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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

31/12/14 à 14:48 - Mise à jour à 17:07

L'économie a pris trop de place dans nos sociétés!

Nous sommes le 31 décembre et c'est donc l'époque des bonnes résolutions. Parmi ces bonnes résolutions pourquoi ne pas tenter d'éviter de tomber dans l'économisme à tout va, c'est-à-dire de voir le monde qui nous entoure uniquement sous le prisme de l'économie.

L'économie a pris trop de place dans nos sociétés!

© istock

Comme je suis moi-même l'auteur d'une chronique quotidienne consacrée à l'économie, je ne vais certainement pas dire que l'économie n'est pas importante, ce serait mentir, mais on peut reconnaitre sans doute qu'elle a pris trop de place dans nos sociétés. Régis Debray l'un des intellectuels les plus influents en France ne dit pas autre chose dans son dernier livre intitulé "l'erreur de calcul". Ce qui l'a décidé à écrire ce petit livre, c'est la récente déclaration d'amour, faite par le Premier Ministre Valls, devant une assemblée des patrons de France. Dans un élan de séduction envers un public, qui n'est pas toujours acquis aux socialistes, le premier ministre de la France a tout d'un coup déclaré en public : j'aime l'entreprise !

Ce que reproche au fond Régis Debray à travers cette déclaration, ce n'est pas qu'un premier ministre s'intéresse à l'économie, mais c'est de voir que les hommes politiques sont tombés dans l'économisme le plus plat. Comme ils n'ont plus le sens des mots, ils ne parlent plus que de chiffres et de gestion... Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, pour Régis Debray, quelqu'un comme le général De Gaulle était aussi obsédé par le développement économique de son pays, mais seulement lui le faisait au nom de la grandeur de la France et il donnait un autre horizon à ses compatriotes que de simplement égrener des chiffres abstraits ou de déclarer sa flamme sans nuance à un lobby parmi tant d'autres.

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Une bonne résolution pour 2015 : tenter d'éviter de tomber dans l'économisme à tout va, c'est-à-dire de voir le monde qui nous entoure uniquement sous le prisme de l'économie.

Bien entendu, on peut discuter cette vision, car sans les entreprises, il n'y a pas non plus de création de richesse. Mais pour Régis Debray, on peut aussi le reconnaître sans aller jusqu'à dire "je t'aime" à une entreprise.

Au fond ce qui chagrine surtout Régis Debray, c'est de voir que l'économisme s'est incrusté partout y compris dans la langue quotidienne : chacun s'exprime à l'économie chaque jour sans le savoir. On gère ses enfants est une phrase qu'on entend souvent. On investit un lieu, on s'approprie une idée, on affronte un challenge, on souffre d'un déficit d'image mais on jouit d'un capital de relations humaines. Sans oublier qu'il faut rester bankable et garder la cote en jouant gagnant-gagnant.

C'est cela le message de Régis Debray, pour lui, les politiques n'exaltent plus leurs compatriotes et ne montrent plus le chemin. En clair, pour lui, des comptables de pacotille ont pris le pouvoir politique avec le danger que la politique ne devienne qu'une simple annexe de la statistique : sans souffle donc et sans vision.

Mais bon, nous sommes le 31 décembre, et il faut toujours croire aux bonnes résolutions y compris chez les politiques.

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