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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

19/02/18 à 11:09 - Mise à jour à 11:09

Comment trouver 100 milliards de dollars en 3 mois ?

Comment fait-on pour trouver 100 milliards de dollars en 3 mois ? C'est simple, vous mettez quelques ministres et hommes d'affaires en détention à l'hôtel Ritz-Carlton, et vous ne les laissez sortir que quand ils ont signé un très gros chèque.

Comment trouver 100 milliards de dollars en 3 mois ?

Mohammed Ben Salman, à 32 ans, tente de changer l'image de l'Arabie saoudite. © Henrik Montgomery/belgaimage

Le nouveau prince héritier d'Arabie Saoudite est quand même très habile. En 3 mois, il a pu trouver 100 milliards de dollars pour son pays. C'est extraordinaire et ce n'est pas en trouvant un nouveau gisement de pétrole ou de gaz qu'il a pu réussir cet exploit. Non, le prince héritier et futur roi d'Arabie Saoudite a réussi la plus belle extorsion du siècle. Il a mis au trou plusieurs ministres et hommes d'affaires de son pays. Et le trou n'est pas une simple prison, mais l'hôtel Ritz-Carlton 5 étoiles de Ryad.

Le Financial Times a publié ce week-end un récit hallucinant sur cette extorsion de fonds qui ne dit pas son nom. On apprend que l'hôtel Ritz-Carlton a d'abord été vidé de tous ses objets tranchants ou susceptibles d'être utilisés dans le cadre d'un suicide. Ensuite, on découvre comment ces centaines de détenus saoudiens - ministres et hommes d'affaires - ont été séquestrés pendant des mois jusqu'à ce qu'ils signent un papier dans lequel ils donnent "spontanément" une bonne partie de leurs avoirs mobiliers, immobiliers et en cash à l'Etat saoudien. Le Financial Times raconte que les portes des chambres où étaient séquestrés ces détenues étaient ouvertes en permanence pour empêcher toute vie privée et créer une pression psychologique. Les coups de fil aux proches étaient limités et surveillés, et plusieurs détenus ont raconté sous couvert de l'anonymat au Financial Times comment ils ont été interrogés en pleine nuit parfois de manière brutale. Bien entendu, ils restent prudents dans leurs propos, car même s'ils sont libres aujourd'hui, ils ne peuvent pas quitter le territoire saoudien. Certains détenus racontent qu'ils ont été brisés par cette détention et n'arrivent plus à parler depuis leur mise en liberté, d'autres plaisantent et disent que c'était une cure forcée qui leur a fait perdre du poids. Bref, ils remercient la cure-détox du Ritz-Carlton. Quant au prince Alwaleed Bin Talal, l'un des hommes les plus riches au monde, on le voit en photo dans le Financial Times avec une barbe grise et amaigri. Lui s'en est tiré par une pirouette en disant qu'il allait bien et que toute cette histoire de détention n'était simplement qu'une mauvaise incompréhension. En principe, les noms des détenus devaient rester anonymes tant que leur procès n'avait pas eu lieu, mais les fuites ont été savamment orchestrées par le pouvoir saoudien. D'abord pour montrer au peuple saoudien que l'époque des profiteurs et des prédateurs, c'est fini et que même les plus hauts dignitaires du pays peuvent se retrouver en prison, même si c'est une prison de luxe. C'est aussi un message aux investisseurs occidentaux qui se plaignaient de la corruption endémique en Arabie Saoudite.

Evidemment, la manière de lutter contre la corruption en Arabie Saoudite est quelque peu expéditive. Mais le prince héritier pense qu'en Occident, nous avons une mémoire courte et que seul compte le nettoyage qui vient d'être fait. Reste à voir si cela va rassurer les investisseurs. La réponse sera connue dans quelques mois, quand aura lieu la plus grande introduction en Bourse de tous les temps, à savoir la cotation d'ARAMCO, la firme pétrolière nationale. Ce sera un excellent test pour voir si les 3 mois de nuitées forcées au Ritz-Carlton de Ryad auront été rentables ou pas !

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