En pleine tempête financière, la Russie tente de rassurer

10/04/18 à 15:27 - Mise à jour à 15:27

Source: Afp

Les autorités russes, confrontées à une hémorragie financière après l'introduction de nouvelles sanctions par les Etats-Unis, ont cherché mardi à rassurer, affirmant que la "stabilité financière" n'était pas menacée et se disant prêtes à agir si besoin.

En pleine tempête financière, la Russie tente de rassurer

Illustration. © Reuters

Les nouvelles mesures américaines, qui visent de puissants oligarques et les entreprises qu'ils contrôlent, ont été accueillies par un lundi noir à la Bourse de Moscou, faisant fondre de plusieurs milliards de dollars le patrimoine des premières fortunes russes, y compris celles épargnées par Washington.

Si les indices boursiers évoluaient mardi en ordre dispersé, la monnaie russe a plongé à ses plus bas niveaux depuis 2016, le rouble ayant perdu au total environ 8% de sa valeur face au dollar depuis le début de la semaine.

"La banque centrale dispose d'un large éventail d'instruments à sa disposition pour agir dans les situations où apparaissent des risques pour la stabilité financière. A notre avis, il n'y a pas de tels risques actuellement, il n'y a pas de nécessité d'avoir recours à des mesures systémiques", a assuré la présidente de la banque centrale Elvira Nabioullina, lors d'une conférence économique à Moscou. "Bien sûr, nous allons suivre la situation, en cas de nécessité nous effectuerons de possibles correctifs", a-t-elle poursuivi.

A ses côtés, le ministre de l'Economie, Maxime Orechkine, a souligné que la banque centrale disposait de tout "l'arsenal" nécessaire pour agir si besoin mais qu'il n'était "pas nécessaire" d'y avoir recours actuellement. "La macroéconomie et les marchés financiers vont tenir", a-t-il assuré, relativisant le plongeon des marchés à de la "volatilité".

L'économie russe est sortie fin 2016 de deux ans de récession due aux sanctions introduites en raison de la crise ukrainienne et à l'effondrement des prix des hydrocarbures, dont le pays est très dépendant. Cette reprise est cependant restée limitée, freinée par des éléments structurels comme la situation démographique.

Annoncées vendredi avec l'objectif de punir Moscou, notamment pour ses "attaques" contre "les démocraties occidentales", les nouvelles sanctions américaines ciblent 38 personnes et entreprises qui ne peuvent plus faire d'affaires avec des Américains, notamment sept Russes désignés comme des "oligarques" proches du Kremlin.

Parmi ces multimilliardaires figure Oleg Deripaska, dont le groupe Rusal, l'un des premiers producteurs mondiaux d'aluminium, a perdu la moitié de sa valeur lundi à la Bourse de Hong Kong.

Le Kremlin a aussi cherché à relativiser l'ampleur de la panique. "Cela arrive", a balayé son porte-parole Dmitri Peskov. "Après ça, d'une manière ou d'une autre, il y aura une correction", a-t-il ajouté, assurant que le Kremlin surveillait de près la situation et qu'une réponse russe répondrait aux intérêts de la Russie.

"Notre objectif principal et de minimiser l'incertitude, de maintenir le fonctionnement stable des entreprises et de sauvegarder les emplois", a déclaré mardi le vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch. "Nous comprendrons plus tard si nous avons besoin de mesures supplémentaires", a-t-il ajouté. "Lors des précédentes sanctions nous avons trouvé les instruments adéquats pour stabiliser l'économie et réduire l'impact".

Le ministre Maxime Orechkine a relevé que la situation actuelle constituait un "bon test" pour "l'édifice économique" bâti par les autorités pour adapter la Russie ces dernières années, dans un contexte de sanctions occidentales et de faibles prix des hydrocarbures. Ainsi, l'évolution libre du cours du rouble "absorbe les chocs", a-t-il expliqué.

Les autorités se sont notamment efforcées de minimiser cette nouvelle vague de sanctions par rapport au passé économique turbulent de la Russie.

"Malgré la situation géopolitique très complexe nous maintenons une certaine présence internationale (...) contrairement aux années 90, lorsque seuls les courageux s'aventuraient sur le marché russe", a affirmé Alexandre Afanassiev, à la tête de la Bourse de Moscou, qui organisait ce forum.

Oleg Tinkov, fondateur et président du conseil d'administration de la banque Tinkoff, s'est voulu désinvolte: "Hier j'ai perdu 250 millions de dollars. Mais il y a eu des périodes ou je perdais un milliard de dollars par jour (...) c'est +business as usual+ pour la Russie! ".

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