Grèce : 110 milliards d'aide, dont 3 milliards de la Belgique

03/05/10 à 09:27 - Mise à jour à 09:27

Source: Trends-Tendances

La Grèce recevra une aide de 110 milliards d'euros sur trois ans en contrepartie d'un plan d'austérité sans précédent. Côté belge, le gouvernement a prévu une contribution initiale d'environ 1 milliard d'euros. Mais notre effort pourrait atteindre 3 milliards sur trois ans, au total. Côté allemand, on veut imposer l'idée de sanctionner les pays ne respectant pas le pacte de stabilité.

Grèce : 110 milliards d'aide, dont 3 milliards de la Belgique

© Reuters

Les ministres des Finances de la zone euro ont décidé dimanche d'activer un mécanisme de soutien à la Grèce, qui bénéficiera de 110 milliards d'euros sur trois ans, dont 80 milliards financés par les 15 autres Etats membres et 30 milliards par le Fonds monétaire international. La décision a été adoptée définitivement, même si elle doit encore être validée par les parlements nationaux.

"Il n'est pas question que le Conseil européen puisse revenir sur cette question de principe", a affirmé Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe, alors que les chefs d'Etat et de gouvernement de la zone euro doivent se retrouver en sommet vendredi prochain pour évoquer à nouveau le cas grec.

Côté belge, le gouvernement a prévu une contribution initiale d'environ 1 milliard d'euros, susceptible d'être doublée si nécessaire. Ce prêt sera examiné mardi en commission des Finances de la Chambre, avec un vote en plénière espéré jeudi. Mais la Belgique sera appelée à contribuer davantage sur les trois ans du programme. Elle devrait contribuer à hauteur d'environ 2,5 milliards à 3 milliards d'euros au total, a précisé Didier Reynders, ministre des Finances, à l'agence Belga.

Les mesures d'austérité sont "les plus injustes" de l'histoire grecque (syndicat)

Les nouvelles mesures d'austérité annoncées dimanche par le gouvernement grec, en contrepartie de l'aide internationale, sont "les plus injustes" de l'histoire de la Grèce, a réagi la grande centrale syndicale grecque du secteur privé, appelant à "intensifier le combat social".

Ces mesures "aggraveront la récession et plongeront l'économie dans un coma profond !, a dénoncé Yannis Panagopoulos, président de la GSEE, qui revendique un million d'adhérents. L'heure a sonné d'intensifier le combat social : notre grève générale du 5 mai sera le début d'une longue lutte." La GSEE et la centrale syndicale de la fonction publique (Adedy) ont en effet appelé, pour mercredi, à une troisième grève générale en moins de trois mois. Jusqu'ici, elles n'ont pas réussi à mobiliser au-delà de leur public traditionnel.

Selon Yannis Panagopoulos, la cure de rigueur telle qu'annoncée par le gouvernement vise "les chômeurs, les travailleurs, les pauvres et les retraités", mais "pas les possédants" : "Il est inconcevable que ceux qui ont volé ce pays continuent à se moquer de nous !", a-t-il protesté, demandant que les ministres fautifs du précédent gouvernement soient envoyés en prison.

La BCE prend une mesure inédite pour soulager la Grèce... et appelle le pays à consentir davantage d'efforts si nécessaire

La Banque centrale européenne a annoncé lundi qu'elle accepterait les titres de dette grecque en garantie de ses prêts, et ce, quelle que soit leur notation financière. Une mesure inédite qui devrait soulager la Grèce et les banques de la zone euro. La BCE a ainsi levé "jusqu'à nouvel ordre" toute condition relative à la notation de crédit pour les titres de dette grecs qu'elle accepte en contrepartie de prêts, dits "collatéraux", a-t-elle annoncé dans un communiqué. Cette suspension, une première dans l'histoire de l'institution de Francfort, permet aux banques possédant des obligations grecques de continuer à obtenir du crédit auprès de la BCE, malgré la dégradation de leur notation financière.

La BCE a par ailleurs "salué" dimanche le programme d'économies annoncé par les autorités grecques, tout en leur demandant de "se tenir prêtes à prendre toute mesure supplémentaire" en vue de remplir leur objectif de réduction du déficit.

L'Allemagne exige de la Grèce qu'elle respecte le plan d'austérité "à la virgule près"...

Le gouvernement allemand espère que la Grèce respectera "à la virgule près" le plan d'austérité exigé en contrepartie d'une aide internationale, a déclaré dimanche Rainer Brüderle ministre allemand de l'Economie. "De même que l'Allemagne et les citoyens allemands s'impliquent en faveur de la stabilité de la zone euro, j'attends maintenant du gouvernement grec qu'il mette en oeuvre rapidement, avec détermination et de façon crédible, à la virgule près, le plan d'austérité" négocié avec le FMI et l'Union européenne, a-t-il signé dans un communiqué.

L'accord existant "sera examiné avec minutie", a ajouté le ministre, rappelant que le conseil des ministres doit se réunir lundi pour adopter le projet de loi qui sera présenté mercredi en première lecture au Parlement allemand.

... Et menace de sanctionner les pays ne respectant pas le pacte de stabilité

Angela Merkel préconise en outre des sanctions plus sévères contre les pays qui, à l'instar de la Grèce, ne respecteraient pas à l'avenir les règles du pacte de stabilité de l'euro. "Au final, il devra être possible de retirer, au moins temporairement, les droits de vote à un pays qui ne tient pas ses engagements" en matière de politique monétaire, selon la chancelière allemande, citée par le journal Bild am Sonntag. Pour l'Allemagne, "il s'agit là d'un point essentiel !"

Un groupe de travail doit être mis en place, dès ce mois de mai, au niveau des ministres des Finances de l'Eurogroupe, pour s'occuper des changements de traité nécessaires, selon la chancelière : "Ceux-ci comprendront très certainement une révision des sanctions contre ceux qui dérogent aux règles du pacte de stabilité. Il nous faut vraiment tirer les leçons de la crise actuelle afin que l'euro reste une monnaie forte et stable."

La presse grecque souligne, elle, "les sacrifices" demandés à la population

[UPDATE 1] La presse grecque soulignait lundi les "sacrifices" demandés à la population et "l'injustice" des mesures d'austérité annoncées dimanche par le gouvernement socialiste, visant principalement "les salariés et les retraités".

Le grand sacrifice, titrait sur toute sa Une Ta Néa (progouvernemental), soulignant dans son éditorial qu'il "est bien sûr très difficile que la société l'accepte" : "La manière dont nous avions l'habitude de vivre, de travailler, de consommer et d'organiser notre vie, ici dans cette région du sud des Balkans, a pris fin hier", ajoutait le journal, qui insistait pour que "l'administration et les entreprises respectent des règles saines" afin que "les sacrifices actuels soient fructueux".

Sous le titre Asphyxie pour cinq ans, le journal (gauche populaire) Ethnos soulignait que le Premier ministre Georges Papandréou "et son gouvernement sont évidemment condamnés à réussir, à valoriser les sacrifices du peuple grec et à offrir en 2014 une Grèce débarrassée des problèmes actuels, capable de rester debout et d'avancer avec optimisme vers l'avenir".

Quatre ans sans respirer... titrait Elefthérotypia (gauche indépendante), avant de souligner l'injustice des mesures qui frappent "toujours les mêmes". Pour le journal, "ce sont les mêmes gens, les salariés et les retraités, qui sont frappés presque exclusivement et sont appelés à chaque fois à payer".

A droite, Elefthéros Typos affirmait que le parti socialiste au pouvoir, le PASOK, "sert dorénavant le FMI, la Commission et la Banque européenne".

Aide à la Grèce : la perte d'un Etat sera compensée sur le bénéfice des autres

[UPDATE 2] Certains Etats dont l'économie n'est pas au beau fixe, comme le Portugal, risquent, lorsque leur contribution au programme d'aide à la Grèce leur sera demandée, de devoir emprunter sur les marchés de l'argent à un taux plus élevé que celui du prêt qu'ils accorderont à la Grèce, et qui devrait tourner autour des 5 %. Le principe de l'accord sur la Grèce est toutefois qu'aucun Etat ne sorte perdant de l'effort demandé.

Dès lors, la perte éventuelle que subirait un Etat de cette différence de taux sera compensée sur le bénéfice que tireront les autres Etats membres de leur opération avec Athènes, indiquait une source européenne. Le bénéfice des autres Etats serait certes moins élevé, mais cette disposition a le mérite de respecter le principe de solidarité entre Etats membres, faisait-on valoir.

Le programme d'aide à la Grèce prévoit trois tranches annuelles. Dans la plupart des cas, les premières tranches versées sont remboursées plus tôt que leur échéance. En outre, un prêt à la Grèce de 110 milliards d'euros sur trois ans ne serait que "le scénario du pire", celui dans lequel la Grèce pourrait se permettre de ne pas avoir recours au marché pendant 18 mois. Mais on estimait lundi, dans les milieux européens, que le gouvernement grec, renforcé par la crédibilité du programme de soutien, pourrait retrouver avant la fin de ce délai des conditions d'emprunt acceptables sur le marché classique. Il se peut donc que le programme grec ne doive être utilisé jusqu'à son terme.

Dominique Strauss-Kahn, directeur général du FMI, soulignait lundi dans Le Monde que le FMI allait prêter à la Grèce "32 fois son quota de prêt, un niveau jamais atteint". Il confirme que le Portugal prêtera à la Grèce à un taux inférieur à celui auquel il emprunte pour son propre compte "mais le FMI aussi, puisque des pays pauvres comme le Mali sont parties prenantes de ce sauvetage".

Trends.be, avec Belga

En savoir plus sur:

Nos partenaires