Eurogroupe: le scepticisme allemand face à l'optimisme grec

16/02/15 à 10:25 - Mise à jour à 10:25

Source: Belga

La Grèce va tenter ce lundi, à Bruxelles, d'arracher avec l'Eurogroupe un accord sur un nouveau programme de financement lui permettant de tourner la page de l'austérité, mais les discussions devraient s'avérer extrêmement difficiles.

Eurogroupe: le scepticisme allemand face à l'optimisme grec

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et son homologue grec, Yanis Varoufakis. © AFP

Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, s'est dit lundi "très sceptique" sur les possibilités de trouver rapidement un accord sur un nouveau programme de financement pour la Grèce, à quelques heures d'une réunion à Bruxelles des grands argentiers de la zone euro dont dépend l'avenir d'Athènes dans le club de la monnaie unique.

"Au vu de ce que j'ai entendu sur les discussions techniques du week-end, je suis très sceptique" sur les chances des ministres des Finances de la zone euro, qui se réunissent à 14h00 à Bruxelles, d'arriver à un accord sur la Grèce, a dit M. Schäuble interviewé par la radio publique Deutschlandfunk.

La Grèce va tenter lundi d'arracher avec l'Eurogroupe un accord sur un nouveau programme de financement lui permettant de tourner la page de l'austérité, mais les discussions avec les 18 autres membres de la zone euro, qui la soutiennent financièrement depuis 2010, s'avèrent extrêmement difficiles.

"Je suppose que c'est une grande partie de poker de la part du nouveau gouvernement" du Premier ministre Alexis Tsipras, a déclaré M. Schäuble, reprochant à Athènes d'agir de manière "irresponsable" en voulant renier les engagements pris auprès de ses partenaires.

Interrogé sur la possibilité d'une sortie de la Grèce de la zone euro, M. Schäuble a répondu: "vous devez demander cela à mes collègues grecs". "Ce n'est pas ce que nous nous voulons", mais pour rester membre de l'union monétaire, la Grèce "doit faire le minimum".

Le ministre allemand, qui a été dernièrement la cible de caricatures violentes dans la presse grecque le représentant en nazi, s'est irrité des "insultes" en provenance de Grèce. "Contrairement aux insultes (proférées à notre égard), nous ne voulons pas de mal à la Grèce", a-t-il dit, évoquant également "l'incorrection" de son homologue grec, Yanis Varoufakis, qui a eu des mots très durs pour les autres Européens.

Le gouvernement grec veut aller au bout voire au-delà pour un accord

Dimanche, le gouvernement d'Alexis Tsipras, fort du soutien de plus de plus de 30.000 manifestants en Grèce et dans d'autres pays d'Europe, se préparait à un Eurogroupe difficile à Bruxelles sur les réformes et le financement du pays, sans exclure qu'il faille encore discuter au-delà de cette réunion.

"Notre position, fondée sur la logique, est forte, et conduira à un accord, même à la dernière minute voire après la dernière minute", a ainsi déclaré dans une interview au quotidien Kathimerini dimanche le ministre des Finances, Yanis Varoufakis.

Dans un communiqué en fin d'après-midi, le gouvernement indiquait à son tour "qu'il n'était pas certain qu'il y aurait un accord lundi, quoiqu'on ne puisse préjuger du résultat" : "c'est une course d'endurance menée de manière prudente et respectueuse de la démocratie".

Dès vendredi, le chef de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, s'était dit "très pessimiste" sur la possibilité d'un accord dès lundi.

Malgré tout, M. Varoufakis s'est dit "optimiste" sur la possibilité d'un accord, le Premier ministre Alexis Tsipras "confiant", au cours d'interviews données pendant le week-end, à la veille de la réunion des 19 ministres des Finances de la zone euro lundi après-midi à Bruxelles.

Cette réunion est déterminante. Le nouveau gouvernement de gauche radicale Syriza d'Alexis Tsipras veut y rompre avec les programmes d'aide imposés à la Grèce depuis cinq ans par l'UE, la BCE et le FMI, et qui ont considérablement pesé sur la vie quotidienne de la population, en échange de 240 milliards d'euros de promesses d'aide.

La Grèce veut bien faire des réformes, mais qui seraient contenues dans un nouveau programme dont Athènes aurait cette fois la maîtrise, et souhaite en attendant un "accord-relais" qui serait une première.

L'UE, pour l'instant, ne veut s'engager qu'à une "extension" du programme en cours, qui arrive à échéance le 28 février. Le risque d'une sortie de la Grèce de la zone euro, aux conséquences imprévisibles, est important s'il n'y a pas d'accord lundi et si le pays est ainsi contraint à ne pas pouvoir honorer ses engagements financiers à partir de mars.

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