Europe : la "guerre du budget" a commencé

26/05/11 à 16:27 - Mise à jour à 16:27

Source: Trends-Tendances

Le Parlement européen s'est dit jeudi prêt à l'"affrontement" avec les Etats membres après l'adoption, mercredi soir en commission, d'un rapport prônant une augmentation "d'au moins 5 %" du budget européen après 2013, alors que plusieurs pays plaident au contraire pour un gel des dépenses européennes vu la crise actuelle.

Europe : la "guerre du budget" a commencé

© Epa

"Nous devons maintenant discuter avec les Etats membres du cadre budgétaire mais nous n'avons pas peur d'un affrontement : le Parlement est suffisamment fort pour un tel affrontement", a commenté jeudi la socialiste allemande Jutta Haug, présidente de la commission spéciale du Parlement sur les défis politiques et les ressources budgétaires de l'UE.

Approuvé mercredi soir par 39 voix pour, 5 contre et 4 abstentions, ce rapport recommande une augmentation du budget européen "d'au moins 5 %" après 2013, échéance du cadre pluriannuel actuel entamé en 2007. Les députés, codécideurs en matière budgétaire, rejettent ainsi l'appel de plusieurs Etats membres, dont la Grande-Bretagne, la France et l'Allemagne, à "geler" le budget européen entre 2014 et 2020 vu la crise économique actuelle qui a contraint plusieurs gouvernements à l'austérité.

"Geler le budget n'est pas une option viable !"

"Geler le budget n'est pas une option viable vu les nouvelles missions qui ont été confiées à l'Union européenne", juge le rapporteur du texte, le conservateur Salvador Garriga, citant notamment les objectifs européens en matière d'emploi et de croissance à l'horizon 2020, les besoins en infrastructures ou en énergie, les révolutions au Maghreb. Le député espagnol espère d'ailleurs que son rapport sera approuvé par au moins 500 députés (sur un total de 751) lors de la prochaine séance plénière à Strasbourg, le 8 juin. "Cinq cents, c'est le chiffre à atteindre pour avoir une position claire face au conseil".

Outre une augmentation de 5 % du budget après 2013, le texte prône un statu quo pour les dépenses agricoles ainsi qu'en matière de politique de cohésion. Les députés se disent toutefois prêts à tailler dans les dépenses administratives, lesquelles ne représentent que 6 % des dépenses communautaires. "Il y a moyen de créer des synergies entre services sur les frais administratifs, avance Salvador Garriga. On peut également geler les engagements de fonctionnaires."

Le texte cite également, comme piste d'économies, le regroupement en un seul siège des activités du Parlement européen, aujourd'hui dispersées entre Strasbourg, Luxembourg et Bruxelles, ce qui permettrait d'économiser quelque 200 millions d'euros par an.

Le nouveau budget atteindrait 1,11 % du PNB européen, loin de la limite fixée par les traités

Les plans du Parlement européen placeraient le budget de l'UE à 1,11 % du PNB européen, contre 1,06 % à l'heure actuelle, soit toujours bien en-deçà de la limite de 1,23 % fixée par les traités européens.

Interrogé jeudi, Melchior Wathelet, secrétaire d'Etat (cdH) au Budget, s'est dit "sensible" aux arguments du Parlement mais se veut avant tout "réaliste", s'attendant à une "discussion tendue et difficile" avec les Etats membres : "Oui, il faut financer les priorités européennes, mais il faut surtout arriver à donner un budget à l'Union. Il n'y a rien de pire que pas de budget du tout." Le secrétaire d'Etat plaide pour davantage de flexibilité dans le budget avant son éventuelle augmentation.

La Commission européenne, de son côté, s'est refusée jeudi à tout commentaire sur l'adoption de ce rapport par le Parlement. L'exécutif européen déposera le 29 (ou 30) juin prochain sa proposition chiffrée pour le prochain cadre budgétaire post-2013, et ce, tant au niveau des dépenses que des recettes.

Sur ce dernier point, il devrait notamment avancer une série de propositions pour doter l'Union de ses propres sources de financement, le budget européen étant aujourd'hui alimenté à près de 80 % par des contributions directes des Etats membres, ce qui induit chez certains dirigeants un réflexe de "juste retour" bien peu européen.

Plusieurs gouvernements, la Grande-Bretagne et l'Allemagne notamment, ont toutefois déjà fait connaître leur opposition à l'instauration de pareilles ressources propres, lesquelles donneraient une plus grande autonomie et responsabilité à l'UE. La Belgique y est, elle, favorable, tout comme le Parlement européen qui a intégré ce principe dans son rapport adopté mercredi soir.

Trends.be, avec Belga

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