L'Etat doit-il jouer au banquier?

22/11/13 à 11:35 - Mise à jour à 11:35

Source: Trends-Tendances

BNP Paribas, Belfius... : la vente des 25 % restants de l'ex-Fortis Banque repose la question des participations de l'Etat dans les banques.

L'Etat doit-il jouer au banquier?

© Belga

Cinq ans après être intervenu pour sauver le système bancaire, l'Etat remet petit à petit ses participations "financières" sur le marché, réduction de la dette oblige. Il lui reste encore quelques beaux bijoux de famille. Mais tout doit-il être vendu, et tout est-il "vendable" ?

1. BNP Paribas : avec un peu plus de 10 % du capital, l'Etat belge reste le premier actionnaire de la grande banque française. Compte tenu de la valeur de cette dernière en Bourse (68 milliards d'euros), ces 10 % représentent un petit 7 milliards. Mais le titre vaut actuellement moins que lorsque l'Etat est devenu actionnaire de BNP Paribas, lors de la cession des 75 % de Fortis Banque en échange de ces 10 % dans la maison mère BNP Paribas. A l'époque, l'action valait 68 euros, contre 54 euros à présent. S'il revendait aujourd'hui ses parts, l'Etat ferait donc une perte d'un point de vue facial. Le sauvetage de Fortis s'avérerait néanmoins globalement positif pour les caisses de l'Etat compte tenu de la plus-value enregistrée sur la vente des 25 % restants de Fortis Banque aux Français (900 millions d'euros).

Pour Bruno Colmant, associé chez Roland Berger et professeur à l'UCL, il ne fait d'ailleurs aucun doute que l'Etat belge pourrait ne pas attendre que le cours se redresse et se retirer à moyen terme. "Peut-être même avant 2016, sachant que le contrat entre Ageas et l'Etat belge portant sur ces 10 % a été récemment dénoué. Mais cela suppose que BNP puisse identifier un actionnaire stable capable de reprendre le bloc d'actions de l'Etat belge."

2. Belfius : rachetée pour 4 milliards d'euros, l'ex-Dexia Banque (et son pôle assurance) est dans les mains de l'Etat depuis 2011, avec 99,99 % de son capital. Mais deux ans après son arrivée dans le giron public, on ne connaît toujours pas les intentions du gouvernement quant au futur de la banque. Faut-il faire de Belfius une vraie banque publique comme l'était en son temps le Crédit Communal ? Faut-il habiller la mariée pour la revendre dans le courant de la prochaine législature ? La mettre partiellement en Bourse ? Les partis de la coalition s'expriment en sens divers sur le sujet. Pour le ministre des Finances Koen Geens (CD&V), l'Etat n'a pas vocation à rester propriétaire de la banque. Les libéraux flamands semblent être sur la même longueur d'onde tandis qu'on semble moins convaincu du côté socialiste.

Pour le député Ecolo George Gilkinet, Belfius pourrait très bien développer une approche différente du métier bancaire. "On pourrait en faire un acteur spécialisé attentif au financement de l'économie belge et des collectives locales." Avis que partage Bruno Colmant : "La banque est encore convalescente et nous sommes en récession. Je pense que l'Etat a plutôt intérêt à garder temporairement un bras armé pour faciliter le financement de travaux d'infrastructure avant de considérer une cession ou même une mise en Bourse partielle." Nul doute en tout cas que le dossier sera sur la table de la formation du prochain gouvernement.

3. Dexia : l'Etat possède 50,02 % de ce qui reste de l'ancien fleuron bancaire franco-belge. Le solde du capital est aux mains de l'Etat français (44,40 %) et d'investisseurs privés. Ce n'est pas ici que l'Etat dégagera une plus-value : le groupe vient d'ailleurs d'annoncer une perte nette de 83 millions d'euros au troisième trimestre 2013. L'objectif est de le laisser s'éteindre. Sans précipitation. La question est de savoir si ce sera possible sans nouveau sauvetage. "C'est en tout cas la seule option jouable pour ne pas devoir activer les garanties bancaires et procéder à une nouvelle recapitalisation, observe Bruno Colmant. Pour autant qu'il n'y ait pas un nouveau choc souverain."

4. Royal Park Investments : les actifs "pourris" logés dans la bad bank de l'ex-Fortis ont été revendus à des investisseurs étrangers, en mai dernier. La vente s'est faite dans de bonnes conditions. Elle a permis à l'Etat de dégager une plus-value de 270 millions d'euros. Ne reste plus dans la société (dont l'Etat est actionnaire à hauteur de 43,53 % aux côtés d'Ageas et de BNP Paribas) qu'un potentiel de récupération de valeur si certains procès venaient à évoluer favorablement.

5. Ethias : l'Etat fédéral et les deux Régions (flamande et wallonne) possèdent chacun 25 % de Vitrufin (anciennement Ethias Finance), cette dernière étant actionnaire à 100 % d'Ethias SA, qui est la compagnie d'assurance. En 2008, les trois avaient ensemble allongé 1,5 milliard d'euros pour venir en aide à la compagnie. Pour l'heure, "il n'est pas à l'ordre du jour pour les pouvoirs publics de sortir du capital de Vitrufin", indique-t-on du côté de l'assureur liégeois. Il est vrai que les enjeux financiers sont moins importants. Il est vrai aussi que la proximité de la gouvernance avec les collectivités locales est certainement autre que dans le cas de BNP Paribas, par exemple.

SÉBASTIEN BURON

Belgacom et bpost : sous les 50 % ? A côté des participations que détient l'Etat dans le monde financier, ce sont surtout celles dans Belgacom (53,5 %) et dans bpost (50 % + 488 actions) qui suscitent le débat. Revendra, revendra pas ? Contrairement à ce que propose Didier Reynders (MR), le ministre de tutelle des entreprises publiques Jean-Pascal Labille (PS) vient encore de rappeler qu'il ne voyait pas l'Etat descendre sous la barre des 50 %. Encore moins de revendre la participation dans son intégralité. Il faut dire que celle-ci lui ramène environ 400 millions d'euros de dividendes, chaque année. Quant à bpost, fraîchement mise en Bourse, il n'a jamais été question pour l'Etat de devenir minoritaire. Jean-Pascal Labille l'a également rappelé à maintes reprises. La mise en Bourse a uniquement servi à ce que CVC, l'actionnaire privé, puisse vendre une partie de sa participation. L'Etat n'a pas vendu ses parts lors de l'IPO, il est resté majoritaire à un peu plus de 50 %. Là aussi, il empoche de beaux dividendes. Nul doute également que les deux dossiers figureront sur la table de la formation du prochain gouvernement.

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