Faut-il s'inquiéter du déficit britannique?

22/02/10 à 10:15 - Mise à jour à 10:15

Source: Trends-Tendances

Le déficit du Royaume-Uni devrait dépasser celui de la Grèce en 2010 selon les estimations de la City. Est-il est temps pour Londres d'assainir drastiquement ses finances? Ce n'est pas l'avis de Catherine Mathieu, économiste à l'OFCE.

Faut-il s'inquiéter du déficit britannique?

© Epa

Que faut-il penser des chiffres des finances publiques britanniques ? Le déficit devrait être de 12,8% du PIB en 2010, soit plus que celui de la Grèce (12,7%).

D'abord, il est un peu difficile de comparer le Royaume-Uni uniquement avec la Grèce. Indépendamment de la question des incertitudes autour des statistiques fournies par Athènes, de nombreux pays ont vu leurs comptes publics se dégrader depuis le début de la crise, notamment les Etats-Unis où le déficit public dépasse aussi 10 % du PIB...Certes, le déficit britannique s'est fortement creusé, mais il est lié à la crise : d'une part la baisse d'activité dans les secteurs immobiliers et financiers a plombé les recettes fiscales, d'autre part le gouvernement a mis en place des mesures de relance comme la baisse de la TVA ou la prime à la casse qui lui ont coûté cher. Quand la croissance reprendra, le déficit baissera mécaniquement.

La dette s'élève à 70% du PIB en 2009...

Cela reste inférieur aux ratio de dette publique que l'on observe à l'échelle de la zone euro (80%), et qui tournent autour de 100% en Italie, Grèce ou en Belgique.

Les conservateurs appellent pourtant le gouvernement à agir rapidement pour réduire le déficit public...

Ce serait très dangereux pour la reprise, qui reste fragile. Après être restée dans le rouge pendant six trimestres, l'économie ne semble en sortir que six mois après la France et l'Allemagne, et encore, avec une croissance de 0,1% seulement au dernier trimestre 2009. Les niveaux d'investissement des entreprises et de consommation des ménages sont faibles. Ce n'est pas dans ce contexte qu'on peut augmenter les impôts ou couper dans les dépenses... En plus, Alistair Darling a déjà prévu de s'attaquer au déficit dès 2011, ce qui est relativement tôt. Son objectif est de diviser le déficit par deux en quatre ans. C'est suffisamment ambitieux. Il faut attendre que la croissance redémarre avant de resserrer la politique budgétaire.

L'Irlande, pourtant, a fait tout de suite de gros efforts d'austérité budgétaire...

C'est vrai, l'Irlande a rapidement été mise sous pression par les marchés et a pris des décisions douloureuses comme par exemple baisser les salaires des fonctionnaires. Les marchés l'ont d'ailleurs d'une certaine façon récompensée : les taux sur ses titres sont stabilisés autour de 4,8%. Mais la situation d'une petite économie comme l'Irlande n'est pas comparable à celle du Royaume-Uni. L'Irlande, qui a connu plusieurs années de très forte croissance et la montée de déséquilibres, notamment dans le secteur de l'immobilier, peut se permettre de resserrer sa politique budgétaire et d'affaiblir ainsi sa demande intérieure, en attendant que ses voisins sortent de la récession et l'aident à renouer avec la croissance.

Le marché ne va-t-il pas sanctionner le Royaume-Uni ?

Pour le moment, le taux d'intérêt sur la dette britannique est de 4%, ce qui est relativement faible. Mais c'est sûr que si les marchés jouent à se faire peur, ils peuvent faire monter le taux d'intérêt. sur les titres publics anglais. Et là, ce sera effectivement plus coûteux pour le gouvernement de rembourser sa dette et cela érodera la croissance. C'est d'ailleurs l'argument des conservateurs et économistes néo-classiques. Mais c'est une question de confiance. La preuve : alors que la dette publique japonaise atteint presque 200% du PIB, le taux d'intérêt sur les obligations d'Etat est resté stable depuis 20 ans, autour de 2%. Et ce parce que ce sont les ménages japonais qui détiennent ces titres et qui font confiance dans la capacité de l'Etat à les rembourser. A contrario, la dette publique britannique est détenue par des investisseurs voire même des spéculateurs, qui peuvent être tentés de pousser les taux à la hausse.

Propos recueillis par Laura Raim

Trends.be, L'Expansion.com

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