Marc De Vos
Marc De Vos
Directeur du Think Thank Itinera et professeur à l'UGent
Opinion

29/11/17 à 15:54 - Mise à jour à 16:49

'L'avenir du travail est ouvert. À nous de faire les bons choix'

'Des siècles d'innovation technologique nous enseignent que chaque nouvelle vague détruit les emplois obsolètes, en améliore d'autres et en crée de nouveaux.' Selon Marc De Vos, le pessimisme concernant l'impact de l'intelligence artificielle sur l'emploi est injustifié, sous réserve que nous fassions les bons choix.

'L'avenir du travail est ouvert. À nous de faire les bons choix'

© PrettyVectors (iStock)

Depuis que deux chercheurs de l'université d'Oxford ont prédit, il y a quatre ans, que presque la moitié des jobs américains seraient menacés par des ordinateurs et des robots, une ombre apocalyptique plane sur l'avenir de l'emploi. Les pessimistes, dont quelques icônes de l'économie de l'internet, pensent même que l'intelligence artificielle pourrait mettre une grande partie de l'humanité au chômage.

Si le travail disparaît, nous devrons trouver un revenu sans travail, et donc recycler l'ancienne idée du revenu de base universel. Entre-temps, nous répartissons l'emploi disponible ou nous en assouplissons les règles afin de saisir les jobs là où l'économie de l'internet en laisse encore. Indépendamment des convictions politiques, il s'agit là des spasmes du catastrophisme concernant l'emploi futur.

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L'avenir du travail est ouvert. Il nous appartient de faire les bons choix

J'ai toujours trouvé la futurologie du travail mauvaise conseillère en matière de politique du marché de l'emploi. L'histoire des siècles d'innovation technologique nous enseigne que chaque vague d'innovation détruit des emplois obsolètes, en améliore d'autres et en crée de nouveaux. Le solde de cette révolution permanente est excédentaire.

En 2017, avec des décennies de robots, d'ordinateurs et d'internet derrière nous, jamais encore nous n'avons été aussi prospères. Jamais il n'y a eu autant de personnes à même de bâtir une vie grâce au travail rémunéré.

L'avenir sera-t-il dramatiquement différent ? C'est peu probable. Les sombres prédictions commettent l'erreur capitale de confondre tâches et emplois. Ce n'est pas parce que les ordinateurs pourraient reprendre certaines tâches des juristes ou des journalistes que nous n'aurons plus besoin de juristes ou de journalistes. Ce n'est pas parce qu'un algorithme peut manipuler les bourses que les conseillers financiers sont inutiles. Ce n'est pas parce qu'un logiciel peut faire des analyses médicales que les médecins disparaîtront.

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Les sombres prédictions commettent l'erreur capitale de confondre tâches et emplois

Pour beaucoup d'emplois, les progrès des robots et de l'intelligence artificielle ne rendront pas l'humain inutile, mais le compléteront et l'aideront. Là où les emplois disparaîtront effectivement, de nouveaux pourront être créés. Si un robot intelligent arrive dans chaque foyer et dans chaque usine, il naîtra aussi un secteur gigantesque pour le développement, la conception, la construction, la programmation, la vente, la livraison et l'entretien de ces robots.

Une nouvelle recherche qui se concentre sur les tâches plutôt que sur les emplois, et sur la création d'emploi en parallèle à la destruction d'emploi, est beaucoup plus optimiste concernant l'impact sur le travail de ce que l'on appelle désormais la quatrième révolution industrielle. Selon l'OCDE, moins de 10% des emplois sont menacés, en Belgique également. Un nouveau rapport de McKinsey a calculé le côté positif. La technologie qui complète l'être humain le rend plus productif. La productivité est la base pour davantage de croissance économique et la croissance de la prospérité fait naître de nouveaux emplois.

McKinsey prévoit que les robots généreront une balance positive pour la Belgique, avec un quart de million de nouveaux emplois à l'horizon 2030. Des emplois obsolètes disparaîtront, proportionnellement environ la moitié de plus qu'auparavant, alors que d'autres évolueront et s'amélioreront.

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La quatrième révolution industrielle peut être un succès, sous réserve que nous puissions rendre les êtres humains et les emplois capables d'évoluer et de croître

La morale de l'histoire est que l'avenir du travail ressemble au passé, mais le rythme des changements est beaucoup plus rapide. Pour réaliser le succès attendu, nous allons devoir investir dans l'école, dans l'amélioration des aptitudes, la reconversion et la réorientation du talent humain dans notre économie.

La quatrième révolution industrielle peut être un succès, sous réserve que nous fassions évoluer et croître les êtres humains et les emplois en parallèle. Nous devons investir dans le potentiel de travail, et non dans la répartition du travail ou dans un revenu sans travail. Nous devons le faire plus globalement, pour davantage de travailleurs et dans davantage de secteurs qu'auparavant. Nous devons le faire ensemble : services publics, employeurs, partenaires et travailleurs, tous sont coresponsables.

Si nous le faisons bien, l'avenir de l'emploi sera serein. Si nous ne le faisons pas, nous risquons la désertification économique et une importante pénurie de talents. Le futur du travail est ouvert. Il nous appartient de faire les bons choix.

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