Faut-il craindre un nouveau krach boursier?

09/08/11 à 15:55 - Mise à jour à 15:55

Source: Trends-Tendances

De Tokyo à Wall Street, en passant par Francfort, Bruxelles, Paris ou Londres, les Bourses mondiales sont secouées ces derniers jours par la dégradation de la note de crédit des Etats-Unis. Le spectre d'un nouveau krach boursier est dans tous les esprits.

Faut-il craindre un nouveau krach boursier?

© Reuters

Pourquoi les Bourses dévissent ? Au départ, c'est bien la crise de la dette grecque, puis européenne, qui a jeté le trouble sur les marchés. Même le plan de sauvetage européen du 21 juillet dernier n'est arrivé à restaurer que très succintement la confiance des investisseurs. Depuis, chaque jour, une mauvaise nouvelle a fait s'enfoncer un peu plus dans le rouge les Bourses mondiales. Fin juillet, les Etats-Unis annoncent une croissance faible pour le premier semestre (+1,3%) et chose inédite, une révision à la baisse de la croissance antérieure. Le ralentissement de l'activité industrielle, la baisse de la consommation, et les incertitudes sur la croissance mondiale ajoutent alors à l'incertitude ambiante. Dans le même temps, les craintes les plus vives se concentrent sur la crise de la dette américaine, pour laquelle le consensus semble impossible à trouver. Le 2 août, à quelques heures de la date butoir, démocrates et républicains finissent par s'entendre pour relever le plafond de la dette. Mais les marchés ne se sont pas satisfaits de cet accord a minima, aucune résolution sérieuse n'ayant été prise pour résorber le déficit. L'agence de notation S&P, qui réclamait qu'un accord soit trouvé pour 4000 milliards de dollars de réduction de dette finit donc par mettre sa terrible menace à exécution. Vendredi, elle baisse pour la première fois de son histoire la note de la dette américaine à AA+. Les ingrédients parfaits d'un cocktail explosif sont réunis: problématique de dette et croissance molle augmentent les craintes, qui finissent par s'autoalimenter. Du côté européen, où les Bourses ont déjà terriblement chuté du fait de la crise de la dette européenne, la peine est double, les marchés poursuivent leur dégringolade.

Les entreprises y sont-elles pour quelque chose? Les entreprises ne sont pas complètement étrangères à cette baisse. Les résultats du deuxième trimestre ont en effet déçu les marchés, surtout en Europe, où les entreprises pâtissent des révisions à la baisse de la croissance des pays asiatiques. Certaines d'entre-elles sont même obligées de procéder à des avertissements sur résultats, après un 1er semestre pourtant jugé excellent. Aux Etats-Unis au contraire, les entreprises ont largement profité de la croissance soutenue de l'Amérique latine et des effets de change favorables. Ainsi, au deuxième trimestre, 71% des entreprises américaines ont publié des résultats supérieurs aux attentes, contre seulement 46% en Europe. Dans le détail, les plus maltraitées sur les marchés sont les valeurs industrielles, technologiques et de matières premières, c'est-à-dire les plus exposées à la croissance mondiale... Néanmoins, la santé des entreprises n'est pas aussi catastrophique qu'il n'y paraît, et n'a participé que faiblement au dévissage boursier estival. "Les sociétés du CAC 40 par exemple restent pour la plupart bénéficiaires. Ce qui choque d'avantage, c'est l'écart entre l'optimisme affiché il y a quelques mois et la morosité ambiante", explique Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC.

Peut-on parler de krach boursier? La définition du krach boursier -baisse soudaine et précipitée de l'indice d'une ou plusieurs places mondiales- n'est pas d'une clarté absolue. Les économistes s'accordent à dire qu'il y a krach quand l'indice perd plus de 10% en une séance, et/ou 20% en quelques jours, ce qui n'est arrivé que deux fois au cours du XXème siècle, en 1929 et 1987. Même en 2008 au plus fort de la crise financière, nous n'avons pas assisté à un krach boursier, mais simplement à une très forte volatilité des cours. Cela ne signifie pas que la situation n'est pas inquiétante pour autant. En effet, depuis le dernier plus haut, le 22 juillet, plusieurs indices européens, à l'image du CAC 40, ont perdu plus de 15%. Par ailleurs, l'inquiétude des investisseurs porte davantage sur la baisse consécutive des cours que sur l'ampleur de cette baisse: depuis 10 jours maintenant les marchés chutent sans interruption, une première notamment pour le CAC 40. Cela signifie qu'en 15 jours, aucun indicateur économique, aucun rebond technique, n'a permis aux indices de souffler.

Jusqu'où cette baisse peut aller? Cette journée de lundi est décisive. Tout le week-end, gouvernements et dirigeants des banques centrales mondiales se sont évertués à trouver des solutions pour éviter l'avènement d'un nouveau Lehman Brother. En France, Nicolas Sarkozy a multiplié les appels téléphoniques avec ses homologues européens, et notamment avec la chancelière allemande Angela Merkel. Le ministres des Finances du G7 se sont également rencontrés dans la nuit de dimanche à lundi et se sont engagés à "prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la stabilité financière et la croissance". Comprendre, les Banques centrales sont prêtes à injecter des liquidités sur les marchés en cas de panique. Quant à la BCE, elle s'est dite prête à racheter de la dette espagnole et italienne si les investisseurs la désertaient. Le résultat a été plutôt satisfaisant puisqu'à l'ouverture des Bourses européennes, le krach tant redouté n'a pas eu lieu. Mais au fur et à mesure de la journée, la situation s'est aggravée, les investisseurs gardant les yeux rivés sur Wall Street. A 17h30, le CAC a clôturé en chute de 4,68%, signant donc sa onzième baisse consécutive, mais évitant de justesse le krach boursier (Voir ici, les résultats des Bourses européennes). De l'autre côté de l'Atlantique, les marchés dévissent eux aussi. Vers 17h, le Nasdaq perdait 3,08%, et le Dow Jones 2,35%. Mais la journée est loin d'être terminée...

A plus long terme, il est très difficile de prévoir ce qui va se passer sur les marchés. "Tout va dépendre de la crédibilité des solutions politiques mises en place pour résorber les crises de la dette d'un côté et de l'autre de l'Atlantique, explique Christian Parisot. En effet, si pour l'heure, les gouvernements ont pris des décisions importantes, leur concrétisation se fait attendre". En Europe notamment le rythme du plan de soutien, qui ne doit pas passer devant les Parlements nationaux avant fin septembre, participe largement à la crise de confiance des investisseurs. Par ailleurs, "tout dépendra de l'application concrète des plans de réduction de déficits. Si la croissance se poursuit malgré les réductions budgétaires, alors les marchés pourront retrouver un peu de dynamisme", ajoute Christian Parisot. Mais pour ce dernier, tant qu'aucun bon indicateur macroéconomique ne sera publié, les indices mondiaux resteront capés, les investisseurs n'étant pas prêts à payer très cher des Bourses à l'avenir aussi instable.

Julie de la Brosse, Lexpansion.com

Les principaux krachs boursiers

Le krach boursier fait référence à une baisse soudaine et précipitée de cours de Bourse ou de valeurs financières, dans la pratique cela s'applique à une baisse des cours de plus de 20% en quelques jours. Voici un rappel des principaux krachs dans l'histoire: - 1637: Krach de la tulipe. La "tulipomanie" fut en Hollande la première bulle spéculative économique et financière de l'histoire moderne. La spéculation était fondée sur le commerce des bulbes de tulipe dont les prix atteignirent des sommets, avant de s'effondrer en 1637. En 1642, après le krach, le prix de la tulipe n'était plus qu'au dixième de sa valeur et cent ans plus tard à deux centièmes.

- 1720: Krach en Grande-Bretagne après l'éclatement de bulles spéculatives qui ont entraîné les faillites de la Compagnie des mers du Sud et de la banque Law.

- 1882: Krach de l'Union Générale. La faillite de cette banque catholique française entraîne celles de nombreux agents de change. Les Bourses de Lyon et Paris sont ébranlées, plongeant la France dans une crise économique.

- 1929: Krach à Wall Street. Le jeudi 24 octobre, l'indice Dow Jones perd plus de 22% en début de séance mais se redresse et limite sa baisse à 2,1% en clôture. Mais il replonge de 13% le 28 octobre et de 12% le 29. Cette crise donne un coup de frein aux spéculations boursières. Elle marque le début de la Grande Dépression aux Etats-Unis et d'une crise économique mondiale. - 1987: Krach du 19 octobre à Wall Street. A la suite d'un déficit commercial important et d'un relèvement des taux directeurs de la Bundesbank, le Dow Jones perd 22,6% en une journée. Les autres places boursières chutent également. Il s'agit du premier krach de l'ère informatique.

- 1998: Krach russe. Au mois d'août, le rouble perd 60% de sa valeur en onze jours (dont 17,13% le 27 août). La Russie connaît une crise économique et monétaire en partie liée à la crise financière asiatique de 1997. Le fonds spéculatif américain LTCM, qui menait des opérations sur les titres obligataires, évite l'écroulement grâce à l'intervention de la banque centrale américaine qui veut éviter un effet domino sur les marchés financiers.

- 2000: Fin de la bulle internet. La bulle spéculative autour des valeurs boursières liées à l'internet et aux nouvelles technologies se dégonfle. Après un record à 5.048,62 points le 10 mars, l'indice Nasdaq, qui concentre les valeurs de l'Internet et technologiques, recule de 27% durant les deux premières semaines d'avril et de 39,3% sur un an. Cette chute se répercute sur tous les marchés liés à la "nouvelle économie".

- 2001: le 11 septembre, après les attentats, la Bourse de New York est fermée pour une semaine. A sa réouverture, l'indice Dow Jones recule de 7,3%.

- 2002: La falsification de ses comptes par le courtier américain en énergie Enron et la fraude du groupe américain de télécommunications Worldcom chahutent les Bourses du monde.

- 2008: Les conséquences de la crise des "subprime" (crédits hypothécaires à risque) aux Etats-Unis se propagent aux marchés financiers américains et mondiaux. De janvier à octobre, les principaux indices boursiers perdent de 30% à 50% avec des pertes accentuées lors de plusieurs séances en octobre.


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