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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

02/07/15 à 11:06 - Mise à jour à 11:13

"Dans le dossier grec, les torts sont largement partagés"

A force de ne voir que les tares des dirigeants et du peuple grecs, nous avons tendance à oublier les erreurs des autres pays de la zone euro et donc des créanciers de la Grèce.

"Dans le dossier grec, les torts sont largement partagés"

© Belga

Le constat de nos confrères du Figaro est juste : dans ce très mauvais feuilleton à multiples rebondissements qu'est la crise grecque, on a souvent tendance à considérer que tous les péchés de la terre sont uniquement du côté grec. Que n'a-t-on pas entendu sur ce pays depuis 5 ans que dure ce mélodrame grec ? Voilà un pays champion mondial de la fraude fiscale, champion en matière de fonctionnaires payés à ne rien faire, champion du maquillage des comptes, et champion de la démagogie politique. Tout cela est vrai, hélas, mais sommes-nous, de note côté, exempts de toute critique ?

Le Figaro reconnait que l'honnêteté nous oblige à dire que les torts sont partagés : qui a laissé entrer ce pays dans la zone euro alors que les comptes fournis par la Grèce étaient faux ? Pourquoi les experts de la commission européenne n'ont-ils rien vu ? Par incompétence ou par pression politique car il fallait laisser entrer le pays inventeur de la démocratie en Europe ? Et puis, qu'en est-il de la banque d'affaires américaine qui a maquillé les comptes pour le gouvernement grec : a-t-elle été inquiétée ? A-t-elle été interdite de fonctionnement en zone euro ? Pas du tout ! Et que du contraire, son ancien responsable pour l'Europe, est aujourd'hui à la tête de la banque centrale européenne ! De même, qu'a fait l'ancien président de la banque centrale européenne ? Rien ! pourtant, il savait que ce pays était mal géré mais qu'il n'en subissait pas les conséquences car la Grèce se comportait comme un passager clandestin au sein du navire euro.

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"Dans le dossier grec, les torts sont largement partagés"

En fait, la Grèce a pu s'endetter pendant des années au-delà des limites du raisonnable, car elle bénéficiait des mêmes taux d'intérêt bas que ses voisins et de l'euro. En résumé, les marchés financiers ont été aveugles et n'ont pas fait leur travail de sélection des bons risques ! Et puis, que penser des programmes d'austérité mis en place par les autres Etats de la zone euro avec la complicité du FMI et de la banque centrale européenne ? On pourrait les résumer comme ceci : non seulement, ce programme d'austérité n'a pas marché, car il a réduit le PIB grec d'un quart, mais encore, ce résultat était prévisible : comment voulez-vous rembourser une dette publique, surtout quand au même moment, vos créanciers vous appauvrissent ?

Dominique Strauss-Kahn, l'ancien directeur du FMI cumule pas mal de défauts, mais il faut lui reconnaitre une certaine lucidité, lorsqu'il avait indiqué que la seule manière pour la Grèce de s'en sortir, c'est d'annuler sa dette. Autrement dit, nous aurions dû regarder la vérité en face, ne pas faire du moralisme, et accepter de prendre nos pertes, et éviter de nous enfoncer dans ce mauvais feuilleton qui consiste à prêter de l'argent de manière perpétuelle à la Grèce juste pour éviter son défaut. Le référendum de ce dimanche 5 juillet est au fond une chance : on a enfin la possibilité de voir arriver la fin de ce mauvais feuilleton.

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