Jaguar montre les dents contre le Brexit

05/07/18 à 12:11 - Mise à jour à 12:11

Source: Afp

Le constructeur automobile Jaguar Land Rover a menacé de réduire ses investissements au Royaume-Uni en cas de Brexit dur, un nouvel avertissement en provenance du monde économique qui intervient à la veille d'une réunion cruciale du gouvernement pour arrêter sa position.

La Première ministre conservatrice Theresa May réunit son cabinet vendredi à Chequers, sa résidence de campagne. Loin de s'annoncer comme une aimable mise au vert, cette rencontre risque d'être orageuse entre les partisans du maintien d'une relation commerciale proche avec l'UE et les supporters d'un divorce sans concession, sous l'oeil attentif de Bruxelles qui exige une position claire du Royaume-Uni à moins de neuf mois du Brexit.

Les "Brexiters" devraient défendre la solution dite de "facilitation maximale". Elle intègre la mise en place de contrôles douaniers entre le Royaume-Uni et l'UE, mais propose de s'appuyer sur des solutions technologiques pour conserver la fluidité des échanges - et éviter le spectre d'embouteillages aux frontières et aux ports entrevus avec effroi par les milieux d'affaires.

Partisans d'une ligne dure face à Bruxelles, le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson, le ministre du Brexit David Davis ou encore le ministre de l'Environnement Michael Gove devraient défendre cette option.

Face à eux les ministres des Finances, Philip Hammond, et de l'Industrie, Greg Clark, veulent la solution plus "douce" d'un partenariat douanier inédit: le Royaume-Uni percevrait les taxes douanières au nom de l'UE pour les biens transitant sur son territoire mais destinés au marché des 27.

Cette option aurait l'avantage d'éviter l'instauration de douanes en bonne et due forme entre le Royaume-Uni et le continent.

Entre les deux, Theresa May et son équipe du 10, Downing Street voudrait proposer une solution de compromis, à savoir un partenariat douanier avec des technologies utilisées pour réduire les contrôles.

"Roulette russe"

Avant cette réunion où une Mme May fragilisée va tenter de rassembler sa majorité profondément divisée, le constructeur Jaguar Land Rover (JLR) a mis son poids dans la balance du côté de MM. Hammond et Clark.

Après d'autres fleurons industriels européens ces dernières semaines, comme BMW, Airbus ou Siemens, JLR a prévenu qu'il serait contraint de réduire ses investissements au Royaume-Uni si le Brexit devait conduire au rétablissement de contrôles douaniers avec l'UE.

"Nous et nos fournisseurs faisons face à un avenir imprévisible si les négociations du Brexit ne maintiennent pas des relations commerciales sans droits de douane et sans entrave avec l'UE et un accès sans restreinte au marché unique", a déclaré son directeur général Ralf Speth, dans un communiqué publié mercredi soir.

Constitué de l'association de deux prestigieuses marques britanniques de voitures, Jaguar Land Rover appartient au groupe indien Tata Motors.

D'après M. Speth, "un mauvais accord sur le Brexit coûterait à JLR plus de 1,2 milliard de livres de bénéfice par an" (1,35 milliard d'euros).

"Par conséquent, nous devrions drastiquement revoir notre plan de dépenses", a-t-il ajouté, précisant que le groupe avait dépensé 50 milliards de livres au Royaume-Uni au cours des cinq dernières années et prévoyait d'en dépenser 80 milliards de plus lors des cinq prochaines. "Tout ceci serait menacé si nous devions faire face à un mauvais résultat" des négociations, a-t-il averti.

Le constructeur emploie environ 40.000 personnes au Royaume-Uni dont 10.000 à Solihull, près de Birmingham (centre de l'Angleterre), où il a dit début juin envisager un "investissement significatif" pour fabriquer de nouveaux modèles de voitures de sport.

Le leader du principal syndicat du pays, Unite, s'est aussi immiscé dans le débat. "Je dis ceci au Parti conservateur: vous n'avez pas le droit de jouer à la roulette russe avec nos emplois", a tonné son secrétaire général, Len McCluskey.

Il a exigé que le gouvernement renonce à ses "lignes rouges" dans les négociations avec Bruxelles, et notamment sa promesse de sortir du marché unique européen.

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