Faut-il attendre quelque chose du G20 ?

25/06/10 à 09:37 - Mise à jour à 09:37

Source: Trends-Tendances

Austérité, croissance, yuan, régulation financière : les membres du G20 aborderont des thèmes difficiles à Toronto ce week-end. D'autant plus délicats que les grandes puissances mondiales ont, pour la majorité, entamé leurs réformes seules, sans consultation préalable.

Faut-il attendre quelque chose du G20 ?

© Reuters

Austérité vs croissance : les discussions pourraient tourner court

Ce sera probablement le sujet de ce sommet de Toronto. Alors que deux grands pays européens - l'Allemagne et le Royaume-Uni - se sont lancés dans des politiques d'austérité budgétaire pour assainir leurs finances publiques, les Etats-Unis s'inquiètent de leurs effets néfastes sur la croissance mondiale.

La semaine dernière, le président Obama a ainsi demandé à ses homologues européens, via un courrier très officiel, de ne pas compromettre la reprise mondiale par une politique d'austérité précipitée. Mercredi c'est Tim Geithner qui est monté au créneau : "Sans croissance aujourd'hui, les déficits se creuseront et handicaperont la croissance future", a déclaré le secrétaire américain au Trésor.

Pas de quoi convaincre l'Allemagne, qui a réaffirmé haut et fort sa stratégie de consolidation budgétaire. Les économistes sont pourtant de plus en plus nombreux à s'élever contre cette cure d'austérité massive. Mais il y a peu de chance que les Etats européens fassent machine arrière. Encore une fois, ce ne sera pas au G20 que les grandes décisions seront prises.

Taux de change : la Chine très attendue

Le yuan sera au coeur des débats du week-end, même si la Chine refuse catégoriquement d'aborder le sujet. A plusieurs reprises, elle a déclaré que la valeur de sa monnaie ne concernait qu'elle seule, et qu'elle ne céderait pas aux pressions exercées depuis de longs mois par ses partenaires commerciaux.

Coup de théâtre lundi dernier : la banque centrale de Chine s'est décidée à renouer avec un système de change plus souple. Le lendemain, elle a même assorti son nouveau dispositif d'un premier geste concret en fixant un taux de change en hausse de 0,43 % par rapport au cours de la veille, son plus fort gain en cinq ans.

Bien sûr, cela sera insuffisant à calmer les attentes de ses homologues du G20, et particulièrement des Etats-Unis, qui se plaignent d'une sous-évaluation très nocive pour les emplois américains. Ce premier pas chinois est-il une manière de montrer que le pays n'est plus complètement hermétique aux pressions internationales, ou au contraire une façon de clore définitivement le débat ? Réponse en fin de semaine.

Taxe sur les banques : aucun consensus n'est prévu

C'est l'échec assuré. Malgré les propositions du FMI, mandaté lors du dernier G20 de Pittsburgh pour réfléchir à une taxe destinée à ponctionner le système financier, la taxe sur les banques ne fera probablement l'objet d'aucun consensus à Toronto. Trop de pays y sont encore opposés, à l'image du Canada, l'hôte du week-end, mais aussi de l'Australie ou encore du Brésil. Ces Etats, dont les systèmes financiers ont résisté à la crise, ne veulent pas payer pour l'inconscience des autres.

La taxe bancaire ne sera pas pour autant complètement enterrée. L'idée séduit en en effet de plus en plus de pays. Cette semaine, l'Allemagne, le Royaume-Uni et la France se sont accordés sur un dispositif. L'Europe aussi est en train de peaufiner son propre projet, quand les Etats-Unis n'y sont pas fermement opposés. Pour ces pays, la difficulté n'est pas tant de s'accorder sur le principe d'une taxe que sur les modalités de cette dernière. La question fondamentale est de savoir ce qu'elle aura vocation à alimenter : un fonds de garantie pour les banques, comme le demandent Berlin et Bruxelles, ou les caisses de l'Etat, comme le voudraient la France et la Grande-Bretagne ?

Taxe sur les transactions financières : pas convaincante

L'idée ressurgit régulièrement, notamment lors des G20. Cette taxe sur les transactions financières a pour objectif de limiter la spéculation et, dans le cas présent, de faire payer aux banques le soutien dont elles ont bénéficié pendant la crise.

La France et l'Allemagne, qui ont décidé de porter conjointement la demande de la taxe sur les transactions au programme du sommet, risquent de se confronter à un mur de protestations. L'expression "taxe Tobin", à chaque fois qu'elle est prononcée, fait trembler les gros acteurs de la finance... mais rend surtout sceptiques les économistes, qui mettent en avant la difficulté à l'appliquer. Même le FMI a préféré y renoncer au profit d'une taxe sur les banques.

Renforcement des fonds propres : il rassemble tous les espoirs

En principe, ce sont les accords de Bâle qui règlent la question, extrêmement importante depuis l'éclatement de la crise, des fonds propres. Mais les accords de Bâle III, en cours d'élaboration, font l'objet d'importantes dissensions entre les Etats. Le G20 pourrait donc être l'occasion de s'accorder sur les points les plus litigieux. C'est en tous cas ce que souhaite le Canada, pour qui le renforcement des fonds propres est la priorité de la régulation financière.

Là encore, cependant, il sera difficile de trouver un terrain d'entente. Les Etats-Unis n'ont toujours pas adopté Bâle II dans sa totalité. Et les banques font tout leur possible pour éviter des réglementations trop contraignantes qui, selon elles, pourraient mettre en péril la reprise économique.

Supervision des marchés dérivés : le probable consensus

Pour la plupart des Etats, cette réforme est essentielle. Il est impératif de réorganiser les marchés dérivés de gré à gré trop sophistiqués et pas assez transparents. Or, chance !, les solutions techniques existent : mise en place de chambres de compensation, la centralisation des ordres ou encore la standardisation des produits financiers, afin d'éviter la prolifération de produits dérivés.

De nombreux Etats ont commencé à travailler sur le sujet. Les Etats-Unis, par exemple, réfléchissent à la liste des instruments concernés par l'obligation de passer par une chambre de compensation. En Europe, l'idée d'une chambre de compensation unique pour les dérivés libellés en euros suscite un large consensus. Le G20 pourrait donc être l'occasion d'accélérer le processus.

"Too big to fail" : des solutions à inventer

L'expression est née de la crise. Et il est probable qu'elle lui survive. Si les chefs d'Etat et de gouvernement des 20 plus grandes puissances mondiales discuteront assurément des grandes lignes d'un dispositif pour les banques qui représentent un risque systémique ("Too big to fail"), il n'est pas sûr que cela conduise à des mesures concrètes.

En effet, tout le monde s'accorde à dire qu'il n'est plus possible que les Etats, et donc le contribuable, viennent au secours de ces banques en cas de faillite, mais personne ne parvient à s'accorder sur la manière d'éviter ce risque. Voici quelques mois, les Etats-Unis proposaient de scinder les grandes banques en deux afin de séparer les activités de détail des activités de marché. Une telle proposition relève de l'impossible et ne serait d'ailleurs pas forcément souhaitable.

Pour les Etats, la tâche sera d'autant plus ardue que ces géants entretiennent, par nature, des activités dans plusieurs pays et ne peuvent par conséquent pas être mis au pas par un seul gouvernement.

Encadrement des rémunérations et paradis fiscaux : un bilan contrasté

Ce sont les sujets récurrents des derniers G20. A Pittsburgh, les Etats s'étaient entendus sur un encadrement plus strict des bonus. A Londres, ils avaient décidé conjointement de déclarer la guerre aux paradis fiscaux. Pour Toronto, le programme n'est pas encore bien défini mais la France a réaffirmé sa volonté de soulever de nouveau la question de l'encadrement des primes et rémunérations dans la finance.

Jusqu'à présent, les engagements pris par les Etats ne sont pas tout à fait concluants. Selon le Conseil de stabilité financière, ces normes ne seraient pas appliquées de façon homogène partout. Certaines banques américaines et japonaises sont ainsi montrées du doigt. Le principe de sanctions pourrait même être examiné.

Quant aux paradis fiscaux, la France et Allemagne ont une nouvelle fois demandé à "poursuivre" vigoureusement la lutte contre les pays non coopératifs. Des sanctions sont également à l'étude.

Julie de la Brosse, L'Expansion.com

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