Dexia : une garantie d'Etat dangereuse pour la Belgique ?

05/10/11 à 11:11 - Mise à jour à 11:11

Source: Trends-Tendances

Le gouvernement "n'a pas le choix : il doit se porter garant de Dexia pour sécuriser les épargnes", estime un économiste gantois. Dans le pire des cas, la facture pourrait toutefois atteindre des milliards d'euros pour la Belgique, estime-t-il.

Dexia : une garantie d'Etat dangereuse pour la Belgique ?

© Reuters

La garantie de l'Etat belge pour Dexia, en difficultés, est dangereuse mais nécessaire, estime Koen Schoors, professeur d'économie à l'université de Gand, spécialisé dans les matières bancaires et financières : "Le gouvernement n'a pas le choix !, juge le professeur à la question de savoir si la garantie de l'Etat est nécessaire. Le gouvernement doit se porter garant pour sécuriser les épargnes."

Koen Schoors souligne que les autorités publiques ne doivent pas mettre maintenant de l'argent sur la table : "Il est seulement question d'une sorte d'assurance. L'Etat couvre le risque et doit espérer qu'aucun incendie ne se déclare."

Dans le pire des cas, la facture pourrait atteindre des milliards d'euros pour la Belgique mais, selon le professeur, cela n'ira sans doute pas si loin. Il se pourrait que les actifs problématiques de Dexia soient logés dans une structure particulière. Dans ce cas, la garantie de l'Etat ne devra pas être actionnée.

Si la banque devait tomber, cela ferait augmenter considérablement la dette publique, avertit toutefois le professeur gantois. "Mais surtout, évitons de paniquer !"

Dexia : Yves Leterme va rencontrer les gouvernements régionaux

Le Premier ministre rencontrera mercredi les gouvernements régionaux sur le dossier Dexia et se présentera dans l'après-midi devant les députés de la commission Finances et Budget de la Chambre, a-t-il indiqué sur les ondes de Radio 1 (VRT).

Revenant sur la décision du gouvernement fédéral d'apporter sa garantie d'Etat à la création d'une structure de défaisance pour isoler ses actifs néfastes, Yves Leterme a estimé que cette garantie pèserait sur la dette de l'État à hauteur de 1 % à 2 %, "pas plus". Il a rappelé que l'Etat recevrait une rémunération des banques en échange de cette garantie et qu'il ne perd rien sur ses actions Dexia tant qu'il ne les vend pas.

A ses yeux, ce n'est pas au contribuable de payer pour les mauvaises décisions ou les grands risques pris par le passé : "Les actionnaires, dont les communes, ont approuvé ces décisions en leur temps et vont donc y perdre", mais elles sont "capables de supporter cette perte". "Le problème, c'est que le groupe ne pouvait pas tout de suite encaisser l'argent d'une série de prêts à long terme. L'Etat, en revanche, peut attendre jusqu'au terme de ces prêts, qui vont bien rapporter".

Si la Belgique et la France doivent encore s'accorder sur la répartition de la garantie, le Premier ministre exclut que la Belgique en supporte les deux tiers comme ce fut le cas en 2008. Il a répété que les épargnants et clients de Dexia ne couraient aucun risque, puisque l'Etat garantissait la poursuite de Dexia Banque Belgique, et qu'il ne faudra même pas faire appel au fonds de garantie.

Le gouvernement flamand prêt à "tout faire" pour sauver Dexia

Les principaux ministres du gouvernement flamand se sont réunis mercredi matin pour évoquer la situation de Dexia, affichant leur disponibilité à "tout faire pour sauver Dexia, comme le gouvernement fédéral", a indiqué le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V) à l'issue de ce comité restreint.

Kris Peeters a appelé à une concertation avec les autres Régions, le fédéral et les actionnaires, afin de définir une "vision commune". Yves Leterme avait peu auparavant annoncé qu'il rencontrerait les gouvernements régionaux sur ce dossier. Ce sera le cas à 17 h 15 pour le gouvernement wallon, au Lambermont.

Des représentants du Holding Communal et d'Arco, le holding coopératif de l'ACW (mouvement ouvrier chrétien flamand), deux actionnaires de Dexia, étaient présents à la réunion du kern flamand. Un groupe de travail sera mis sur pied pour "établir une vision d'avenir pour Dexia en Belgique", selon Kris Peeters.

Lors de la crise bancaire de 2008, le gouvernement flamand a injecté 500 millions d'euros de capitaux dans Dexia, entrant ainsi dans l'actionnariat de la banque. Il avait en outre apporté des garanties au Holding Communal.

Dexia fait flamber les taux des obligations belges

Les taux belges ont toutefois grimpé mercredi, comme on pouvait s'y attendre après l'annonce d'une garantie d'Etat pour Dexia. Le taux des obligations belges à dix ans grimpait de 16 points de base mercredi matin, la plus forte hausse de tous les pays européens. Ce bond n'est toutefois pas encore dramatique, le taux restant sous les 4 %.

L'Agence de la dette soulignait en outre mercredi que la Belgique avait déjà bouclé une bonne partie de son financement pour cette année. Les taux sont d'ailleurs montés dans de nombreux pays européens. Une hausse de 5 points de base était relevée en Allemagne pour atteindre 1,770 %. Le spread, écart du taux entre les obligations à long terme de l'Etat belge et celles de l'Allemagne, se trouvait au-dessus des 2 %, mais pas encore à un niveau record.

Trends.be, avec Belga

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