Crise politique : "La fin de la récréation a sonné !"

29/10/10 à 11:09 - Mise à jour à 11:09

Source: Trends-Tendances

Ils sortent rarement du bois. Face au climat politique qui vire au "psycho-pathologique", plus question de se taire. Les patrons des Mutualités socialistes veulent sensibiliser et mobiliser leurs troupes. Pour préserver la santé, y compris financière, des citoyens belges.

Crise politique : "La fin de la récréation a sonné !"

© Photonews

Leurs bureaux se jouxtent. Une situation idéale pour travailler de concert. Et partager une vision de la société opposée en tout aux thèses défendues par la N-VA. Jean-Pascal Labille et Guy Peeters, secrétaires généraux francophone et néerlandophone de l'Union nationale des Mutualités socialistes, ne sont pas des habitués des médias. Le pourrissement du climat politique est en train de changer la donne... Les deux hommes comptent bien se faire entendre.

Contrairement à une large frange du monde politique, vous prônez l'unité fédérale. Ne jouez-vous pas là la carte de "la Belgique de papa" avec, en filigrane, le risque de ne plus être en phase avec l'évolution institutionnelle du pays ?

Guy Peeters. J'ai lu dans la presse flamande que les mutuelles et les syndicats sont prêts à suivre les politiciens. Je veux être clair : nous n'avons pas de "plan B" pour suivre le mouvement d'une séparation du pays ! Ce que d'aucuns avancent n'est pas si simple à mettre en oeuvre et nous sommes loin d'être dans le même contexte que celui qui prévalait en Tchécoslovaquie.

Permettez-moi de rappeler que nous avons déjà connu des "stress communautaires". En 1991, au moment où le gouvernement était tombé sur une question de licence d'exportation d'armes, il s'en était alors suivi un grand questionnement sur la communautarisation des soins de santé. Nous étions alors montés au créneau, conjointement avec la FGTB, des deux côtés de la frontière linguistique pour nous y opposer et nous avons été entendus. J'affirme donc ici qu'il serait pour nous - et je pèse mes mots - infantile de consacrer de l'énergie à échafauder la scission du pays !

Nous nous préparons donc à sensibiliser - voire à mobiliser - nos affiliés et ce, en symbiose avec la FGTB. Et à ceux qui, en Flandre, affirment qu'il existe beaucoup de divergences entre le nord et le sud du pays, je réponds qu'on peut tout aussi bien se pencher sur les divergences culturelles entre les Limbourgeois et les Ouest-Flandriens !

Jean-Pascal Labille. Nous sommes effectivement en parfaite symbiose sur les grands fondamentaux, comme un financement fédéral de la sécurité sociale, la solidarité interpersonnelle, les mécanismes de concertation. Nous sommes en outre conscients de la nécessité d'une meilleure efficacité du système. Nous avons aussi fait le constat que le monde change et que nous devions nous y adapter. Nous avons, chacun de notre côté, établi une sorte d'analyse SWOT et, quand nous en avons croisé les résultats, nous sommes arrivés à la conclusion que tant les constats que les remèdes étaient les mêmes.

Vous savez, plus certains affirment que nous vivons dans deux pays différents, plus les gens finiront par le croire. Dans les faits, il y a plus de choses qui nous rassemblent que de choses qui nous séparent. Nous allons rappeler au monde politique que s'il devait persister dans ce qui est, à nos yeux, une grave erreur. Nous ne resterons pas impassibles. Même s'il est perfectible, notre système de soins de santé n'en est pas moins excellent.

Pensez-vous que vous serez entendus ?

Jean-Pascal Labille. Il faut pouvoir s'honorer de tenir un discours qui n'est pas celui du moment. Ceux qui veulent toujours être dans le vent, n'ont jamais qu'un destin de feuille morte... Quant au fond, si nous défendons l'idée d'une sécurité sociale fédérale, ce n'est pas "par plaisir" mais parce que nous sommes - scientifiquement - convaincus que notre système est le meilleur pour protéger les gens en matière de soins de santé. S'il devait y avoir un vrai clash politique, nous passerions alors à la vitesse supérieure. Idem si le monde politique tombait d'accord pour remettre en cause les fondamentaux du système.

Guy Peeters. Mutuelles et syndicats auraient effectivement le devoir moral d'intervenir dans le débat. Il ne peut être question de laisser les politiques jouer avec la vie des gens, leur santé, ni de les plonger dans la précarité. A mes yeux, nous sommes dans "la théorie de la valse à trois temps" 1. On nous explique que les déficits budgétaires imposent des budgets d'austérité. 2. Qu'il ne faut pas casser la relance. 3. On fait payer les budgets sociaux. Aujourd'hui, nous sommes dans la phase 3.

Propos recueillis par Jean-Marc Damry

Retrouvez l'intégralité de cette interview dans le n° 43 du magazine Trends-Tendances, daté du 28 octobre 2010.

Nos partenaires