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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

13/06/17 à 15:51 - Mise à jour à 15:51

'Comment Uber-Macron a ruiné les partis traditionnels'

Emmanuel Macron a donc réussi l'impensable: prendre les leviers du pouvoir de la deuxième puissance économique de la zone euro sans jamais avoir été élu auparavant et avec un parti politique qui n'existait pas il y a encore un an.

'Comment Uber-Macron a ruiné les partis traditionnels'

Emmanuel Macron © Reuters

Les résultats du premier tour des législatives donnent à Emmanuel Macron une vraie majorité pour gouverner sans entraves. C'est le résultat de son culot et surtout de sa compréhension des véritables attentes de ses compatriotes. Macron, comme l'écrivait le Nouvel Obs, est arrivé à casser tous les codes d'une "profession politique" jusque-là très réglementée. "À l'image de ces grosses entreprises concurrencées par l'émergence soudaine d'une start-up, les socialistes se sont lourdement trompés sur son compte parce qu'ils ont été incapables de comprendre ce qui se passait. Ils ont donc réagi comme des rentiers", écrivait l'Obs.

Le PS a réagi en rentier, exactement comme ces compagnies de taxi qui n'ont pas vu venir la plateforme Uber. Le PS, mais aussi les autres partis traditionnels ont réagi violemment contre Uber-Macron. D'abord, en niant la possibilité d'un renouveau politique - souvenez-vous des rires moqueurs à l'encontre du jeune Macron. Ensuite, en niant la réalité du mouvement En Marche - souvenez-vous de ceux qui disaient que Macron était juste une bulle qui allait vite se dégonfler. Et enfin, le PS a aussi réagi en niant sa légitimité - souvenez-vous de ceux qui ont dit, au vu de son succès, que Macron n'avait pas respecté les codes, on se demande bien lesquels, et qu'il avait en quelque sorte procédé à un hold-up politique.

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Ce qu'a fait Macron, c'est exactement ce qu'a fait Uber avec les taxis parisiens ou bruxellois: il a proposé une nouvelle offre

Pourtant, ce qu'a fait Macron, c'est exactement ce qu'a fait Uber avec les taxis parisiens ou bruxellois. Comme l'écrivait le Nouvel Obs, il a proposé "une nouvelle offre: plus simple (un clic suffit pour s'inscrire à son mouvement En Marche !), moins chère (pas de cotisation, contrairement au PS), plus participative (pas de catéchisme révolutionnaire à respecter), plus connectée (une organisation pensée en réseau, plutôt qu'en pyramide)". Bref, Macron a uberisé le système politique. Aujourd'hui en France, et sans doute demain en Belgique où le parti socialiste, englué dans les affaires à Liège, à Charleroi et à Bruxelles, regarde avec une grande peur le destin du PS français. Sauf que hélas, en Belgique, faute d'avoir un Macron, c'est le PTB qui récolte les fruits de la déglingue du PS.

En attendant le second tour, le résultat de cette nouvelle plateforme Uber-Macron, c'est qu'aujourd'hui, les partis traditionnels sont ruinés ! En effet, la claque du premier tour n'est pas seulement politique, elle est aussi financière pour les trois partis traditionnels, le parti socialiste, les républicains et le Front national. Avec presque 6 millions d'électeurs en moins et quelque 250 députés perdus, le PS a perdu 17 millions d'euros de financement public. À l'inverse, pour le mouvement En Marche, c'est le jackpot. À 1,42 euro de subvention par voix obtenue, soit 6,3 millions d'euros pour le premier tour, et à raison de 37,700 euros par an et par député, le mouvement En Marche aura été "le placement de l'année", selon mes confrères des Echos !

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