les marchés craignent que l'Irlande fasse appel au fonds de sauvetage de l'UE. Mais les principaux pays européens ont beau démentir fermement, les doutes demeurent.

L'UE tente d'éteindre l'incendie de la dette irlandaise

© Reuters

Les Européens se sont efforcés vendredi de calmer les craintes des investisseurs concernant l'Irlande, alors que des rumeurs de marchés faisaient état d'un appel à l'aide financière de la zone euro par Dublin pour résoudre ses difficultés budgétaires.

"La question n'a pas été posée" par l'Irlande, a assuré le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker. Le ministre irlandais des Finances Brian Lenihan a également réfuté catégoriquement les rumeurs qui ont circulé sur les marchés vendredi, selon lesquelles Dublin aurait demandé à bénéficier de l'aide du Fonds de sauvetage de la zone euro, mis en place au printemps. "L'Etat est entièrement financé jusqu'en juin prochain et nous avons d'importantes réserves (...) donc ce pays n'est pas du tout dans une situation où il devrait faire appel à ce fonds", a-t-il déclaré.

Les principaux pays européens à la rescousse Ces rumeurs interviennent alors que les investisseurs s'inquiètent de plus en plus de la capacité du gouvernement irlandais, confronté à un déficit astronomique (32% cette année), à redresser ses finances publiques. Ces craintes ont fait grimper les taux d'intérêt des emprunts d'Etat irlandais à de nouveaux records cette semaine, proches de 9%.

Les taux se sont cependant détendus très nettement vendredi, après une déclaration des ministres des Finances des cinq principaux pays de l'UE (Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Espagne), en marge du sommet du G20 à Séoul. Un exercice de solidarité salué par le ministre irlandais des Finances Brian Lenihan. Les résultats ont toutefois été plus mitigés sur les bourses européennes, qui ont pour la plupart terminé dans le rouge vendredi. A Paris, le CAC 40 a ainsi cédé 0,94%. L'euro s'est en revanche apprécié malgré les inquiétudes des cambistes, s'installant au dessus de 1,37 dollar, mais surtout grâce aux annonces liées au G20.

Dans leur déclaration conjointe pour tenter de ramener la confiance, les ministres européens ne citent pas l'Irlande mais rappellent l'état des discussions entamées au niveau européen sur un futur Fonds de secours permanent pour la zone euro, en précisant qu'elles ne concernent en rien la situation actuelle de certains pays endettés. "Tout nouveau mécanisme n'entrera en vigueur qu'après la mi-2013, sans aucun impact quel qu'il soit sur les dispositions actuelles", indique ce texte.

Les dirigeants de l'UE ont décidé fin octobre de mettre en place ce mécanisme permanent destiné, à partir de 2013, aux pays de la zone euro en difficulté. Il prendrait le relais du Fonds de secours provisoire créé au printemps, pour trois ans, suite à la crise grecque. Le nouveau mécanisme doit encore faire l'objet de propositions détaillées de la Commission européenne en décembre.

Mais les pays de l'UE envisagent qu'à l'avenir les investisseurs privés supportent aussi, sous une forme ou une autre, une partie du coût d'éventuels sauvetages, via une procédure de restructuration des dettes publiques. Or cette option, soutenue par l'Allemagne et la France principalement, a suscité des craintes sur les marchés.

Elle a été critiquée aussi par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet et par certains pays comme l'Espagne. Ils y voient le risque d'accroître la réticence des banques et investisseurs à prêter des fonds aux Etats de la zone euro les plus fragiles. Ce qui les conduirait à exiger des taux d'intérêt très élevés pour tenir compte du risque.

L'annonce de ce projet avait déjà entraîné une poussée des taux obligataires de l'Irlande, de la Grèce et du Portugal. Le ministre allemand des Affaires Etrangères Guido Westerwelle s'est voulu lui aussi rassurant vendredi. "D'ici 2013 il n'y aura aucune participation des investisseurs privés", a-t-il fait valoir.

Quel besoin de financement pour 2011?

Malgré ces démentis, des sources au sein de la zone euro ont cependant indiqué à Reuters que l'Irlande était en discussion avec les autorités européennes pour recevoir un financement d'urgence. Elles ont jugé "très probable" que Dublin reçoive des fonds de la Facilité européenne de stabilité financière, qui ne prévoirait ni restructuration ni décote pour les détenteurs d'obligations.

De fait, l'Agence irlandaise de gestion du Trésor (NTMA) a annoncé vendredi que Dublin aurait probablement besoin d'un financement brut de 23,5 milliards d'euros en 2011, tout en soulignant que ce chiffre n'était qu'une projection dans l'attente du vote du budget en décembre.

Le chiffre a par la suite été retiré du site internet de la NTMA, qui l'a présenté comme une estimation indicative. "Les vrais besoins en matière d'emprunt seront connus après le budget de décembre", a dit un porte-parole.

Selon une enquête Reuters diffusée jeudi, 20 économistes sur 30 interrogés pensent qu'il faudra à l'Irlande un renflouement de l'ordre de 48 milliards d'euros d'ici la fin 2011.

Trends.be avec L'Expansion.com

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