L'économie allemande met le turbo, mais aura du mal à tenir le rythme

13/05/16 à 13:25 - Mise à jour à 13:25

Source: Afp

L'économie allemande a démarré l'année en trombe et surpassé les attentes avec une croissance du Produit intérieur brut (PIB) de 0,7% au premier trimestre, le résultat d'une conjonction de facteurs positifs qui risque de ne pas durer, préviennent les analystes.

L'économie allemande met le turbo, mais aura du mal à tenir le rythme

Berlin, Germany city skyline at dusk. © iStockphoto

Ce rythme de croissance "marque la plus forte progression depuis ces deux dernières années. Et au vu des données déjà disponibles pour les pays du G7, l'Allemagne a même fait mieux que ses pairs", souligne Andreas Rees, économiste chez UniCredit.

Entre janvier et mars, le PIB allemand a progressé de 0,7% par rapport au dernier trimestre de 2015, en données corrigées des variations saisonnières, là où les économistes attendaient 0,5%.

Sur les trois premiers mois de 2016, la première économie européenne a été tirée principalement par la consommation des ménages, les dépenses publiques et les investissements privés, dans le bâtiment et les équipements notamment.

"En revanche, la croissance a été freinée par le commerce extérieur, car les importations ont grimpé plus vite que les exportations", fait remarquer l'Office allemand de statistiques Destatis, qui publie ces données.

Un constat qui confirme la transition à l'oeuvre depuis quelques temps en Allemagne où la consommation intérieure, soutenue par un marché du travail en pleine santé - le chômage est au plus bas depuis la Réunification en 1990 -, prend le relais des exportations comme pilier de la croissance.

Les salaires progressent confortablement et soutiennent le pouvoir d'achat, vendredi une hausse de 4,8% des salaires pour 3,8 millions de personnes dans la métallurgie d'ici fin 2017 a été conclue par les partenaires sociaux.

Conjonction de facteurs

"Les incertitudes de l'économie en début d'année se sont dissipées", s'est félicité le ministère allemand de l'Economie.

Ces derniers mois, des inquiétudes avaient commencé à monter en Allemagne, l'un des pays les plus exportateurs du monde, sur les répercussions du ralentissement de la croissance sur de grands marchés émergents comme le Brésil ou la Chine, et de la chute des prix du pétrole, qui freine l'appétit pour les produits allemands des pays producteurs.

Mais finalement les facteurs positifs prévalent: le pétrole de moins en moins cher diminue la facture énergétique; "et les dépenses pour l'hébergement, la prise en charge et l'intégration des réfugiés sont également arrivées dans l'économie", explique la fédération allemande des chambres de commerce DIHK.

L'Allemagne a accueilli en 2015 plus d'un millions de demandeurs d'asile, et l'économie profite des dépenses supplémentaires engagées par l'Etat pour accueillir et intégrer les nouveaux arrivants.

"En outre, le secteur du BTP a davantage travaillé que d'habitude, à la faveur d'un hiver doux", poursuit M. Renner.

Mais selon lui, "une chose est sûre, autant de facteurs positifs risquent de ne pas se représenter de si tôt".

Risque d'essoufflement

Pour la plupart des analystes, il sera difficile de maintenir le rythme du premier trimestre ces prochains mois. Les prévisions officielles de croissance pour l'année s'échelonnent de 1,5% (FMI) à 1,7% (gouvernement), ce qui laisse présager un fléchissement dans les mois à venir

"L'évolution de la production et des entrées de commandes suggère que la production ne va croître qu'à petits pas", pointe Simon Juncker, de l'institut économique DIW.

Pour son confrère Jörg Krämer, de Commerzbank, "la faible demande en provenance des économies émergentes et la dissipation du soutien apporté par la dépréciation de l'euro en 2014" plaident également contre une croissance vigoureuse ces prochains mois.

Dans ce contexte, certains s'inquiètent du niveau toujours faible d'investissements des entreprises allemandes et du peu d'entrain affiché par Berlin pour mener de nouvelles réformes structurelles, comme l'ont récemment demandé plusieurs institutions internationales dont le FMI.

"Les données d'aujourd'hui sont un nouveau signe de la force de l'économie allemande. Du moins à première vue. (...) Mais à y regarder deux fois, la forte performance de croissance montre aussi un risque pour l'économie allemande: l'autosatisfaction", juge Carsten Brzeski, d'ING-Diba.

"Avec une croissance tirée par la construction et la consommation et un gouvernement qui rechigne à répondre aux appels internationaux l'enjoignant à mener des réformes structurelles, l'économie allemande commence presque à ressembler" à celle d'un pays de la périphérie de la zone euro, pointe cet économiste.

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