"Inadmissibles", "illégales": la Russie tempête contre les sanctions économiques des USA

09/08/18 à 14:39 - Mise à jour à 14:39

Source: Afp

"Inadmissibles", "inamicales", "illégales"... Le Kremlin a vivement dénoncé jeudi l'annonce par les Etats-Unis de nouvelles sanctions économiques contre la Russie en lien avec l'empoisonnement à l'agent Novitchok au Royaume-Uni, qui font craindre une nouvelle escalade entre Moscou et Washington.

"Inadmissibles", "illégales": la Russie tempête contre les sanctions économiques des USA

© Belga

Moins d'un mois après les échanges d'amabilités du sommet d'Helsinki entre Donald Trump et Vladimir Poutine, l'heure est de nouveau à la confrontation. Et alors que la Russie commençait à s'inquiéter des initiatives de parlementaires américains prompts à vouloir la punir pour son ingérence présumée dans ses élections, l'attaque est venue de l'administration, en lien avec un autre sujet de discorde.

Le département d'Etat a expliqué avoir "déterminé (...) que le gouvernement russe avait utilisé des armes chimiques ou biologiques en violation des lois internationales" lors de l'empoisonnement début mars à Salisbury, au Royaume-Uni, de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.

"Nous considérons comme absolument inacceptable l'annonce de nouvelles restrictions en lien avec l'affaire de Salisbury et les considérons comme illégales", a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. "Nous démentons encore une fois de la manière la plus catégorique toutes les déclarations sur une quelconque implication de la Russie".

M. Peskov a qualifié les Etats-Unis de "partenaire imprévisible" mais ajouté "garder espoir en des relations constructives avec Washington": "Ces relations ne sont pas seulement dans les intérêts de nos deux peuples mais aussi de la stabilité et de la sécurité dans le monde".

L'annonce de nouvelles sanctions avait provoqué un coup de froid jeudi à l'ouverture des marchés financiers russes, avant un retour au calme progressif en cours de journée.

La monnaie russe est tombé à son plus bas niveau en près de deux ans face au dollar, qui a franchi le seuil des 66 roubles. L'euro a dépassé 77 roubles pour la première fois depuis avril dernier.

"Le système financier russe est suffisamment solide: il a montré sa solidité dans des moments assez difficiles", a tempéré M. Peskov alors que la Russie est soumise à des sanctions de plus en plus strictes depuis l'annexion de la Crimée en 2014.

"Message univoque"

L'empoisonnement confirmé de l'ex-agent double et de sa fille par leur exposition au Novitchok, un agent neurotoxique mis au point par l'Union soviétique à la fin de la Guerre froide, avait été attribué par Londres au gouvernement russe, qui avait nié toute implication et demandé des preuves.

Une Britannique de 44 ans, mère de trois enfants, est ensuite morte le 8 juillet après avoir été exposée à un poison contenu dans un flacon de parfum. La police britannique a établi qu'elle avait été exposée au Novitchok.

Londres a salué les nouvelles mesures américaines comme "un message univoque à la Russie, que son attitude impétueuse ne restera pas sans réponse".

Les sanctions envisagées par Washington, qui portent sur l'exportation de certains produits technologiques, comme des appareils ou de l'équipement électroniques, pourraient coûter "des centaines de millions de dollars" à l'économie russe, a indiqué un responsable américain ayant requis l'anonymat.

En cas de non respect de ces exigences, une deuxième salve de sanctions "draconiennes" serait décrétée, a poursuivi ce responsable, notant qu'elles pourraient aller jusqu'à interdire les aéroports américains aux compagnies aériennes russes ou même suspendre les relations diplomatiques entre les deux pays.

"Les sanctions en elles-mêmes ne sont pas destructrices mais elles vont porter un coup à l'appétit des investisseurs et saper la confiance pour les investissements en Russie", ont commenté les analystes de la banque russe Alfa.

"D'un autre côté, elles pourraient réduire la pression sur l'administration Trump pour soutenir les sanctions proposées par un groupe de sénateurs en lien avec l'interférence présumée dans les élections, qui prévoient des interdictions d'acheter de la dette souveraine russe, ce qui serait potentiellement bien plus dangereux", ont-il ajouté.

Dès mercredi, les marchés russes avaient accusé le coup après des articles de la presse russe faisant état de la volonté de parlementaires américains de s'attaquer à la dette de l'Etat russe.

L'économie russe est sortie fin 2016 de deux ans de récession due aux sanctions imposées dans la foulée de la crise ukrainienne et à l'effondrement des prix des hydrocarbures, dont le pays est très dépendant.

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