L'Europe ne partage pas l'optimisme budgétaire de Charles Michel

04/11/14 à 13:58 - Mise à jour à 13:57

Source: Trends-Tendances

Dans ses prévisions d'automne, la Commission européenne situe le déficit et la dette de la Belgique, bien plus haut que dans le projet de budget remis la semaine dernière par le gouvernement de Charles Michel.

L'Europe ne partage pas l'optimisme budgétaire de Charles Michel

Le siège de la Commission européenne. © Belga

La Commission européenne évalue le déficit de la Belgique en 2015 à 2,8% du PIB, apprend-on dans les prévisions d'automne publiées ce mardi. Ce chiffre est nettement supérieur aux 2,1% repris dans le projet de budget de Charles Michel. Le Premier ministre préfère certes se concentrer sur le "déficit structurel" mais, même avec ce paramètre, il est bien plus optimiste que l'Europe. Le gouvernement limite, en effet, le déficit structurel à 1,5% du PIB (l'objectif de stabilité était 1,3%) à la suite d'un effort d'assainissement de 3,4 milliards d'euros, alors que la Commission place le curseur à 2,2% du PIB (contre 2,6% en 2014, l'évolution reste très modeste).

Comment expliquer de telles différences de résultat ? Le facteur principal, c'est la croissance. Elle ne serait que de 0,9%, au lieu des 1,5% utilisés pour la confection du budget, sur base des prévisions du Bureau du plan. A l'époque, elle était en phase avec les prévisions de printemps de la Commission (croissance de 1,6% pour la Belgique et de 1,7% pour la zone euro) mais, depuis lors, l'Europe a sérieusement revu ses chiffres à la baisse pour la Belgique comme pour l'ensemble de la zone euro (croissance de 1,1%). N'attendez pas une embellie en 2016 : la croissance ne serait que de 1,1%. Mais, on l'a vu, les prévisions peuvent vraiment basculer d'un semestre à l'autre.

La Commission pointe le recul de la demande intérieure, le principal moteur de croissance ces dernières années. Elle plafonnerait à 1%, notamment parce que les mesures en faveur de la compétitivité bloquent la croissance des salaires. L'objectif est que le gain de compétitivité se transforme en emplois et donc en confiance des consommateurs. Mais, nous n'en sommes pas encore là. La Commission entrevoit certes une hausse de l'emploi privé mais elle devrait être "largement absorbée par les réductions substantielles dans la fonction publique et l'augmentation de la population active". Conséquence: le taux de chômage ne reculera que très faiblement lors des deux prochaines années. Il est actuellement de 8,5% (un sommet par rapport aux dix dernières années) et passera à 8,4% en 2015 et 8,2% en 2016. Bonne nouvelle toutefois pour les employeurs : le coût réel du travail devrait baisser nettement plus vite que lors de la décennie précédente.

En gros, un point de croissance génère mécaniquement un demi-point de plus ou du moins dans le résultat budgétaire. L'écart entre les prévisions de croissance peut expliquer la moitié de la différence entre le déficit chiffré par la Commission (-2,8%) et par le gouvernement (-2,1%). Le solde pourrait notamment provenir d'une prise en compte insuffisante des mesures, très récentes, prises par les différents gouvernements.

La Commission européenne a par ailleurs revu ses estimations pour l'exercice 2014. Il se solderait par un déficit de 3% du PIB, alors que le gouvernement espérait éviter de justesse -2,9%- ce seuil fatidique (la Belgique retrouve la catégorie peu prisée des pays en déficit excessif). Ce mauvais résultat s'explique par la reclassification de certains investissements, désormais considérés comme des dépenses publiques, et le ralentissement de la conjoncture qui plombe les recettes fiscales.

Quant à la dette, elle serait aussi supérieure aux prévisions. La Commission la situe à 105,8% du PIB cette année et à 107,3% l'an prochain. Le projet de budget belge table sur une dette à 105,1% du PIB en 2015. Ce niveau avait déjà incité les négociateurs fédéraux à envisager la vente totale ou partielle de participations publiques pour ramener durablement la dette sous les 100% du PIB. Mais cela priverait bien entendu l'État de recettes de dividendes, alors que les taux d'intérêt sur la dette sont à des planchers historiques.

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