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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

29/01/15 à 14:52 - Mise à jour à 14:52

Comment la cigale américaine a triomphé de la fourmi européenne

Jean Gol a été l'un des hommes politiques les plus brillants de Belgique et ce libéral décédé trop tôt adorait citer les fables de Jean de La Fontaine, son auteur favori. Pourtant les morales de ce dernier ne s'appliquent pas nécessairement à l'économie.

Comment la cigale américaine a triomphé de la fourmi européenne

/ © istock

Je parle aujourd'hui de Jean Gol, car si les États-Unis se portent comme un charme sur le plan économique, ce n'est pas le cas de l'Europe. Et justement, cela va à l'encontre d'une des fables de ce cher Jean de la Fontaine, à savoir la fable de "la cigale et la fourmi".

Chacun se souvient que cette fable décrit les comportements opposés d'une cigale paresseuse et d'une fourmi travailleuse. La cigale a passé l'été à chanter, pendant que la fourmi mettait des provisions de côté pour passer l'hiver. La rude saison venue, la fourmi avait de quoi subvenir à ses besoins, et la cigale se trouva dépourvue. Elle vint pourtant réclamer à manger à la fourmi. Mais la fourmi lui dit: "tu as bien chanté tout l'été, et bien maintenant, tu vas danser !"

Notre moraliste Jean de La Fontaine voulait mettre en avant le fait que la fourmi a été raisonnable: elle a travaillé et économisé ce qu'elle gagne en pensant à l'avenir, au lieu de s'amuser, chanter et rêver comme la cigale. À la fin de la fable, la cigale se retrouve dépourvue, tandis que la fourmi a tout prévu pour les jours difficiles. C'est le genre de morale qui tombe sous le sens, mais si j'en parle aujourd'hui, vous vous en doutez, c'est parce que ce n'est pas nécessairement le cas au niveau économique. Paul Krugman, le prix Nobel d'économie, vient d'en faire indirectement la remarque dans son éditorial du New York Times.

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Comment la cigale américaine a triomphé de la fourmi européenne pour survivre à l'hiver de la crise

Alors que, lorsque la crise a éclaté, les États-Unis ont laissé filer les déficits et ont fait tourner la planche à billets sans sourciller, la zone euro a joué la carte de la vertu et a demandé à chaque pays d'équilibrer ses comptes, de ne pas laisser filer les déficits et nous nous sommes interdits pendant 5 ans d'utiliser la planche à billets. Le résultat aujourd'hui ? Les États-Unis sont la seule partie du monde avec une croissance relativement solide, alors que la zone euro lutte pour ne pas tomber en déflation. Sans oublier qu'elle n'arrive pas à faire diminuer son taux de chômage...

La morale de ce bon vieux Jean de La Fontaine n'a donc pas triomphé. On pourrait même dire que la cigale américaine a triomphé de la fourmi besogneuse européenne. Pour Paul Krugman, cela ne fait aucun doute, l'erreur de l'Europe aura été de faire de la rigueur à un moment où nos économies étaient en dépression. Et donc, cette politique de rigueur à contre sens n'a fait qu'aggraver notre situation. Selon le Nobel d'économie, nous avons été victimes de nos dogmes. Nous avons préféré rester fidèles à des convictions, à des fables donc, plutôt qu'être pragmatiques. C'est une vision rafraîchissante et qui expliquerait, selon Krugman toujours, notre échec d'aujourd'hui.

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