"L'Allemagne laisse ses banques spéculer sur le dos de la Grèce !"

22/03/10 à 16:42 - Mise à jour à 16:42

Source: Trends-Tendances

Nouveau round dans le combat de boxe qui oppose l'Allemagne à la Grèce, la première s'opposant toujours aussi farouchement à une aide européenne à la seconde. Selon le vice-Premier ministre grec, "la position allemande cache le calcul qu'en spéculant contre les obligations grecques, des gens en Allemagne gagnent de l'argent !"

"L'Allemagne laisse ses banques spéculer sur le dos de la Grèce !"

© Bloomberg

L'Allemagne permet à ses banques de "spéculer contre les obligations grecques", a accusé lundi à Athènes le vice-Premier ministre Theodoros Pangalos lors d'un forum sur les investissements : "Ce qui est derrière la position allemande, c'est le calcul qu'en spéculant contre les obligations grecques et en permettant aux institutions monétaires et de crédit de participer à ce jeu misérable, des gens en Allemagne gagnent de l'argent ! Tandis que les pays du sud de l'Europe souffrent de la baisse de l'euro, les exportations allemandes profitent de sa baisse."

Berlin a irrité un certain nombre de ses partenaires ces derniers temps en se cabrant contre une aide européenne à la Grèce, qui se débat dans de gros problèmes budgétaires, préférant renvoyer la balle dans le camp d'Athènes.

L'Allemagne se dit toujours prête à discuter de modalités techniques d'aide à la Grèce... mais via le FMI

L'Allemagne s'est néanmoins dite, lundi, prête à discuter avec ses partenaires européens des modalités d'une aide à la Grèce, avec une implication du Fonds monétaire international. Selon Ulrich Wilhelm, porte-parole du gouvernement, des "décisions sur des aides financières" à la Grèce ne sont toutefois "pas à l'ordre du jour" d'un sommet européen qui se tiendra à Bruxelles jeudi et vendredi.

La présidence espagnole de l'UE et José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, ont demandé qu'un mécanisme de soutien à Athènes, qui ne serait utilisé qu'en cas de besoin, soit adopté lors de ce sommet.

"Les bases de l'action européenne sont toujours les décisions du conseil européen du 11 février", à savoir que "les chefs d'Etat et de gouvernement agiront de manière décidée si la stabilité de la zone euro est menacée", a déclaré Ulrich Wilhelm, soulignant qu'"en attendant, la Grèce n'a pas besoin d'aide".

Georges Papandréou, Premier ministre grec, "a clairement dit que la Grèce n'avait pas demandé d'aide financière", lors d'un entretien dimanche avec la chancelière Angela Merkel, a souligné le porte-parole. Cependant, "des discussions techniques ont lieu depuis des mois pour savoir comment réagir si une telle situation d'urgence se présente", discussions qui se poursuivent. "Dans ce cas, une participation financière du FMI est absolument une possibilité pour la chancelière et pour le gouvernement allemand."

Les Allemands parmi les plus opposés à une aide à la Grèce (sondage)

Une large majorité d'Allemands sont opposés à une aide financière de leur pays à la Grèce, selon un nouveau sondage publié lundi par le Financial Times. Quelque 61 % des Allemands se déclarent contre une aide de leur gouvernement à la Grèce, sur laquelle la chancelière Angela Merkel s'est montrée très réticente, tandis que 20 % y sont favorables, selon ce sondage réalisé par l'institut Harris début mars.

Les opposants y sont plus nombreux qu'au Royaume-Uni (56 % contre une aide, 21 % pour). En Espagne, en Italie et en France, les opposants à une aide à la Grèce sont minoritaires. Dans le même temps, quelque 32 % des Allemands jugent que la Grèce devrait être exclue de l'Eurozone le temps de mettre de l'ordre dans ses comptes. Cette opinion n'est partagée que par 27 % des Britanniques, 23 % des Espagnols, 20 % des Italiens et 19 % des Français.

Par ailleurs, 40% des Allemands estiment que leur pays serait mieux en dehors de la zone euro (contre 30 %), une proportion nettement plus élevée qu'en Espagne, en Italie et en France, où ils restent sous la barre des 30 %.

La pression monte dans l'Union européenne pour qu'un plan d'aide à la Grèce soit approuvé cette semaine lors du sommet des dirigeants européens. L'Allemagne se montre très réticente, et la chancelière, qui doit affronter prochainement des élections régionales cruciales, rechigne à donner son aval à l'idée même de payer pour régler les problèmes budgétaires de la Grèce.

Barroso fait pression sur l'Allemagne pour un accord sur l'aide à la Grèce

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a insisté pour que Berlin approuve un mécanisme d'aide à la Grèce dans un entretien au quotidien allemand Handelsblatt paru lundi : "Il est dans l'intérêt de l'Allemagne d'assurer la stabilité de l'union monétaire européenne. Je suis donc certain que l'Allemagne apportera une contribution constructive à la résolution de la crise actuelle."

Les dirigeants de la zone euro devront, lors d'un sommet de l'UE à Bruxelles jeudi et vendredi, tenter de surmonter les réticences de l'Allemagne à approuver un mécanisme d'aide à la Grèce, confrontée à une crise budgétaire sans précédent. Vendredi, José Manuel Barroso avait déjà exhorté les dirigeants des pays de l'UE à approuver "dès que possible" la création d'un mécanisme d'aide à la Grèce, qui serait "constitué d'un système de prêts bilatéraux coordonnés" au sein de la zone euro.

"Je suis parfaitement conscient que ce sujet est extrêmement sensible dans la politique intérieure allemande", ajoute le président de la Commission européenne dans le Handelsblatt. Mais l'Union européenne doit maintenant "résoudre de manière urgente" le problème grec, et ce, "indépendamment des agendas politiques des Etats membres", souligne-t-il, dans une allusion au scrutin régional du 9 mai dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, qui s'annonce crucial pour la coalition allemande au pouvoir.

"Le mécanisme d'aide que nous avons proposé ne se heurte pas à la clause de no bail out du Traité de l'UE (Ndlr, qui interdit aux pays de la zone euro de renflouer un partenaire surendetté), pas plus qu'aux Constitutions nationales", insiste le patron de la Commission. En Allemagne, des sources proches du gouvernement mettent en effet en avant des obstacles juridiques pour justifier la position de Berlin.

Alors que l'Allemagne veut pouvoir expulser les pays laxistes en matière budgétaire de la zone euro, José Manuel Barroso souligne par ailleurs que "la question d'une exclusion ne se pose pas pour le moment, parce que ce n'est pas prévu par le Traité" européen. Après la difficile ratification du Traité de Lisbonne, "je ne souhaite pas maintenant philosopher sur d'autres éventuelles modifications du Traité", ajoute le Portugais.

Cet appel du pied intervient alors que le gouvernement allemand se montre très réticent à financer un plan de soutien à la Grèce. Angela Merkel a une nouvelle fois semblé dimanche écarter cette éventualité, en soulignant que le sujet n'était pas à l'agenda du sommet européen de jeudi et vendredi. "Je nous conseille de ne pas agiter les marchés en créant de mauvaises attentes pour le sommet de jeudi prochain", a-t-elle déclaré à la radio Deutschlandfunk, rappelant à nouveau qu'Athènes ne demandait officiellement aucune aide.

Trends.be, avec Belga

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