Daan Killemaes
Daan Killemaes
Rédacteur en chef de Trends Magazine
Opinion

30/11/17 à 15:45 - Mise à jour à 15:49

'Encore 20 ans de misère budgétaire'

Si on ne change pas de politique, notre pays sera à terme en faillite, alors que les Pays-Bas et l'Allemagne engrangent des excédents, estime le rédacteur en chef du Trends néerlandophone Daan Killemaas.

'Encore 20 ans de misère budgétaire'

Sophie Wilmès et Johan Van Overtveldt © Belga

Les quarantenaires, les cinquantenaires, et probablement aussi les trentenaires, ne prendront pas part, au cours de leur vie de contribuables, à un budget sain pour ce pays. Cela fait déjà quarante ans que la fin du tunnel est en vue, et ce sera encore le cas pendant les vingt prochaines années.

Outre la mauvaise gestion structurelle des dernières décennies, le vieillissement de la population anéantit à présent toute perspective d'amélioration. Et les finances publiques sont encore à ce point fragiles qu'à la moindre adversité, nous resterons dix ans de plus dans le tunnel.

Pas une année charnière

2018 ne sera hélas pas une année charnière. Le budget fédéral pour l'année à venir s'est sérieusement fait tirer les oreilles par l'Europe la semaine dernière.

Pour maintenir les finances publiques dans le droit chemin, l'Europe demande une amélioration budgétaire d'au moins 0,6% du PIB, soit environ 2,5 milliards d'euros.

La Commission européenne a passé le budget au peigne fin et a découvert une amélioration structurelle de seulement 0,3%, dont la majeure partie est une fois de plus due à la diminution des charges d'intérêts.

Il est donc peu question d'amélioration, et il n'en sera pas autrement en 2019, année d'élection.

Dans leur réplique à la Commission européenne, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt et la ministre du Budget Sophie Wilmès se félicitent que le gouvernement fournit pourtant bel et bien un effort structurel de plus de 0,7% du PIB.

Car c'est ainsi que raisonne le gouvernement. En cas de politique inchangée, le solde budgétaire de 2018 aurait reculé de 0,46% du PIB.

Peu de clémence

Le fait que le solde structurel s'est tout de même amélioré de 0,3% est donc dû à un effort structurel d'une valeur de 0,73% du PIB, fait ainsi valoir le gouvernement. L'Europe montre bien sûr peu de clémence envers ce raisonnement, mais en soi, cette explication n'est pas tirée par les cheveux.

Celui qui doit commencer un contre-la-montre avec 5 minutes de retard et termine à 5 minutes du temps prévu a l'impression d'avoir fourni l'effort demandé. Or, ce n'est bien sûr pas suffisant pour gagner la course.

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Encore 20 années de misère budgétaire

Van Overtveldt et Wilmès mettent de cette manière le doigt sur la plaie budgétaire belge.

Sans mesures supplémentaires, le solde budgétaire se détériorerait irrévocablement, même en cas de conjoncture favorable et de diminution de charges d'intérêts.

Si on ne change pas de politique, le pays sera à terme en faillite, alors que les Pays-Bas et l'Allemagne, grâce aux réformes du passé, engrangeront des surplus en cas de politique inchangée.

Cela ne devrait pas être une surprise que le noeud du problème se situe du côté des dépenses. Le budget de 2018 dérape car les dépenses augmentent trop rapidement, selon les observations de la Commission européenne.

Les dépenses primaires augmenteront peut-être même plus rapidement que le PIB, ce que ce pays ne peut pas se permettre si son objectif est d'un jour déposer un budget en équilibre et d'amener les recettes publiques jusqu'à presque 50% du PIB.

Pensions et soins de santé

Ce sont surtout les dépenses pour les pensions et les soins de santé qui font que le gouvernement commence chaque année avec un retard dans l'établissement du budget.

Les allocations sociales ont augmenté de 2 à 3 milliards par an ces dernières années et ont évincé à cet égard d'autres dépenses comme les investissements publics pourtant indispensables. Cette tendance se poursuit.

Selon les dernières prévisions, les dépenses sociales, exprimées en fonction du PIB, augmenteront encore de plus de 3% d'ici 2040.

Cela signifie donc que les prochains gouvernements sont condamnés à encore assainir pendant vingt bonnes années, uniquement pour éviter une dérive budgétaire. Nous avons déjà quarante ans de misère budgétaire derrière nous et nous prolongeons de vingt ans.

Ce n'est pourtant pas une fatalité. Il serait possible de faire autrement, si beaucoup de mesures plus drastiques étaient prises.

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