Christophe De Caevel
Christophe De Caevel
Journaliste Trends-Tendances
Opinion

22/04/16 à 14:01 - Mise à jour à 14:00

'Désignations ministérielles: pourquoi avoir bâclé le casting initial ?'

Au vu des derniers remaniements, on se dit que tous les ministres devraient peut-être démissionner un an, un an et demi après leur prise de fonction...

'Désignations ministérielles: pourquoi avoir bâclé le casting initial ?'

Jacqueline Galant et Charles Michel. © Belga

Regardez, les remaniements de ces derniers jours : tous les commentateurs saluent les compétences techniques des nouveaux ministres, tous applaudissent la meilleure répartition des postes à la Fédération Wallonie-Bruxelles, tous se réjouissent qu'une ministre puisse se consacrer essentiellement à la politique culturelle. D'où cette question : pourquoi avoir ainsi bâclé le casting initial ?

En Belgique, la désignation des ministres relève de la compétence exclusive des présidents de partis. C'est la base de leur pouvoir. Aucun prétendant ne veut se brouiller avec son président de peur d'être recalé le jour de la distribution des prix. Le casting gouvernemental devient ainsi un savant dosage de renvois d'ascenseur, d'analyses des scores personnels, de paris électoraux (un ministre en fonction, c'est généralement un " plus" en campagne) et d'équilibres claniques, provinciaux ou de genre. Ce n'est que très accessoirement que l'on s'inquiète des compétences techniques, des affinités avec les matières...

En soi, pourquoi pas ? Un bon ministre ne doit pas être "le" grand spécialiste de son département, il doit être capable de s'entourer de ces spécialistes, de les écouter, de les comprendre et d'arbitrer entre les propositions. Tous les profanes ne parviennent cependant pas à s'immiscer dans la technicité des matières. Nous l'avons vu avec Hervé Jamar, trop gentil pour le très rude monde politique fédéral, et Jacqueline Galant, qui à l'inverse a d'emblée voulu s'imposer par la force. Quand il a fallu les remplacer, le MR a évacué tous les soucis d'équilibres politiciens internes pour choisir les personnes a priori techniquement les plus adéquates.

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Un petit jeu qui ternit l'image de l'ensemble des gouvernements francophones

Politiquement, l'opération est parfaite : on n'entend que du bien de l'expérimenté ingénieur François Bellot. Il bénéficiera d'un certain état de grâce, jusqu'au sein des rangs syndicaux. A lui de parvenir à l'utiliser efficacement. Les deux nouvelles ministres cdH ne connaîtront, elles, sans doute pas cette béatitude. Indépendamment de leurs qualités personnelles et de l'intérêt de scinder le trop volumineux portefeuille ministériel de Joëlle Milquet, elles incarnent en effet l'augmentation du nombre de ministres francophones (désormais 14 en Wallonie et Communauté française, contre neuf pour les mêmes compétences en Flandre). Une option incompréhensible en termes de gouvernance. Un merveilleux argument pour une opposition qui ne doit même pas passer par la case "je laisse le bénéfice du doute " au moment de commenter les promotions d'Alda Greoli (Culture) et Marie-Martine Schyns (Enseignement). Certes, le président du cdH, Benoît Lutgen, assure que ce casting surnuméraire ne coûtera pas un euro de plus. Soit il berne les citoyens, soit il reconnaît qu'auparavant, on dépensait plus que nécessaire...

Ce petit jeu ternit l'image de l'ensemble des gouvernements francophones. Comment le faire accepter par le partenaire socialiste ? En lui cédant des compétences pardi. Et voilà comment un remaniement interne au cdH permet au PS de récupérer la politique sportive en Wallonie (Paul Furlan) et à la Communauté française (Rachid Madrane). Magnifique.

Revenons un instant au MR, pour nuancer le côté "coup de génie" de l'opération Bellot. Jacqueline Galant a été exfiltrée du gouvernement fédéral mais pas de la politique. Elle retrouve son siège au Parlement wallon, où elle avait été confortablement élue en 2014. Double effet collatéral. D'une part, son suppléant, le jeune et remuant montois Georges-Louis Bouchez, doit quitter l'assemblée. Or, le MR avait sans doute besoin de cet agitateur d'idées, parfois un brin iconoclaste, pour conquérir un électorat plus jeune. D'autre part, Jacqueline Galant ne se contente pas du simple titre de députée-bourgmestre. Elle revendique la présidence de la commission parlementaire occupée jusque-là par François Bellot. Cette commission traite des matières du ministre cdH René Collin, à savoir l'agriculture, le tourisme et... les aéroports.

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