Geert Noels: "Ne craignez pas la déflation, mais réduisez les dettes"

06/05/14 à 15:30 - Mise à jour à 15:30

Source: Trends-Tendances

Ne craignez pas les prix plus bas. Le mois dernier, la baisse des coûts de l'énergie a entraîné une inflation d'à peine 0,7 pour cent annuel dans la zone euro. "Un prix du pétrole plus bas signifie qu'il faut payer moins d'impôts à l'étranger" déclare Geert Noels, économiste principal du gestionnaire de patrimoine Econopolis.

Geert Noels: "Ne craignez pas la déflation, mais réduisez les dettes"

© belga

L'inflation faible de la zone euro fait craindre à de nombreuses personnes qu'une spirale de prix en baisse incite les gens à postposer leurs achats et que l'économie stagne. Noels estime qu'on attise la peur de la déflation. "Les prix des produits ICT baissent depuis vingt à trente ans. Pourtant personne n'a postposé ses achats d'ordinateurs. Les prix des voitures ont également diminué, si l'on compte l'amélioration de la qualité. Personne ne s'en plaint. Les prix en baisse sont bons pour le consommateur."

Les prix en baisse sont surtout négatifs pour qui est endetté. Un même montant de dettes exprimé en termes de biens et de services pèsera plus lourd en cas de déflation. Noels est d'avis que c'est ce que les banques centrales veulent éviter, tout en n'osant pas en parler. "Ils véhiculent le message officiel 'la déflation, c'est mauvais, l'inflation, c'est bien'. L'inflation revient à une dépréciation de la monnaie, ce qui allégera la charge de pays surendettés. C'est le véritable objectif. En ce moment, les banques centrales servent à aider les débiteurs. C'est ce qu'ils doivent dire ouvertement, au lieu de se cacher derrière des arguments qui n'ont rien à voir avec le fond de l'histoire".

Si les banques centrales obtiennent ce qu'elles veulent et que l'inflation l'emporte à nouveau, l'épargnant sera le dindon de la farce. "L'inflation est un transfert implicite d'épargnants vers les débiteurs" dit Noels. "Elle touche aux livrets d'épargne, aux assurances vies, à l'épargne-pension et à toutes les formes d'économie. L'état belge est celui qui en bénéficie, car il est couvert de dettes. Essayez d'expliquer cela à l'épargnant".

Le véritable problème réside dans l'accumulation de dettes. "Si un pays continue à accumuler les dettes, une méfiance se crée vis-à-vis de sa monnaie et les investissements sont en danger. Les dettes peuvent entraîner de lourdes conséquences à long terme. Aujourd'hui, nous ne devons pas craindre la déflation, mais réduire les dettes".

Une réduction de dettes ne risque-t-elle pas d'enfoncer encore davantage l'économie ? "On ne relance pas un moteur noyé en continuant à donner du gaz. L'économie doit trouver un nouvel équilibre, c'est un procès qu'il faut traverser. En Europe, l'accumulation de dettes a provoqué des surinvestissements dans une série de secteurs, tels que l'immobilier. Aujourd'hui, il est beaucoup plus important d'investir en enseignement et en formation. Il faut permettre à l'économie d'évoluer vers un avenir durable. Pour l'instant, les banques centrales perturbent cette évolution".

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