"Je mène ces réformes pour sauver notre modèle social"

13/01/15 à 11:54 - Mise à jour à 11:53

Source: Trends-Tendances

Le Premier ministre confirme qu'il ne reculera pas sur le saut d'index et la pension à 67 ans. Des mesures indispensables, estime-t-il, pour garantir un financement durable de la sécurité sociale. D'une prudence de sioux sur ce qu'il faut attendre de 2015, Charles Michel évoque aussi le contrôle budgétaire de printemps et l'éventualité d'une taxation des mouvements spéculatifs.

"Je mène ces réformes pour sauver notre modèle social"

© BELGA

Au soir des élections, Charles Michel, alors président du MR, ne s'attendait ni à réunir cette coalition "suédoise" ni à en devenir le Premier ministre. Sept mois plus tard, il nous reçoit au Lambermont. Fatigué par le sprint nécessaire pour respecter le calendrier européen et faire voter les lois exécutant le budget, en dépit des quatre mois d'affaires courantes. Mais serein car son équipe a résisté aux premières bourrasques d'une opposition remontée à bloc. Il l'a promis : en 2015, il prendra le temps d'expliquer ses mesures et ne laissera plus l'opposition s'en emparer d'abord.

TRENDS-TENDANCES. L'Europe veut relancer les investissements en 2015 à travers le plan Juncker. Vous, vous freinez plutôt ces investissements, notamment à la SNCB, pour réduire les dépenses. N'est-ce pas contradictoire ?

CHARLES MICHEL. Nous sommes dans une situation complexe car nous devons réaliser trois choses en même temps : assurer un sérieux budgétaire pour ne pas alimenter la dette et réduire ainsi notre capacité de dépenses en soins de santé, en pensions ou en pouvoir d'achat des citoyens ; mener des réformes structurelles car notre économie est trop verrouillée (il faut y introduire de la souplesse et de la réactivité ; je songe au télétravail, aux heures supplémentaires etc.) ; enfin, il faut investir, notamment dans les infrastructures, le numérique, la recherche et l'innovation, pour que notre économie puisse se projeter dans une logique de croissance. C'est le triangle magique, vertueux, dans lequel je crois et qui est largement partagé au niveau européen, avec des nuances selon les majorités.

Ne serait-ce pas plutôt un carré magique, avec la relance de la consommation ?

C'est la dimension structurelle de soutien du pouvoir d'achat. Nous devons faire fonctionner ce triangle magique avec ténacité et expliquer la démarche, ce qui n'est pas le plus simple. Mais c'est le seul chemin qui conduit à des résultats pour les mois ou les années qui viennent.

La stratégie est exactement la même en Europe. En Belgique, la cohérence est totale. Il serait peut-être plus simple de ne faire que des investissements ou du "sérieux budgétaire". Mais je suis convaincu qu'il faut un équilibre entre les trois objectifs pour créer de la croissance. Des instances comme le FMI, la Commission, la Banque nationale ou le Bureau du plan le disent aussi. Leur préoccupation est que nous réalisions notre programme, pas que nous le changions.

Vous ne pourrez atteindre vos objectifs qu'avec un climat social apaisé. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour cela ?

Plus la situation économique est compliquée, plus la concertation sociale l'est aussi. Elle est en difficulté depuis des années, pas seulement depuis la formation du gouvernement... Dès le départ, j'ai misé sur la relance de la concertation. Quand j'ai été nommé informateur, ma première initiative a été de rencontrer les partenaires sociaux, avant les présidents de partis. Comme formateur avec Kris Peeters, notre première démarche a à nouveau été dirigée vers les partenaires sociaux. Mais seule la présidente du "groupe des 10", Michelle Sioen (la présidente de la FEB, Ndlr), est venue au rendez-vous... Et le gouvernement a aussi multiplié les signaux vers la concertation. Mais pas de confusion : il y a un accord de gouvernement avec une forte légitimité démocratique (85 sièges sur 150 à la Chambre). Le but d'une concertation sociale n'est pas d'écrire un nouvel accord de gouvernement mais de négocier des modalités à l'intérieur de ce cadre. Et nous avons laissé un espace gigantesque pour cela.

Retrouvez cette interview complète dans le magazine Trends-Tendances de cette semaine.

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