"L'implosion de la zone euro ? Une hypothèse... mais la plus improbable !"

26/06/12 à 10:39 - Mise à jour à 10:39

Source: Trends-Tendances

Guy Quaden, gouverneur honoraire de la BNB, limite désormais ses apparitions dans les médias. A la veille d'un sommet européen crucial, il a néanmoins accordé un entretien exclusif à Trends-Tendances. A ses yeux, "les pays de la zone euro doivent maintenant faire le grand saut de la rive de l'union monétaire à celle de l'union politique".

"L'implosion de la zone euro ? Une hypothèse... mais la plus improbable !"

© Image Globe

Lisez l'intégralité de cette interview dans le magazine Trends-Tendances daté du 28 juin 2012.

Aujourd'hui, le grand débat se situe entre les partisans de l'austérité - on dit parfois plus pudiquement "de la rigueur" - et ceux de la croissance...

Les deux sont nécessaires même si c'est compliqué. Il faut réduire les déficits et la dette. Notamment pour rassurer les marchés. Mais sans un minimum de croissance, ce n'est guère possible et cela, les marchés le comprennent aussi. Aux pays en grave récession, il est inévitable d'accorder un peu plus de temps pour atteindre les objectifs budgétaires sans abandonner ceux-ci.

L'autre raison de réduire l'endettement, c'est de ne pas transmettre un fardeau insupportable aux jeunes générations. Mais on ne peut non plus accepter qu'elles soient frappées aujourd'hui par un lourd chômage.

Plus de croissance, personne n'est contre. C'est sur les moyens de la promouvoir que les avis divergent.

En effet, certains prônent des actions du côté de l'offre : flexibilité accrue du marché du travail, concurrence plus forte sur les marchés de biens et services, alors que d'autres, dans une optique dite keynésienne, préconisent un soutien de la demande. A nouveau, il faut combiner les deux. Les marges budgétaires sont bien sûr faibles mais des dépenses d'infrastructure sont justifiées et pourraient être financées par des project bonds, sachant aussi que, si les Etats sont fortement endettés, le niveau européen ne l'est guère.

Pour favoriser la croissance, le meilleur moyen est cependant le retour de la confiance. Il faut mettre fin aux incertitudes sur la stabilité de la zone euro et la pérennité de la monnaie commune.

Croyez-vous vraiment que l'on pourra éviter l'implosion ou la fragmentation de la zone euro ?

Je suis franc et je peux me permettre de l'être : on ne peut plus complètement exclure une désintégration de la zone euro. Mais, tout aussi sincèrement, je crois que cela reste l'hypothèse la plus improbable.

D'abord, je ne veux pas y croire : ce serait un coup d'arrêt et même un retour en arrière dans la construction européenne, qui nous a beaucoup apporté et peut nous apporter plus encore. Surtout, il existe des raisons très matérielles : personne n'y gagnerait, tout le monde y perdrait. Pour les pays faibles, comme la Grèce, le retour à une monnaie nationale entraînerait une forte dévaluation, une énorme inflation, un grave appauvrissement, une perte de confiance durable des prêteurs. Les pays forts, comme l'Allemagne, seraient au contraire confrontés à une flambée de leur devise et à une forte dégradation de leur compétitivité.

Dans tous les cas, puisque les textes n'ont pas prévu de sortie de l'euro, il y aurait d'inextricables problèmes juridiques concernant l'interprétation des contrats, la valeur des dettes et des créances. Les pays de la zone euro glissent depuis quelque temps sur une mauvaise pente. Il leur faut maintenant faire le grand saut de la rive de l'union monétaire à celle de l'union politique.

Propos recueillis par Amid Faljaoui

En savoir plus sur:

Nos partenaires