Chypre évite la faillite grâce à un accord au finish

25/03/13 à 06:55 - Mise à jour à 06:55

Source: Trends-Tendances

Chypre a trouvé dans la nuit de dimanche à lundi un accord avec ses bailleurs de fonds internationaux pour éviter la faillite et la sortie de la zone euro, au prix de lourdes pertes pour les créanciers de la première banque du pays et la fermeture pure et simple de la deuxième.

Chypre évite la faillite grâce à un accord au finish

© AFP

Une semaine après une première tentative ratée, qui prévoyait l'instauration d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, l'Eurogroupe et le FMI ont rectifié le tir en revenant aux règles européennes et en excluant toute taxe sur les dépôts de moins de 100.000 euros.

L'accord "met fin aux incertitudes concernant Chypre et la zone euro", a assuré lors d'une conférence de presse le chef de file des ministres des Finances des 17, Jeroen Dijsselbloem. Le pays était sous la menace directe d'une coupure des liquidités dès lundi par la Banque centrale européenne (BCE).

Le président chypriote Nicos Anastasiades, qui a négocié pied à pied pendant près de 12 heures à Bruxelles s'est dit "satisfait" de l'issue des négociations. Cette nouvelle a soutenu les Bourses de Tokyo et de Hong Kong qui ont ouvert en hausse ce lundi matin.

"Ce sera très difficile pour Chypre"

Le tribut sera lourd pour l'économie chypriote. Ce sera "très difficile pour le pays", mais la Commission européenne "fera tout son possible pour alléger les conséquences sociales" de ce plan, a promis le commissaire aux Affaires économiques, Olli Rehn.

En échange d'une aide de 10 milliards d'euros, Nicosie va réduire drastiquement son secteur bancaire en fermant Laïki, la deuxième banque du pays. Les détenteurs d'actions, d'obligations et les dépôts au-dessus de 100.000 euros seront durement frappés, ce qui correspondra à 4,2 milliards d'euros.

En revanche, les petits dépôts seront intégralement préservés. Ils seront mis dans une 'good bank', tandis que les autres iront dans une 'bad bank'. "Les dépôts non-sécurisés de plus de 100.000 euros seront gelés et participeront à la recapitalisation nécessaire" du secteur bancaire, a précisé le ministre allemand, Wolfgang Schäuble.

Bank of Cyprus, le premier établissement du pays qui compte beaucoup de déposants russes, ne disparaîtra pas. Les autorités chypriotes ont bataillé ferme pour éviter cette deuxième fermeture. Mais les déposants au-dessus de 100.000 euros vont eux aussi subir des pertes importantes, encore non chiffrées.

L'idée d'une taxe sur tous les dépôts bancaires, prévue dans le premier plan concocté en fin de semaine dernière, a été définitivement abandonnée. Elle avait suscité un tollé et été rejetée par le Parlement chypriote.

Le meilleur accord possible

Les autorités chypriotes, qui ont fait voter vendredi une loi sur les résolutions bancaires, n'auront pas besoin de repasser devant le Parlement pour adopter le nouveau plan de sauvetage. "Cet accord est le meilleur que nous pouvions obtenir pour parvenir à une solution solide, soutenable qui restreigne le problème aux deux banques" à problème, a estimé la directrice du FMI, Christine Lagarde, qui va recommander à son conseil d'administration de participer au sauvetage de Chypre, sans préciser à quelle hauteur.

"Nous avons une meilleure solution" que la semaine passée, a reconnu M. Dijsselbloem.

Le plan de sauvetage doit encore être approuvée d'ici mi-avril par plusieurs Parlements de pays de la zone euro, dont l'Allemagne. Le premier versement de l'aide devrait avoir lieu début mai.

"Vous voulez me forcer à démissionner ?"

L'accord est survenu au terme d'entretiens parfois très durs entre le président chypriote Nicos Anastasiades et les présidents du Conseil européen, Herman Van Rompuy, de la Commission, José Manuel Barroso et de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, ainsi que MM. Dijsselbloem et Rehn, et Mme Lagarde.

M. Anastasiades a même mis sa démission dans la balance. "Vous voulez me forcer à démissionner ? ", a-t-il demandé aux responsables de la troïka (UE, BCE, FMI), selon l'agence de presse chypriote CNA, citant des sources au palais présidentiel. "Si c'est ce que vous voulez, dites-le moi", a-t-il ajouté. "Je vous fais une proposition, et vous ne l'acceptez pas. Je vous en donne une autre et c'est la même chose. Qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? " a-t-il lancé.

Un haut responsable du gouvernement chypriote, cité par l'agence CNA, a dénoncé l'attitude "rigide" du FMI, qui formulait "chaque demi-heure une nouvelle exigence".

Les banques toujours fermée

A son arrivée à Bruxelles, le ministre allemand, Wolfgang Schäuble, avait rappelé sa position consistant à demander aux Chypriotes d'être "réalistes". Le français Pierre Moscovici avait insisté sur la nécessité de mettre fin à ce qu'il a qualifié d'"économie-casino". "Tout dans la situation de Chypre est atypique, cela appelait des réponses très spécifiques", a-t-il expliqué une fois l'accord trouvé.

Sur l'île, les banques sont fermées depuis près de dix jours pour éviter la fuite des capitaux, et pourraient ne pas rouvrir mardi comme prévu. La décision sera prise "dès que possible", a indiqué le ministre des Finances Michalis Sarris. En attendant, les clients des deux plus grandes banques doivent composer avec une nouvelle limitation des retraits aux distributeurs à 120 euros par jour à la Bank of Cyprus, et 100 euros à la Laiki, selon l'agence CNA.

La colère monte dans le pays, où des manifestations ont été organisées samedi et dimanche. Un engin explosif a légèrement endommagé une succursale de la Bank of Cyprus dimanche soir, près de Limassol (sud), selon des médias locaux.

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