Alain Mouton
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Alain Mouton est journaliste chez Trends
Opinion

30/04/15 à 13:42 - Mise à jour à 13:42

Frank Vandenbroucke a raison: 'Les travailleurs qui ont un métier pénible doivent aussi travailler plus longtemps'

Frank Vandenbroucke veut que les personnes ayant exercé un métier dit 'pénible' physiquement travaillent aussi longtemps que les autres. Il a raison. Ce genre de distinction n'a plus lieu d'être.

Frank Vandenbroucke a raison: 'Les travailleurs qui ont un métier pénible doivent aussi travailler plus longtemps'

Frank Vandenbroucke © Belga

Frank Vandenbroucke, président de la commission de réforme des pensions, veut que les personnes qui exercent un métier lourd travaillent aussi longtemps que les autres travailleurs. Il a raison. La distinction entre les 'métiers pénibles' et les autres emplois, moins éprouvants, n'est d'actualité.

Celui qui a un emploi dans la catégorie 'métiers lourds' (construction, sidérurgie, travail de nuit...) en 2015, peut déjà, dans un certain nombre de cas, partir en prépension à 58 ans, alors que les autres travailleurs avec autant d'années d'expérience doivent attendre jusqu'à leurs 61 ans avant de pouvoir accéder au 'régime de chômage avec complément d'entreprise' (ou RCC, comme la prépension s'appelle maintenant). Dans une recommandation au gouvernement fédéral, la commission de réforme des pensions, sous la direction de l'ex-ministre Frank Vandenbroucke, plaide pour qu'il y ait à terme une uniformité de l'âge.

Des points d'interrogation doivent cependant être mis sur le plaidoyer de la commission en ce qui concerne l'octroi de pensions plus élevées aux travailleurs avec un métier lourd. Nous devons également être circonspects par rapport à la proposition de Vandenbroucke de permettre aux "travailleurs lourds" de travailler moins un à deux ans avant la retraite via le système de la pension à temps partiel.

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'Les travailleurs qui ont un métier pénible doivent aussi travailler plus longtemps'

Car finalement, ce sont les partenaires sociaux qui mettent au point la liste des métiers lourds. Différents secteurs vont, à n'en pas douter, faire du lobbying acharné afin d'être repris dans cette catégorie. Ce qui pourrait entraîner une situation dans laquelle il n'y a plus que des 'métiers pénibles' qui restent.

Et en ce qui concerne la prépension, les syndicats et les employeurs se retrouveront mutuellement dans une étrange alliance. Les syndicats pourront dire à leurs membres qu'ils doivent travailler moins longtemps parce qu'ils ont un métier lourd. Et les employeurs de certains secteurs pourront faire partir leurs travailleurs plus âgés plus tôt et à relativement bon marché.

En fait, le débat au sujet de la liste des 'métiers lourds' est aujourd'hui un faux débat. La distinction n'est plus de notre temps. Le travail d'un ouvrier du bâtiment est bien sûr physiquement beaucoup plus pénible que celui d'un employé qui reste assis à son bureau toute la journée. Mais par ailleurs, on peut se poser la question si le travail d'un cadre n'est pas mentalement beaucoup plus éprouvant. Et qu'en est-il pour les indépendants ? N'ont-ils pas un métier pénible ? Et ne pourraient-ils alors pas aussi arrêter de travailler plus tôt ?

Le débat pourrait être résolu de manière simple: en instaurant dans les entreprises une gestion du personnel moderne tenant compte de l'âge. En instaurant des mesures de récupération et un plus grand nombre de jours de vacances pour les jobs physiquement lourds. Ce qui est d'ailleurs déjà le cas maintenant.

À côté de cela, les entreprises doivent veiller à ce que les travailleurs avec un métier pénible puissent recevoir un contenu de travail différent en fin de carrière. Un travail moins lourd via la formation de jeunes travailleurs par exemple. Une autre option est du travail moins physique et des tâches plus administratives en fin de carrière.

Un exemple concret: des agents de sécurité qui ont travaillé de longues années 'sur le terrain' pourraient être intégrés au centre de coordination.

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