L'euro chute-t-il vraiment trop vite ?

18/05/10 à 16:15 - Mise à jour à 16:15

Source: Trends-Tendances

La monnaie européenne a chuté lundi jusqu'à 1,22 dollar, son plus bas niveau depuis quatre ans. Mais ce qui inquiète, ce n'est pas tant son niveau, globalement favorable à la reprise, que la rapidité de la baisse.

L'euro chute-t-il vraiment trop vite ?

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Pourquoi l'euro chute-t-il ?

La chute de l'euro est le reflet de la crise de la dette souveraine. Les 750 milliards d'euros mis sur la table la semaine dernière par l'Union européenne et le Fonds monétaire international ne suffisent pas à rassurer les investisseurs, inquiets du haut niveau d'endettement de plusieurs pays de la zone euro, en premier lieu la Grèce mais aussi le Portugal, l'Espagne et l'Italie.

Les investisseurs craignent aussi que les mesures d'austérité mises en place, justement pour répondre aux inquiétudes sur l'endettement, ne pèsent sur la croissance européenne. En ce sens, l'euro faible reflète ainsi le différentiel de croissance entre l'Europe et les Etats-Unis.

Par ailleurs, le fait que la BCE ait décidé de racheter de la dette publique signifie qu'elle n'est pas près de remonter ses taux directeurs de sitôt. Les marchés anticipent que la Fed remontra les siens avant. Du coup, l'euro, moins rémunérateur, baisse.

1,22 dollar, est-ce bas ?

Pas spécialement. L'Euro a été introduit à une parité de 1,17 dollar, et il a touché un plancher de 0,82 dollar en octobre 2000. En comparaison, l'euro se porte plutôt bien. D'ailleurs, il n'est pas loin de son niveau de parité de pouvoir d'achat, qui place l'euro à 1,20 dollar.

Les inconvénients

Un taux de change plus faible signifie des importations plus chères, notamment pour les matières premières et le pétrole, qui sont souvent facturés en dollars. En 2008, quand l'euro baissait par rapport au dollar, le pétrole baissait aussi, ce qui permettait aux Européens de compenser la dépréciation de leur monnaie. "Or, on constate désormais que cette corrélation s'est détendue, remarque Cedric Thellier, économiste à Natixis. Les fondamentaux ont repris le dessus et le prix du pétrole a rebondi par rapport à fin 2008, reflétant la croissance solide en Asie." De fait, les cours du pétrole remontaient légèrement lundi malgré la chute persistante de l'euro. Toutefois, "le plus gros du rebond est derrière nous", relativise l'économiste.

Les avantages

Un euro affaibli est favorable aux exportations et donc à la croissance. "Même en prenant en compte le coût des importations plus chères, l'effet positif de l'augmentation des exportations l'emporte, estime Cedric Thellier. Au final, on calcule qu'une baisse de 10% de l'euro soutient la croissance de 0,5 point de PIB sur un an. Cela tombe bien, puisque les plans d'austérité devraient coûter en moyenne 0,6 points de PIB."

Ainsi, cette dépréciation de la monnaie permettrait de neutraliser les effets plombant de la rigueur. Un scénario plutôt classique, puisque, "à l'exception de la Belgique, tous les programmes de réduction de déficit, que ce soit au Canada, en Finlande ou en Suède, ont toujours été accompagnés d'une lourde dévaluation de la part des gouvernements ou des marchés", rappelle Dominique Barbet, économiste à BNP Paribas.

Ensuite, la dépréciation actuelle de l'euro, reflet de la méfiance des marchés, aura un effet inflationniste qui sera le bienvenu puisque les plans d'austérité risquent d'entraîner une certaine désinflation, voire déflation pour certains pays. "On part du principe qu'une dépréciation de 10% de l'euro génère 0,2 point d'inflation supplémentaire, selon l'économiste de Natixis. Sachant qu'on s'attend à une inflation inférieure à 1,5% en zone euro en 2010 et 2011, on reste bien en dessous de l'objectif de 2% fixé par la BCE."

Enfin, l'euro déprécié par rapport au dollar est une bonne nouvelle pour le tourisme, notamment dans les pays méditerranéens qui sont largement dépendants de cette industrie.

Qui en profite le plus ?

Tous les pays en profitent mais "paradoxalement, ce sont les pays qui en ont le moins besoin qui en bénéficient le plus, à commencer par l'Allemagne, souligne Gilles Moëc, économiste à Deutsch Bank. En effet, l'Allemagne est le pays le plus exposé au commerce extra zone euro puisque celui-ci représente 27% de son PIB." Or, le pays n'en a pas vraiment besoin puisque toute son industrie, basée sur des produits à forte valeur ajoutée est "forgée autour de l'idée d'une compétitivité qui résiste à un euro fort", rappelle Dominique Barbet.

Quant à la France et à l'Italie, l'euro déprécié aura un effet positif aussi. Le commerce extra zone euro ne représente qu'environ 15% de leur PIB, mais "leurs exportations sont assez sensibles à la variation de change car, contrairement à l'Allemagne, ces pays exportent des produits de moyenne et basse gamme", explique Gilles Moëc.

En revanche, les pays les plus faibles ne vont guère profiter de la situation monétaire. Le commerce extra zone euro de l'Espagne, de la Grèce et du Portugal représente en effet moins de 13% de leurs PIB respectifs. Dans ces pays, "l'effet positif de la chute de l'euro ne sera donc pas suffisant pour compenser les contrecoups des plans d'austérité, qui en plus, y sont plus forts", affirme l'économiste de Deutsche Bank.

Pourquoi s'inquiéter alors ?

Comme le signale le président de l'Autorité des marchés financiers Jean-Pierre Jouyet, ce n'est pas le niveau de l'euro en soi mais "la rapidité de cette baisse qui est grave". Car la vitesse reflète une certaine panique de la part "des investisseurs qui se posent de nombreuses questions sur la nature et l'intégrité de la zone euro", explique Gilles Moëc.

"L'euro canalise le malaise des marchés", commente Daragh Maher, analyste chez Crédit Agricole CIB. "Ce qui inquiète encore plus les marchés est que les dirigeants européens n'ont plus de marge de manoeuvre pour tenter d'enrayer la chute de la confiance", ajoute Derek Halpenny, analyste chez Bank of Tokyo-Mitsubishi. Or, plus que le niveau de la monnaie, "c'est la stabilité et la visibilité qui importent aux entreprises et aux banques européennes", conclut Dominique Barbet.

Laura Raim, L'Expansion.com

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