Budget : les mécontents de l'ajustement

12/03/12 à 16:18 - Mise à jour à 16:18

Source: Trends-Tendances

Ils sont directement visés par les nouvelles mesures d'austérité et le font savoir : fabricants de cigarettes, opérateur boursier et acteurs de la coopération au développement ont donné de la voix contre le dernier ajustement budgétaire de Di Rupo Ier.

Budget : les mécontents de l'ajustement

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Fabricants de cigarettes : "La hausse d'accises est une solution de facilité"

Cimabel, la fédération belgo-luxembourgeoise des fabricants de cigarettes, a dénoncé lundi la "solution de facilité" retenue par le gouvernement d'augmenter les accises sur le tabac - de 10 centimes d'euros par paquet de cigarettes - pour trouver des recettes supplémentaires lors du conclave budgétaire.

Cimabel, qui dit avoir pris connaissance de cette mesure budgétaire via les médias, regrette cette "solution de facilité" visant "à faire correspondre les comptes pendant un contrôle budgétaire" alors que "le marché belge est vulnérable".

"Le gouvernement a le droit de mener une politique d'accises, mais il faut être prudent car elle pourrait être contre-productive, a commenté Carl Buyck chez Cimabel. Si la pression des taxes continue de grimper, les consommateurs chercheront des voies alternatives d'approvisionnement. Soit en achetant légalement des cigarettes dans d'autres pays de l'UE. Soit en s'orientant vers des circuits d'approvisionnement illégaux."

Le trafic de cigarettes est déjà une réalité en Belgique, insiste Cimabel, qui rappelle la saisie, le 7 mars à Herentals, de plus de 5 millions de cigarettes illégales.

Nyse Euronext : "Il faut arrêter de voir les investisseurs comme des spéculateurs"

Il faut cesser de traiter les investisseurs de "spéculateurs", estime Vincent Van Dessel, patron de Nyse Euronext Bruxelles, dans une réaction à la décision prise par le gouvernement, dans le cadre de l'ajustement budgétaire, d'augmenter la taxe sur les opérations boursières.

La Bourse apporte sa contribution à l'économie, selon le patron de la Bourse bruxelloise, qui souligne que les investisseurs fournissent aux entreprises des liquidités bien nécessaires. Une augmentation de la taxe sur les opérations boursières n'est pas positive à ce niveau, et ce sont principalement les PME qui seront touchées, poursuit Vincent Van Dessel, tout en qualifiant "d'erreur totale" le fait de considérer les investisseurs comme des spéculateurs.

CNCD : "Je m'attendais à ce que l'aide au développement soit touchée"

Au lendemain de l'annonce d'une coupe à hauteur de 50 millions d'euros dans le budget alloué à la coopération au développement, Arnaud Zacharie, secrétaire général du Centre national de coopération au développement (CNCD-11.11.11), juge cette mesure "regrettable".

Il n'est toutefois pas surpris par la décision du gouvernement belge, après la récente annonce du gel de certaines dépenses liées à ce poste et du maintien du budget global à son niveau actuel jusqu'en 2014 : "Je m'attendais à ce que l'aide au développement soit touchée. La coopération au développement est loin d'être la seule à être concernée par les mesures budgétaires. Et les ONG semblent être épargnées. Des mesures similaires ont été prises dans toute l'Europe." Seule la coopération au Royaume-Uni serait épargnée, a réagi lundi Arnaud Zacharie.

"La râpe à fromage a donné lieu à de petites mesures avec des impacts limités, là où cela fait le moins mal. Les projets concrets sur le terrain liés à la coopération au développement semblent être épargnés", poursuit le secrétaire général du CNCD-11.11.11.

Les économies toucheront également des compétences dites "usurpées", soit des matières défédéralisées actuellement financées par le fédéral. La coopération universitaire et scientifique est directement concernée par le transfert d'ici trois ans de compétences vers les Régions, sans enveloppe, indique le CNCD-11.11.11.

Plus globalement, le Centre national de coopération au développement regrette que la Belgique s'éloigne de son objectif symbolique de consacrer 0,7 % de son PIB à la coopération au développement, objectif pourtant fixé dans une loi de 2002. "Pour 2012, on prévoit dans le meilleur des cas 0,5 % du PIB. La Belgique, qui était passée de 2007 à 2010 de 0,43 % à 0,64 %, était sur la bonne voie. En 2011, la part était déjà retombée à 0,55 % du PIB."

WBI : "C'est un prétexte du fédéral pour ne pas dépenser en présumant que nous devons le faire"

La coopération au développement n'est en rien une compétence usurpée, a fait remarquer lundi Philippe Suinen, administrateur général de Wallonie-Bruxelles International (WBI), après les délibérations du gouvernement fédéral sur le contrôle budgétaire.

Parmi les économies décidées figurent en effet 250 millions d'euros au titre de "compétences usurpées", soit des compétences ressortissant théoriquement aux entités fédérées mais financées par le fédéral. Cette notion recouvre des réalités diverses et est loin de faire l'unanimité.

Le ministre du Budget, Olivier Chastel, a évoqué lundi la coopération internationale en matière d'enseignement, matière relevant en principe des Communautés. Or, dans un avis du 2 décembre 2003, le Conseil d'Etat a estimé que la coopération au développement faisait partie de la politique étrangère exercée par l'Etat fédéral, ce qui lui permettait d'agir dans le champ international dans des matières relevant des Communautés et Régions, a rappelé Philippe Suinen. Selon lui, "il n'y a aucune usurpation !"

L'administrateur général de l'organisme chargé des relations internationales des entités francophones a comparé les budgets affectés au fédéral et dans ces entités à la coopération : quelque 2 milliards d'euros contre 25 millions. "On ne joue pas dans la même division !"

La coopération en matière d'enseignement représenterait, pour les entités francophones, une charge de quelque 40 millions d'euros. "On ne peut justifier comme cela une diminution de l'intervention du pouvoir fédéral et un transfert vers des entités fédérées qui n'ont pas les moyens de tripler leurs moyens financiers, sur la base d'un mensonge juridique. Que l'on arrête de parler d'usurpation : c'est un prétexte du fédéral pour ne pas dépenser en présumant que nous devons le faire ! Ce sont les pays du sud qui vont trinquer."

Trends.be, avec Belga

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