"Ceux qui parlent d'erreurs ne connaissent pas la définition d'un contrôle budgétaire"

08/10/15 à 06:38 - Mise à jour à 14:30

Source: Belga

Selon les dernières estimations des Finances, qui étaient discutées depuis hier par les techniciens au sein de l'exécutif, les recettes fiscales seraient inférieures de 882 millions d'euros aux prévisions initiales, rapporte jeudi L'Echo.

"Ceux qui parlent d'erreurs ne connaissent pas la définition d'un contrôle budgétaire"

Johan Van Overtveldt (N-VA) © BELGA

L'effort budgétaire sera plus important que prévu et il faudra trouver des économies supplémentaires ou envisager de nouvelles taxes.Jusqu'ici, le "comité de monitoring", le groupe d'experts qui surveille de près l'évolution du budget fédéral, avait calculé qu'un effort de 456 millions d'euros serait nécessaire pour tenir le budget dans les clous d'ici fin 2016.

Mais les recettes ont apparemment été surestimées dans les projections du "comité de monitoring". Les versements anticipés des entreprises et les revenus générés par la TVA sont les principaux postes qui posent problème.

"Les chiffres qui circulent ne sont pas définitifs"

Le gouvernement fédéral s'est réuni jeudi matin en comité ministériel restreint pour poursuivre ses travaux budgétaires et la mise en oeuvre des décisions de principe sur le virage fiscal annoncé en juillet.

Le gouvernement a tenu à relativiser cette présentation de la situation budgétaire alors que l'opposition a vertement critiqué les erreurs de calcul de l'équipe Michel. "Les chiffres qui circulent ne sont pas définitifs", a notamment commenté le ministre des Finances Johan Van Overtveldt dont le département est à la manoeuvre. "Ces chiffres font l'objet d'analyses et sont continuellement affinés, tant en ce qui concerne les recettes que les dépenses", a-t-il souligné.

"Ceux qui parlent d'erreurs de calcul ne connaissent pas la définition d'un contrôle budgétaire. C'est exactement ce que nous faisons. Et c'est nécessaire", a précisé le grand argentier rappelant que "le gouvernement prend de nombreuses mesures nouvelles pour pouvoir diminuer les charges sur le travail, comme la taxation des intercommunales, la taxe Caïman et la taxe Diamant". Ce faisant, il est "logique" que "le timing des recettes ne soit pas correct du premier coup, c'est à cela que sert un contrôle budgétaire".

Des groupes techniques poursuivront le travail, la vérification de certains scénarios et l'analyse des chiffres provenant des différents éléments budgétaires des SPF. D'autres réunions et d'autres conseils restreints sont prévus sans que le gouvernement s'inscrive dans un calendrier. Mardi, le Premier ministre Charles Michel donnera lecture de la Déclaration de rentrée politique à la Chambre. En raison d'un sommet européen jeudi, et du délai entre la déclaration et le vote de confiance, la séance aura lieu à 10h et non dans l'après-midi, comme de coutume.

Quant au tax shift, l'objectif vise toujours à matérialiser la baisse de pouvoir d'achat de 100 euros nets par mois combinant l'augmentation des frais forfaitaires déductibles, le bonus à l'emploi la suppression de la tranche d'impôt à 30% (IPP). Ces mesures devront être votées avant la fin de l'année afin d'entrer en application dès le 1er janvier.

"Il y a peut-être encore ici et là des bonnes nouvelles"

Le vice-premier ministre N-VA, Jan Jambon, s'est montré prudent ce jeudi au sujet des chiffres des recettes fiscales publiés dans la presse. "Il y a peut-être encore ici et là des bonnes nouvelles", a-t-il souligné sur les ondes de Radio 1.

Le cabinet du ministre des Finances, Johan Van Overtveldt, a indiqué quant à lui que ces chiffres n'étaient pas définitifs. Le point est examiné au cours d'une réunion du comité ministériel restreint qui a lieu ce jeudi matin.

Selon les dernières estimations des Finances, qui ont été discutées mercredi au sein de groupes techniques, les recettes sont inférieures de 882 millions d'euros aux prévisions initiales alors que le comité de monitoring citait 456 millions d'euros au titre d'effort à fournir pour tenir le budget dans les clous d'ici fin 2016. Les recettes ont manifestement été surestimées, en particulier les versements anticipés des entreprises et la TVA.

"À un moment, le tonneau est vide"

"C'est aux Finances de nous informer du problème qui se pose. Et nous devrons ensuite nous retrouver autour de la table car la trajectoire du retour à l'équilibre budgétaire est un des piliers de l'accord de gouvernement", a ajouté le ministre.

M. Jambon ne s'est pas avancé sur la façon dont le trou sera comblé. Un nouveau recours à des économies linéaires ne paraît pas être une de ses options. "Les économies linéaires... à un moment, le tonneau est vide", a-t-il déclaré.

Le ministre de l'Intérieur souhaite obtenir des moyens supplémentaires pour les forces spéciales et la "computer crime unit". "Mais cela ne veut pas dire que des efforts supplémentaires ne peuvent pas être fournis dans d'autres départements".

"À croire que la tromperie est érigée en méthode de gouvernement"

Dans l'opposition, le PS a dénoncé cette nouvelle tuile due à un problème de chiffres budgétaires.

"Il y a eu les 600 millions d'euros pris aux Régions et qui se sont avérés erronés. Aujourd'hui, il y a ces 882 millions. Quand on multiplie à ce point les erreurs, on peut se demander s'il n'y a pas de la dissimulation à l'opinion publique. C'est à croire que la tromperie est érigée en méthode de gouvernement", a dénoncé Ahmed Laaouej.

L'information n'étonne qu'à moitié le député. Le gouvernement s'attendait à un rendement de l'impôt des sociétés en hausse de 20% alors que la croissance économique est toujours au niveau du plancher. Des 2,5 milliards d'euros supplémentaires attendus par le gouvernement, au moins un milliard ne pouvait être justifiés, a-t-il expliqué.

"Ce gouvernement éprouve décidément beaucoup de difficultés à manier la calculette", a déploré le chef de groupe Ecolo à la Chambre, Jean-Marc Nollet.

Les Verts demandent au gouvernement de saisir l'occasion pour "revoir le budget afin d'y intégrer une dimension plus juste et plus solidaire sur le plan fiscal, ainsi que l'ont encore réclamé hier près de 100.000 manifestants".

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