"Investir dans l'enseignement n'est pas forcément une bonne chose !"

12/10/10 à 15:03 - Mise à jour à 15:03

Source: Trends-Tendances

"Il existe en fait très peu de preuves démontrant que plus d'éducation entraîne plus de prospérité pour un pays", affirme l'économiste Ha-Joon Chang. Et de citer l'exemple de Taïwan, de l'Afrique sub-saharienne... et de la Suisse !

"Investir dans l'enseignement n'est pas forcément une bonne chose !"

© Montage EPA/PG

C'est sans doute le chapitre le plus troublant de l'ouvrage de Ha-Joon Chang. "Il existe en fait très peu de preuves démontrant que plus d'éducation entraîne plus de prospérité pour un pays", affirme l'économiste de Cambridge.

Il prend l'exemple de Taïwan. En 1960, l'île enregistrait un taux d'alphabétisation de 54 %, contre 72 % pour les Philippines, et un PIB par habitant deux fois moins élevé, mais cela n'a pas empêché Taïwan de dépasser largement les Philippines. Le PIB par habitant y est 10 fois plus élevé (18.000 dollars, contre 1.800 dollars).

Ha-Joon Chang relève en outre que les pays d'Afrique sub-saharienne ont porté leur taux d'alphabétisation de 40 % à 61 % entre 1980 et 2004. Dans le même temps, ils ont enregistré un recul du revenu par habitant de 0,3 % par an.

Autre exemple : le paradoxe suisse. Le pays figure parmi les contrées les plus riches. Or, le taux d'obtention d'un diplôme universitaire est de 31 % de la population en âge de le décrocher, un des niveaux les plus bas parmi les pays riches. Le Portugal, la Pologne et la République tchèque font même beaucoup mieux avec respectivement 43 %, 49 % et 35 % (données OCDE 2007).

Selon Ha-Joon Chang, si les universités remportent un succès grandissant, c'est surtout "pour établir le classement de chaque individu dans la hiérarchie de l'employabilité". Un employeur préfère engager un universitaire pour des qualités générales supposées. Il espère ainsi recruter une personne disposant "d'une bonne intelligence générale, disciplinée, capable de s'organiser".

Bref, l'université sert surtout à trier les futurs travailleurs. Avec l'effet vicieux qu'il est aujourd'hui "obligatoire d'aller à l'université pour obtenir un travail décent. Quand la moitié de la population fréquente l'université, ne pas y aller vous renvoie le message que vous êtes dans la moitié des personnes les moins douées, ce qui n'est pas la meilleure manière de démarrer une recherche d'emploi."

Ce mécanisme conduit à la surenchère : pour mieux se distinguer, on suit donc des études supplémentaires. "Ce qui mène à l'inflation des diplômes", conclut le professeur à l'université de Cambridge.

R.v.A.

Demain mercredi, suite et fin de notre série avec cet ultime paradoxe : "Les bonnes politiques économiques n'exigent pas de bons économistes !"

Nos partenaires